‹ Traité de chirurgie publié sous la direction de Simon Duplay [et] Paul Reclus (volume 5)Chapitre 35 sur 250 · CHAPITRE TV FIBRO CHONDROMES BRANCHIAUX · texte numérisé non relu

CHAPITRE TV FIBRO CHONDROMES BRANCHIAUX

Certains enfants portent depuis leur naissance de petits appendices insérés sur la peau de la région cervico-faciale. Ces petits appendices, signalés par Sue, Colson, Reissniann, Rynd, Morgan, Soulhani, Van Duyse, ont fait l'objet des études de Lannelongue, puis de Buttcrsack, de Poirier et de Réitérer (').

Ils constituent de petits prolongements conoïdes, longs au plus de i centimètre, à corps parfois un peu renllé, quelquefois portés par un pédicule légèrement rétréci. Sur eux, les téguments sont normaux. Leur consistance souvent est ferme et, à la palpation, on sent une petite tige centrale plus résistante.

Ces appendices congénitaux ont pour siège de prédilection la région préauriculaire, près du tragus, puis, avec une fréquence moindre, la région faciale inférieure, au-dessous d'une ligne allant du tragus à la commissure. Ils peuvent, mais le fait est rare, faire saillie sous la muqueuse de la lèvre inférieure. Souvent les appendices pré-auriculaires sont multiples, et alors volontiers disposés par paires sur une ligne verticale; ils peuvent être symétriques. On observe des appendices analogues sur les autres régions de la face, par exemple sur la ligne médiane du nez, mais le fait est rare.

Au cou, ils occupent presque toujours le siège de l'orifice externe des fistules congénitales, un peu au-dessus de l'articulation sterno-claviculaire. Nous avons vu d'ailleurs que des excroissances analogues s'élèvent parfois à l'orifice cutané de ces fistules. Ici encore la bilatéralité est fréquente.

Quand on excise ces appendices, on leur trouve la structure suivante : sous un épiderme et un derme normaux, e.Kiste une petite tige fibro-cartilagineuse entourée d'un mince périchondre et se continuant avec un pédicule fibreux. Il semble, pour les appendices pré-auriculaires, que ce pédicule se continue quelquefois avec le tragus ; quelquefois il se dirigerait vers le maxillaire inférieur, mais sans s'y insérer d'une façon nette.

Cette tige fibro-cartilagineuse n'est d'ailleurs pas constante et, par exemple, elle ferait défaut dans les appendices de la région faciale supérieure, sur le territoire du bourgeon frontal en particulier.

L'interprétation pathogénique de ces petites productions n'est pas encore fixée, et peut-être y a-t-il plusieurs variétés. Lannelongue, Trélat, Magitot, s? sont demandé si les appendices de la région faciale inférieure ne proviendraient pas d'un bourgeonnement vicieux du cartilage de Meckel. Mais cette explication, à laquelle Lannelongue a renoncé, ne s'applique qu'à cette région. 11 est vrai que pour les appendices cervicaux, avec ou sans fistule, on peut invoquer une persistance anormale, avec excroissance, du squelette cartilagineux primitif des arcs branchiaux. Ce qui est certain, c'est que ces petites tumeurs

(') Lan.nelomu T. ol .VcHAiîD, Trailé des kijslcs rongrnilaux. Paris, 1886, p. 171. — Reverdin et M.woR, Revue nicd. île la Suisse rumande, 1S87, p. 4ôS. — Poirier cl Retterer, Bull, de la Soc. anal., 1889, p. 5Ô8. et Journal de l'anal.. 1X90, p. 49. — A. Broca, Bull, de la Soe. anal., 1889, p. .'.80. — KosTANECKi et Mielicki, An-h. de Vi)-rhon\ 1890, t. C.X.KI, p. 75 (bibliographie). — Consullo/. en outre la bibliograpliic de la Macrostomie, p. '2'2.

r,X DIPLOGENÈSE FACIALE ET TÉRATOMES.

coexislenl souvcnl avec des malformations dans le domaine des arcs biancliiaux. Outre les fistules cervicales déjà mentionnées, il faut savoir que les appendices pré-auriculaires accompagnent fréquemment la macrostoniic, les malformations de l'oreille externe, l'atrophie du maxillaire inférieur : à cet égard, je citerai les observations de Rynd, Morgan, Van Duyse, Trélat, E. Delanglade. Lannelongue a noté l'hérédité. Il faut donc admettre un trouble dans l'évolution de l'appareil branchial, mais nous en ignorons la nature exacte et la cause. D'après Van Duyse, il faudrait faire jouer un rôle important aux adhérences amniotiques, et à cet égard j'ai examiné une pièce démonstrative : c'est celle d'un fœtus niacrostome, chez qui deux brides funiculaires, symétriques, prolongeant une vaste adhérence crânio-encéphalique, s'inséraient symétriquement sur les deux pommettes et avaient attiré de la sorte deux petites colonnes cutanées longues d'environ 5 millimètres.

En clinique, l'importance de ces appendices est à peu près nulle. Quelquefois ceux qui font saillie sur la muqueuse labiale sont susceptibles de s'engager entre les arcades dentaires et de devenir gênants. Mais presque toujours leur seul inconvénient est d'être disgracieux.

Ils semblent s'accroître un peu après la naissance, mais ne tardent pas à rester stationnaires. On s'est demandé s'ils ne pourraient pas subir ultérieurement une évolution néoplasique : le fait est possible, quoique obscur, pour certains débris cartilagineux congénitaux de la profondeur du cou, mais pour les appendices cutanés aucune observation ne le démontre.

L'ablation au bistouri est indiquée quand les appendices sont gênants ou disgracieux. On aura soin de creuser à la base pour extirper la tigcile cartilagineuse qui s'enfonce sous la peau.

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