‹ Traité de chirurgie publié sous la direction de Simon Duplay [et] Paul Reclus (volume 5)Chapitre 39 sur 250 · COMPLICATIONS DES PLAIES DE LA FACE · texte numérisé non relu

COMPLICATIONS DES PLAIES DE LA FACE

Parmi les complications relevant de certaines lésions spéciales, il en est qui ont été ou seront décrites séparément. Ainsi l'emphysème, lorsque sont fracturés les fosses nasales ou les sinus ('). Ainsi les plaies du canal de Slénon(-).

La commotion cérébrale existe quelquefois, mais les auteurs du Compendiinn exagèrent sa fréquence. L'absence des phénomènes cérébrau.v est souvent remarqualtle après un trauma très violent de la face, et on a cherché à l'expliquer par la facilité avec laquelle se laissent écraser les os si spongieux du massif maxillaire supérieur, par l'épuisement rapide de la force vulnéranlc dans les sutures multiples.

Les sections nerveuses se tra<luis('nt par lcu!-s lihénomènes habituels d'ancsthésie et de paralysie motrice.

L'hémorragie est toujours abondante, et cela se conçoit vu la grande vasiiilarité de la région. En général elle s'arrèle vite, car les artères sont ici petites et très musculaires ; d'autre part. Le Denlu pense que les veines sont pour beaucou]) dans la perte de sang. La blessure de troncs un peu volumineux, tels que la faciale, la temporale, est plus sérieuse. Mais ce qui est surtout grave, c'est la lésion des artères profondes, de la maxillaire interne, de la vertébrale même, car le sang s'écoule dans la bouche sans que, dans bien des cas, on sache trop d'où il vienne, et à ces profondeurs l'intervention chirurgicale est malaisée.

Dans les plaies par armes à feu, l'hémorragie est très variable. Tantôt elle est insignifiante, tantôt elle est assez abondante pour provoquer la syncope. Dardignac l'a vue se prolonger pendant plusieurs jours sous forme de suintement : quelquefois même on observe des hémorragies à répétition, pour lesquelles Dupuytren, Marjolin, M. Raynaud ont lié la carotide primitive.

2° CoMPLic.\TioNS sEGONDAmEs. -^ La majorité de ces complications sont il'ordre septique et ne présentent que peu de particularités propres à la région.

Le gonflement inflammatoire peut, en gagnant la langue et le pharynx, causer des accès de sutlbcation. Il empêche, en outre, la déglutition, et est une indication à l'alimentation par une sonde nasale.

Le tétanos céplialique, propre aux plaies de la face, a été déjà décrit (^).

Les esquilles osseuses sont souvent atteintes d'ostéite, d'où des cals volumineux, exubérants; et ces cals enserrent quelquefois des fdets nerveux, d'où des névrites, avec névralgies plus ou moins rebelles. Des névralgies analogues ont été constatées après des plaies contuses, des piqûres, des seclions des nerfs de la face, par exemple, dans des cas de Petit, Bertrandi, Benivieni, après des ablations de tumeurs de la joue; mais les faits de ce genre sont exceptionnels lors((ue la plaie n'a pas suppuré. Les nerfs moteurs traduisent leur irritation pai' des crampes et contractures.

A côté de ces accidents, je signalerai les contractures réflexes sur lesquelles S. Duplay, F. Terrier, Dumollard (de Vizille), Nicolaysen ont attiré l'attention. Ces contractures, nées après une plaie de la face ou du cuir chevelu, occupeni, la moitié correspondante de la face et gagnent les muscles masticateurs; dans le fait de F. Terrier, la participation de la branche externe du spinal s'est tra-

(') Vuv. 1. IV, |i.:,.ss.

(«) Vov. I. V. p. 'i(i(l.

(') Vov. l. I. 11. 'J17.

duile par du toiiicolis('). Le pronostic de ces accideiils osl bénin, cl ils sonl probablement de nature hystérique.

La cicatrisation une fois achevée, on reste souvent en présence de la constriction des mâchoires, avec ses diverses variétés, des cctropions des paupières ou des lèvres, de l'alrésie buccale, etc.

