B. — KYSTES DE F! MOI DE S
A la face — où je ne ferai pas rentrer la région péri-orbitaire, dont les kystes ont fait l'objet d'une étude spéciale {'') — les kystes dermoïdes sont rares.
On en a observé vers la région parotidienne; dans la profondeur de la joue, sur le trajet de la fente intermandibulaire, Lannelongue en a observé trois cas.
Dans la thèse de Cusset(^) on trouve une observation de Verneuil où la poche, dermoïde et pilifère, mais associée à de petites cavités mucoïdes, était accolée à la face externe du maxillaire. Peut-être faut-il faire entrer en jeu la gouttière lacrymale. Cependant dans un cas analogue, de kyste mucoïde il est vrai, Albarran (') a préféré invoquer l'invagination épithéliale d'où naît le sinus maxillaire.
Sur la ligne médiane, enfin, tout comme on voit des tissures, on voit des kystes dermoïdes, depuis la région inlersourcilière (Max Schede) jusqu'à la pointe du nez (Lannelongue), en passant par le dos du nez (Laurence, Lanne-
(') U. TiiKL.VT, Indications et rcstittats Ihériipeuliqiies (Je l' uninu -stapliijlorro pliie . Gaz. hebd. (le mé(L et de chir., 1890, n» 5, p. 50. P) Voy. t. IV, p. 546.
(') CussET, Thèse de doct. de Paris, 1877, n° 18L (*) ALiiAiiiiAN; BuU. de la Soc. annl.. 1887. p. 823.
KYSTES DEHMOÏDES DE LA EACE. M
longue). Ces kystes sont presipie loiijours lisluleiix (') et Lannelongue soutien même qu"ici le fait primitif est la fistule, le kyste succédant à l'oblitération de celle-ci. Quoique l'orifice fisluleux ait coutume de siéger à la pointe du nez, Lannelongue a bien fait voir que ces fistules et kystes sont d'origine crânienn:et non point faciale, qu'il faut les rapprocher des kystes de la glabelle, de l'inion. Ils sontdu.s, en effet, à un défaut de soudure de la rainure ectodermique postérieure (neurale) de l'end^ryon. Mais juste au-dessous de l'extrémité de cette gouttière, qui s'arrête à la glabelle, naît le bourgeon frontal, de là descendant à la face. Or, dans sa descente, ce bourgeon est capable d'entraîner, même jusqu'à la pointe du nez, l'extrémité restée béante de la rainure crânio-rachidienne; et voilà pourquoi ces fistules dermoïdes conduisent dans un trajet toujours ascendant, capable de s'engager dans le frontal au niveau de la glabelle et même d'aller jusqu'au contact de la dure-mère.
Les kystes dermoïdes de la face n'ont pas de caractères cliniques spéciaux. Leurs signes ne sont guère que négatifs et leur diagnostic n'est porté que par exclusion; on tiendra aussi grand compte du siège.
Le traitement consiste dans l'aljlation, ici presque toujours très facile.
(,)n peut rencontrer à la face des fistules sur le trajet des rainures, des fentes normales, là où je viens de mentionner les kystes dermoïdes. Elles ont été observées à la joue par Cusset, parTrendelenburg, par E. Delanglade. Elles sont excep tionnelles partout ailleurs que sur le dos du nez, et encore là sont-elles rares.
Au dos du nez, on cite des observations de Ruysch, de Cruveilhier, de Beely; Lannelongue a vu sur un enfant une petite poche dermoïde de la pointe du nez s'ouvrir au dehors par un perluis d'où sortait une touffe de poils. Je viens d'indiquer sommaireiiient l'histoire intéressante de ces kystes.
Lannelongue a publié des cas de fistules de la paupière supéi-ieure, du sillon nasogénien (fente fronto-maxillaire).
Feurer (*) a observé une fistule congénitale de la lèvre supérieure, à droite du lobule médian
Je citerai une observation, diCncile à interpréter, où Smith a vu une poche sous-cutanée de la joue s'ouvrir à la face cutanée de la lèvre inférieure. Il faut sans doute croire à une fistule congénitale, avec kyste, de la fente interman dibulaire.
Le traitemcul duil èli-e rablalion tolalc du trajet et de la iioche, comme nous le dirons |)our les lislules du cou.
Je décrirai ici les fistules congénitale)^ Je lu lèvre inférieure, fistules dont la pathogénie est encore obscure p). On constate quelquefois l'existence de deux petits pertuis, situés symétriquement de chaque côté du frein, s'ouvrant au bord libre de la lèvre, plus près de la face interne que de l'externe et conduisant
(') LANNELONr.cii ct ArHARD, Trililc licis kystes coiuiniitaiix, Paris, 1880, p. 17.
