‹ Traité de chirurgie publié sous la direction de Simon Duplay [et] Paul Reclus (volume 5)Chapitre 41 sur 250 · LÉSIONS INFLAMMATOIRES ET ULCÉREUSES · texte numérisé non relu

LÉSIONS INFLAMMATOIRES ET ULCÉREUSES

L'étude des lésions inflammatoires de la face sera d'une brièveté exirême. La (janrjrcne sera éttidiée plus loin (').

Pour Yénjsipèle, le furoncle et VaiUhrax avec leurs complications de phlébite, lymphangite ou phlegmon dilTus, l'étude générale suffit (°). (') Vov. t. IV. 1). rioi).

n Voy. t. IV, p. 874.

(') Vov. I. V, p. I(6.

(») Voy. NoMA, p. Iir,.

(») Voy. t. I. jip. ill'.t cl .Vii.

70 " MALADIES IiE LA FACE.

Los plilcfpnonx cl abcè>i son! prosque Ions d'origine donlMii-c cl lii's à àcî^ ostco-pcrioslilcs des mâchoires ('). JCii dirîii nulant do la /ïi/.rlun.

Les diverses variétés de lubcrculo^'' ritlaurc ne préscniciil ici ancinic parlicuiarilé digne d'être notée. Je signalerai seulement la frc(iiiencc des ulcérations, des gommes tuberculeuses de la joue, reposant sur un petit ganglion gcnicn, cl souvent très rebelles jusqu'au moment où on extirpe ce ganglion. La tuberriilose osseuse des mâchoires est étudiée p. 797, celle de l'os maJaire n'est intéressante qu'en raison de l'ectropion consécutif (^).

■ Le cliancre mou de la face a été nié par Ricord et plusieurs autres syphiligraphes. Mais si l'on peut contester les observations de Devergic, Diday, Venol, les expériences de Bassereau, de Nadaud des Islels sont probantes et les faits cliniipies de O. Weber, Kaposi, Trendelenburg semblent démonstratifs. Récemment, enfin, Jeanselme et Nicole en ont donné la preuve bactériologique ('). Le chancre mou de la face existe donc, mais il est rare; et cette rareté s'explique bien, car éliologiquemenl le contact direct est indispensable et le chancre mou, presque toujours génital, est plus facile à voir qu'une plaque muqueuse ou qu'un petit chancre induré.

Le chancre induré, étudié spécialement dans ses localisations aux paupières, aux lèvres, peut occuper n'importe quel point de la face, mais y est liien plus rare qu'autour des orifices. Au menton, il résulte surtout de plaies faites par un barbier avec un rasoir contaminé; en ce lieu, il est volontiers croùteux ; je me souviens d'en avoir vu un qui, modifié par des topiques irritants, ressemblait beaucoup à un anthrax, erreur vite écartée par la constatation de la roséole. Sur les parties saillantes telles que le nez, les oreilles, son origine remonte quehiuefois à une morsure dans une rixe : on trouvera des faits de ce genre dans la thèse de Guignard. D'après Otto Weber, la face porte assez souvent plusieurs chancres : Cochez en a compté trois sous le menton, et Vicenti un sur chaque joue. Cliniquement, les caractères sont ceux de tout chancre induré de la peau. En général, m'a appris mon maître Ch. Lailler, le chancre facial s'accompagne d'un œdème dur, violacé, qui fait penser, au premier abord, à une lésion profonde. L'adénopathie sous-maxillaire est d'ordinaire plus volumineuse et plus inflammatoire que les adénopalhies inguinales de même nature.

La connaissance exacte du chancre facial intéresse le chirurgien surtout au point de vue du diagnostic, et principalement pour ne point enlever au bistouri un chancre pris pour un cancroïde cutané; mais je renverrai à l'élude du cancroïde cutané en général (').

La face, d'autre part, est un des lieux d'élection des ulcérations arsenicales, appelées chancres arsenicaux en raison de leur ressemblance objective avec l'ulcère syphilitique initial. Les bords, cependant, sont nettement découpés, sans réaction inflammatoire; le fond est grisâtre et un peu humide; il n'y a pas d'adénopathie, l'induration est moindre; et surtout on sera guidé, outre les commémoratifs professionnels, par la constatation d'ulcérations analogues des mains, du scrotum, des fosses nasales.

Les lésions de la syphilis tertiaire ne m'arrêleronl pas. Dans leur forme luberculo-ulcéreuse, elles ne méritent mention qu'en raison de leur diagnostic avec

(') Voy. t. IV, p. 777.

{■') Voy. t. IV, p. 407.

('') Jeanselme, Gaz. hebd. île mcd. et de rhii:. 189ri, p. t>8."i.

