‹ Traité de chirurgie publié sous la direction de Simon Duplay [et] Paul Reclus (volume 5)Chapitre 38 sur 250 · PLAIES D'ARMES A FEU · texte numérisé non relu

PLAIES D'ARMES A FEU

comprenant une grande partie du masque. De Lamotte en a observé autant à la suite d'une chute sur une masse de Ijois.

De CCS arrachements on peut rapprocher ceux qui accompagnent les mo)-siires d'animaux, de chien surtout : il y a deux plaies, qui correspondent aux arcades dentaires de l'animal et sont arrachées chacune en sens inverse. A un degré plus avancé, il y a arrachement complet et perte de substance. Lindeniann a vu un homme chez qui une morsure de cheval avait arraché la lèvre inférieure avec déchirures profondes des joues.

4° Les plaies (iarmes à feu des parties molles seules sont exceptionnelles. Je citerai, à titre de curiosité, l'histoire d'un officier allemand qui eut. les deux joues perforées de part en part, les rebords alvéolaires restant intacts, par une balle qui le frappa au moment oi'i, la bouche largement ouverte, il poussait uh victorieux hurrah!

C'est d'une arme à feu que sont partis les grains de plomb qui, lorsque le coup est tiré à distance, s'arrêtent dans les parties molles ou n'atteignent le squelette que d'une manière insignifiante. Mais ce n'est pas là, à vrai dire, des plaies d'armes à feu.

Presque toujours il y a lésion simultanée des parlits molles et du squelette, et, contrairement à ce qu'on observe aux membres, les lésions des parties mollee ne perdent pas leur importance en regard de celles du S((uelette.

Il y a deux catégories de coups de feu : les uns sont tirés à dislance, les autres à bout portant.

Les coups de feu tirés à distance sont la règle en guerre. Ils on! pour projectiles des balles, des biscaïens, des éclats d'obus. Je n'insisterai pas sur les désordres étendus et variés des gros projectiles; sur les fractures esquilleuses produites par les balles, au maxillaire inférieur surtout, car le maxillaire supérieur, spongieux, se laisse parfois perforer sans grand éclatement; sur les fractures des arcades alvéolaires. La balle, une fois arrivée dans la bouche, ressort de l'autre côté en brisant de nouveau les dents et le rebord alvéolaire; e^. quelquefois, entraînant des fragments osseux et dentaires, elle détermine plusieurs orifices de sortie. Lorsque ces divers projectiles ont une direction antéropostérieure, ils vont souvent jusque dans l'axe cérébro-spinal causer des lésions mortelles. Mais lorsque leur direction est transversale ou oblique, ils se bornent, dans la majorité des cas, à des délabrements de la face: délabrements quelquefois énormes, dont on trouvera des exemples dans les livres des chirurgiens militaires, et je mentionnerai en particulier le blessé, soigné par Legouest, qui avait perdu de la sorte toute la face sauf les deux yeux.

Les coups de feu tirés à bout portant, que l'arme soit chargée à plomb ou à balle, résultent presque toujours de tentatives de suicide. Les bords de la plaie sont briilés, criblés de grains de poudre incrustés qui, après guérison, persistent sous forme de tatouage. A cela se joignent des lésions produites par la balle et des éclatements dus à la déflagration de la poudre. Ces lésions sont un peu différentes selon que le suicidé s'est mis le canon de l'arme dans la bouche ou sous le menton.

Les coups de feu tirés dans la bouche sont assez fréquents('). Le projectile suit un trajet' très varié. Si l'arme était tenue bien verticale sous le palais, l'atteitite de la base du cri\ne serait certaine. Mais le fait est assez rare, comme

(') KœiiLER, Deutsche Zeit. fiir Chir., Leipzig, ISSÔ-ISSC), t. XXIH. p. .J8L

TlîAlTli DE CHIRURGIE, 2« édlL- — V. S

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(i(i MAl.ADIICS DE LA VACE.

le l'ail rcinaniucr Bovcr. Lorsque le siijcl use d\n\ rcvohi'r ou d'uu i)isl()lcl, par n'-llcxc il a (•ouluiiic de renverser la lèlc eu arrière. Lorsqu'il emploie un l'usil, qu'il l'ait partir avec le pied après avoir erdcvé le ponleL d'habilude il incline la lète en avant. Toutes les directions sont d'ailleurs possibles. Dans certains cas, la mort est immédiate, la balle allant couper le bulbe, la moelle cervicale; d'auti'es fois, le projectile laboure la partie antérieure de la face, faisant sauter la lèvre supérieure, la voûte palatine et le nez. La balle s'arrête encore à la nuque, dans les corps vertébraux, dans les sinus de la face, etc. Mais la balle ici n'est pas seule en jeu : les gaz produits en quantité énorme par la combustion de la poudre font éclater la cavité buccale, et les lésions ainsi produites sont au moins aussi importantes que les précédentes. Si bien que les accidents ne diffèrent ^uère lorsque l'arme est chargée à blanc : il n'est pas rare, ditLegouest, que dans les suicides au pistolet la balle tombe fortuitement, et souvent on ne s'en douterait pas à voir la plaie. Inversement, lorsque la charge de poudre est faible, les délabrements sont volontiers médiocres : et, par exemple, dans un fait de ilernu(') tout se borna à une perforation palatine, quoique l'arme contint plusieurs chevrotines. La cavité buccale est brûlée, noircie, incrustée de grains de poudre, la langue et le voile du palais sont déchirés, des fissures se prolongent au loin dans le pharynx; et d'après les remarques de Dupuytren, la brûlure de ce dernier organe se traduit par une sensation de corps étranger. Les joues, les lèvres, la région sus-hyo'idienne sont déchiquetées et repoussées en dehors. Le maxillaire inférieur est fracturé, généralement sans perte de substance: le massif maxillaire supérieur est au contraire dilacéré avec perte de substance esquilleuse.

Ces lésions sont certainement 1res graves, mais bien des sujets niauqu<'nt leur but : la balle ne va léser aucun organe essentiel à la \ie et les délabrements de la face guérissent.

Le suicide manque plus souvent encore dans les coups de feu tirés sous le menton, car l'arme est en général verticale tandis que le blessé renverse la tète en arrière. De la sorte, la lèvre inférieure et le corps du maxillaire inférieur sont emportés; par contre, les lésions du massif maxillaire supérieur et surtout l'éclatement des parties molles sont moindres que par les coups de feu tirés dans h bouche.

Lorsque l'axe cérébro-spinal est respecté par la balle, lorsque les tissures n'irradient pas à la boîte crânienne, ces sujets sont encore exposés à l'œdème de la glotte, aux complications septiques, etc. Mais ils guérissent parfois d'une manière étonnante, au prix d'une horrible dilïormité, il est vrai.

Au reste, c'est là un fait général dans les plaies confuses de la face : leur pronostic est relativement bénin, si bien que pendant la guerre d'Amérique, avanll'emploi de l'antisepsie par conséquent, 998 plaies d'armes à feu ont fourni 891 guérisons et 107 morts.

Complications. — Les complications des plaies de la face sont de deux ordres: {"immédiates; 2» secondaires.

1° CoMPLiCATioN's IMMEDIATES. — Ccs complicatious sout dues soit à la lésion de certains organes spéciaux, soit à la présence de corps étrangers.

Les corps étrangers sont ici ce qu'ils sont partout : les accidents qu'ils provoquent sont surtout des accidents d'inflammation secondaire.

(') Hernu, Juuriial de cliir. de Desavll, Paris, 1792, t. III, i>. iJO.

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