Traitement. — Avec Le Denlu, on peut dire que le traitement comporte trois indications : 1" arrêter le sang; 2" extraire les coi'ps étrangers; 5° réunir la plaie.

i" On se rend facilement maître de l'hémorragie fournie par les artères superficielles : il est aisé de lier les deux bouts dans la plaie. Cela est même inutile, et je pense avec 0. Weber que, presque toujours, la suture suffit pour assurer rhémoslase, voire celle de la faciale et de la temporale. D'autant mieux que, ces artères reposant sur un plan osseux, le pansement exerce aisément sur elles une compression efficace. La conduite est plus délicate lors([ue le sang vient des vaisseaux profonds : cependant aujourd'hui, on réussit bien en général, grâce à la forcipressure et au tamponnement antiseptique. On laisse les pinces à demeure lorsque la profondeur est telle que la pose d'une ligature est impossible. On évitera avec grand soin l'emploi des styptiques, du perchlorure de fer en particulier.

Quelquefois on ne peut parvenir de la sorte à l'hémostase primitive ; ou bien il se déclare des hémorragies secondaires à répétition. On commencera alors par lier à distance le tronc principal d'où on supposera que vient le sang : la faciale, par exemple, ou la linguale. Si cela ne suffit pas, on s'adressera aux troncs carotidiens. Autrefois, on recourait à la ligature de la carotide primitive, pratiquée par Gh. Collier, Morton, Dupuylren, M. Raynaud. Mais maintenant il est admis que la ligature de la carotide externe est l'opération de choix : elle est plus efficace et moins grave.

2° L'extraction des corps étrangers doit, en principe, être pratiquée lorsqu'elle est facile, lorsqu'elle ne nécessite pas de grands débridements. Mais les chirurgiens militaires ont exagéré un peu l'application de ce principe. Les observations où les corps étrangers sonl bien tolérés, pour un temps tout au moins, ne se comptent plus, et l'on admet en général, précepte déjà donné par Boyer, par A. Bérard, qu'il ne faut pas abuser des recherches pour la constatation et l'extraction immédiates des corps étrangers; quitte à pratiquer l'extraction secondaire à la moindre menace de complication inflammatoire.

o" La réunion immédiate est de toute rigueur pour les plaies non confuses. Autrefois on a beaucoup disserté sur les avantages respectifs de la suture sèche ou de la suture sanglante. Les débats sont clos et tout le monde admet que la méthode de choix est la suture sanglante. La plupart du temps, on fait la suture à points séparés, mais pour éviter la marque des trous de l'aiguille, on doit plutôt faire ici une suture intradermique avec un catgut fin. Dans la pose de ces points de suture, on aura toujours soin, chaque fois qu'un bord cutanéomuqueux sera intéressé, de commencer par réunir ce bord, de façon à restituer le mieux possible la forme des lèvres, des paupières.

Les plaies confuses à lambeaux reprennent d'une manière remarquable, ce

(') S. DuPLAY, Bull, et Mém. de la Soe. de chir., Paris, 1877, nouv. série, t. IIL p. 501. —

F. Terrier, Ibidem, p. 592. — Nicol.vysen, Norsk. mag. f. Lagevid., t. LX, p. 580, d'après

SchmidCs Jahrbikher, 1880, l. CLXXXV, n" 1, p. 27. — Sereins, Tlièse de doct. de Paris, 1880, n'>4i5.

BRULUHES ET FROIDURES DE LA FACE. (i'J

qui lienl à la vascularité considérable des tissus de la face. Lorsque les bords sont très mâchés, on les avive et on les suture. Le môme conseil était donné par Larrey père pour les plaies d'armes à feu. Mais ici la contusion est intense et l'avivcmcnt nécessite des sacrifices assez larges. Or, pour réduire au minimum les dilTormités ultérieures, il faut réduire au minimum les pertes de substancfl. A cet ellct, les auteurs modernes sont d'accord pour ne rien; retrancher primitivement. On rapproche les parties autant que possible à l'aide du pansement, en mettant quelques points de suture aux endroits les moins meurtris ; on draine soigneusement el on laisse l'élimination des parties sphacélées se faire spontanément. Après quoi on a recours à la suture secondaire, après avivcment des surfaces bourgeonnantes, aux diverses autoplasties.

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