B. — CANCER EN MASSE. — CANCER AIGU. — MASTITE CARCINOMATEUSE
Il existe une forme de cancer du sein heureusement rare, dans laquelle le néoplasme envahit d'emblée la totalité de la mamelle et souvent les deux. « La
(') Reverdin el Mayor, Revue nicd. de la Suisse romande, 1890, p. 4C4.
(^) On trouve dans le mémoire de Richard sur l'écoulement par 4c mamelon {Revue mécl. ehir., 1851, t. XVI, p. 18) un cas qui a débuté par une hémorragie abondante par le mamelon. Il me paraît bien probable qu'il s'agissait d'un épithéliome de ce genre.
(5) Butlin {Palh. Soc. of London, vol. XXXVIII, p. 545, 1887) avait cru qu'il s'agissait d'un sarcome mélanique; mais le rapport de la commission des tumeurs et le dessin qui y est joint ne laissent aucun doute; il s'agissait bien d'un épithclionie dendritique.
TUMEURS ÉPITHKLIALES.
dégénérescence cancéreuse, dil \olkmann ('), marche souvent avec des caractères inflammatoires si tranchés et frappe toute la glande, ou môme les deux, d'une manière si ditTuse, qu'on pourrait parler d'une mastile carcinomateuse, comme on parle d'une pleuritc carcinomateuse. » Sans douleur, sans déformation, avec une rapidité elïrayante, l'un des seins, souvent les deux, se mettent à augmenter de volume. La figure 1 86, empruntée à Billrolh, a été prise six semaines après le début de l'affection.
Si l'on vient à palper, on ne perçoit pas de tumeur; l'ensemble de l'organe est ferme et présente une sorte de rénitence élastique. Bientôt la peau rougit légèrement, elle laisse transparaître un abondant réseau de veines volumineuses; elle adhère partout, elle se marbre de taches cuivrées, qui deviennent l'origine d'ulcérations multiples: les ganglions s'engorgent et la malade succombe à une sorte de cachexie aiguë, peut-être à un empoisonnement dû à la résorption de produits toxiques, sécrétés dans cette tumeur à marche aiguë. Toute l'évolution a duré six mois {'-), et m?me dans un cas trois mois seulement (Schmidt).
Cette affection terrible débute le plus souvent pendant la lactation, quelquefois pendant la grossesse (''). Schmidt a vu un cas en dehors de la grossesse et de la lactation.
Sur quatre cas que j'ai observés, un seul avait débuté pendant la lactation; les deux autres s'étaient développés en dehors de toute grossesse.
Au début, on passe presque toujours à cûté du diagnostic. On croit à un engorgement, à une inflammation. Terrillon rapporte un cas où l'on porta d'aljord le diagnostic de phlegmon ('). Puis, l'opération ayant été faite, la récidive survint avec une telle rapidité qu'on crut encore à un phlegmon. Sur les quatre cas que j'ai vus, trois avaient été pris pour des abcès. Le diagnostic me paraît cependant assez facile. La tuméfaction du sein est totale, ce qui est bien exceptionnel dans les innammalions. La consistance est ferme, quelquefois
FiG. 1S6. — D'après Bill
(•) Voi.KM.VNN, DcUrdijc zur Chii:, l.S7d, p. ÔIÛ. ('') Klotz, Thèse de Halle, 18G1). — Volkmann, loc. al.
4 BiLLnoTii, 1 cas. - Fink, Xeitsrhrift f. ficilk., 1888, vol. I\, p. 4o.., 1 cas. (■') TKRRir.LON, Bull. {/en. de titérap., 13 mai 1891, p. 385.
'J'20 TL'.MICUUS DK LA MAMi;i,l,i;.
môme d'une diirelé lif^iieiise. La peau présente Ijieu une légère couleur rosée, mais elle n'a pas la rougeur d'une inllammalion aiguc. Enfin, ce qui est surtout frappant, c'est le contraste entre l'augmentation de volume d'une part, et d'autre part l'absence do réaction générale et l'indolence. Pour exi)liquer cette augmentation de volume de tout l'organe, il faudrait admettre un phlegmon dilïus. Or le cancer aigu, encore que sa marche soit rapide, n'a pas l'acuité du phlegmon. De plus, le phlegmon ne va pas sans fièvre ni sans douleur, tandis que le cancer aigu n'amène pas d'élévation de température et est à peu près complètement indolent.
Beaucoup de chirurgiens proscrivent toute intervention dans les cas de. ce genre ('). Je ne suis pas de leur avis. Je crois que les indications et les contreindicalions opératoires sont ici les mômes que pour les autres formes de cancer (voir plus loin). Tant qu'on a l'espoir d'enlever la totalité du mal, il faut intervenir. Sur les quatre cas que j'ai vus, je me suis abstenu deux fois, parce que, lorsque les malades se sont présentés à moi, les ganglions sus-claviculaires et carotidiens étaient envahis. J'ai opéré les deux autres malades, en faisant l'amputation du sein et le curage de l'aisselle. Chez l'une, j'ai perçu de petits ganglions sus-claviculaires six mois après l'opération; puis je l'ai perdue de vue. L'autre a eu une survie de deux ans. Pendant dix-neuf mois, elle s'est crue guérie. Puis des ganglions ont paru dans les creux sus-claviculaires des deux côtés, quoique seul le sein gauche ait été malade. Enfin la malade a succombé à une véritable granulie cancéreuse avec localisation prédominante sur le péritoine.