(*) FEUKEii, Jir/i. /■. Idin. dur., 1803, t. .XLVI, p. 35.
p) Demarqu.w, DuU. de la Soc. anat.. 1844, p. 297. — Murray (trad. par L. Le Fort), Bull, de la Société de chiT., 1861, 2° série, l. II, p. 280. — Richet ct Depaul, Ibid., p. 230 el .350. — BÉRAun, IliiU.. p. 233. — Demarçuay, Ilnd., 18b8, 2° série, I. IX, p. 111. — IIose, Moiiatsschrift filv Geliui-lskiinde, 1868, t. XXXII, p. 99. — Fritzsciie, Thèse île Zuncli, 1878, p. 59. — Lanne- LONOCE, Bull, de la Soc. de rhir., nouv. série, l. V, p. 017. — Madeluxg, Avch. /'. klin. dur., 1888, l. XXXVII. p. 271.
M ARRÊTS DE DEVELOPPEMENT DE LA l'ACE ET DU COU.
(I.iiis un ]iclit (filial soiis-niuqiu'iix. Ces deux canaux, f^énéralemeiil luirallèles ou converf^enls, mais que Rose a vus divergents, ne conimuniquenl jias entre eux, ainsi (iii'oa s'en assure par le calliétérisme. La pression en fait sourdre un pL'u de mucus. Chez les sujets de Demarquay, Murray, Béraud, Richet, pendant les eiï'orls, la muqueuse faisait hernie sous forme d'une petite papille. Ce vice <le conformation s'accompagne parfois d'un renversement hideux de la lèvre. Dans un fait de Lannelongue, il y avait une fente Iransversale siluée sur le bord libre et allant à 1 centimètre de profondeur. Peut-être est-ce un degré plus avancé du vice de conformation précédent.
La pathogénie de cette malformation n'est pas élucidée. Jusqu'à nouvel ordre, en eftet, nous ne connaissons pas, sur les ccMés de la ligne médiane, d'étal transitoire normal dont la persistance puisse être invoquée. Mais pour faire intervenir un vice de développement il y a deux arguments importants : le siège et la disposition invariables des perluis ; leur association à peu près constante au hec-de-lièvre de la lèvre supérieure soil chez le sujet lui-même, soil chez ses ascendants, soit chez ses collatéraux. Rose l'ail intervenir un inîermaxillaire inférieur dont Chassaignac parlait il y a déjà assez longtemps, dont parlent aujourd'hui Mis, Wœlfler. Mais la question reste obscure.
Le traitement, indiqué surtout lorsque l'ectropion concomitant rond la face hideuse, consiste dans l'excision en V de la région médiane de la lèvic.
D. — ABSLWCE DE PARTIES
L'absence complète de la face s'appelle aprosopie. L'imperfection plus ou moins marcjuée de diverses parties de la face s'appelle aléloprosopie. h'astomie est caractérisée par l'absence de l'orifice buccal et de la cavité correspondante : c'est donc dilTérent de la simple alrésie buccale, par excès de soudure entre les lèvres, h'agnathie est l'absence du maxillaire inférieur. Ces vices de conformation n'ont pas d'importance chirurgicale, car ils s'accompagnent presque toujours de malformations incompatibles avec la vie.
Uachélie, ou absence des lèvres, est plus intéressante, dans quelques cas au moins. Elle peut être totale ou partielle. Comme absence partielle, je mentionnerai l'absence des bourgeons nasaux internes, d'où un vaste hiatus médian où font défaut le tubercule charnu et le tubercule osseux du bec-de-lièvre bilatéral. J'en ai disséqué une pièce fort nette. J'ai déjà signalé ces faits pour les opposer à la fissure médiane proprement dite de la lèvre supérieure et à la fissure palatine bilatérale. Houel a décrit un bec-de-lièvre où la peau se continuail directement avec la muqueuse palatine, sans interposition de vestibule buccal. L'opération destinée à combler ces pertes de substance devient une véritable cheiloplastie.
Je mentionnerai encore l'absence du voile du palais, de la langue; mais peutêtre s'agit-il le plus souvent dans ces cas de défaut de coalescence avec alropliie des parties non soudées. Pour le voile du palais, il semble constant qu'un tubercule rudimenlaire représente chaque moitié du voile réputé alisent. Pour la langue de même, chez une jeune fille qui parlait remarqualilement l)ien, de Jussieu (') a constaté l'existence d'un petit tubercule contractile.
(') De Jussieu, Mém. de inalh. et de. phtjs. tirés des retjislres de l'Acad. des sciences de Paris. I7IS, p. 0.