(>) Voy. I. I. p. or).

rCTASIES VASCULAIRES. 71

]c lupus, surloul ([uaiiil elles lelèvonl de la syphilis hérédilaire : ce point a déjà été traité ('); je signalerai seulement la possibilité d'une évolution très rapide et rebelle au traitement spécifique, avec destruction des parties molles, du squelette, et de là des délabrements du nez, des cicatrices vicieuses causant l'atrésic ou Tectropion des orifices naturels. Le syphilome diffus existe à la face, à laquelle il ilonnc un aspect analogue à celui de la lèpre (^) : c'est le plus souvent un envahissernenl d'une syphilis labiale("'). Les gommes, enfin, n'ont à la face rien de spécial dans leur évolution : O. Weber prétend seulement qu'à la racine du nez elles engendrent parfois tles ulcérations rebelles, aisément prises pour des cancroïdes.

h'actinonujrose a é[ù observée à la peau de la face par riochenegg('), sous forme de plusieurs tubercules durs, mobiles, indolents, bientôt abcédés puis ulcérés. Le diagnostic avec les gommes scrofuleuses s'établit par la constatalion, au microscope, du parasite spécial. Quehpiefois, les parties molles profondes sont envahies par la suppuration spécifique qui gagne en même temps dIus ou moins vers le cou, mais respeclc le squelelle; '\

ECTASIES VASCULAIRES

IluguierC') a observé, près de la commissure labiale, un cas remarquable d'ectasic de la veine faciale, et l'on pourrait sans doute trouver dans la littérature quelques faits analogues. Mais leur intérêt chirurgical est médiocre.

Les ani'vrijsmes sont, eux aussi, rares et peu importants.

h'anévfytime artériel peut occuper toutes les artères de la région et il suffit d'énumérer la faciale au-devant du masséler, la coronaire labiale, la sous-orbitaire, les diverses branches de la région frontale, la temporale ('). Ces anévrysmes ont souvent une origine traumatique, que le corps vulnérant ait ou non causé une plaie, et c'est pour cela qu'ils siègent surtout dans les points on le plan osseux est superficiel. Ils sont presque toujoui's petits : étant donnée la légion, cependant, ils deviennent vite une cause de dilformité. Leurs symptômes sont ceux de tous les anévrysmes. Comme diagnostic, 0. Weber signale la confusion possible avec un ganglion lymphatique soulevé par l'artère faciale. Le Itaitement est très simple, et presque tous les moyens ont réussi : Boinet est' venu à bout, sur lui-même, d'un anévrysme labial par la compression; les injections coagulantes ont donné des succès à Raoult-Deslongchamps, à Lussana. La méthode de choix est l'extirpation.

(') Voy. 1. 1, p. à8'2.

*) F. Cerasi, Ann. de dermat. cl de syphil., 1876-1877, l" série, t. VIII, p. 153. — Goutabo, Tlèse de doct. de Paris, 1878, n" C8. — Bidon, Thèse de doct. de Paris, 1885-1886, n' 132. •

(5) Voy. t. V, p. 8().

*) HociiENEGG, Wiener med. l'resse, 1887, p. Oli. — Vov. Uaingeard, Tlu'se de doct. de Paris, 1895-1896. n» 413.

(^1 Weiss, Gross. Revue méd. de l'Est, Nancy, 18%, p. '21)2, '283.

(", HuGUiER, Bull, de la Soc. de rhir., Paris, 1857-1858, t. VIII, p. 118.

('} On li'ouveia la bibliographie de ces observations dans (i. de Scmlittelaere. Thèse de Pans, 1881, n° 09. Voy. aussi Jamain et Terrier, I.oc. cit.. l. III, p. Gl'2 cl Olti, Paris, 1887.

MALADIES DE LA l'AC.L.

J'en (lirai niilaiil poiu' les (inévi'yniiiP>; arti'riu-vrineux, doiil la lein|>oralp est lo siège (le prédilection; on en a observé qiiel(|iies-iins, auliefois, à la siiilo (le rarlériotomic.

TUMEURS

La plupart des tumeurs "qu'on rencontre à la l'ace n'ont pas besoin d'être décrites ici. Ou bien elles sont suffisamment connues après la description générale donnée dans un volume précédent de ce Traité : c'est le cas pour toutes les tumeurs de la peau. Ou bien il convient de les étudier parmi les lésions des diverses régions secondaires de la face, le nez, les paupières, les mâchoires, les lèvres : c'est le cas, par exemple, pour l'éléphantiasis du nez, pour l'angiome et le cancer des lèvres, etc. Cela étant, il nous reste, en somme, à peu près exclusivement à nous occuper des tumeurs de la joue comprises entre le plan muqueux et le plan cutané. Encore parmi ces tumeurs en est-il qui seront seulement nommées ; celles qui, nées derrière l'arcade zygomatique, dans la fosse sphéno-maxillaire, viennent envahir les parties superficielles de la face. Ainsi, d'après A. Bérard, Velpeau a vu une tumeur soulevant l'arcade zygomatique et à laquelle la maxillaire interne communiquait des battements: si bien même que Velpeau la prit pour un anévrysme et lia la carotide primitive. Burow(') a enlevé avec succès, après résection temporaire du maxillaire supérieur, un de ces fibromes de la face. Dans les cas de ce genre, il semble que cette conduite soit la bonne.

Parmi les tumeurs de la joue proprement dites, il en est encore qui seront à peu près passées sous silence : celles qui dépendent de la parotide et du canal de Sténon. Outre certaines dilatations, encore assez mal connues, de ce canal, on observe des tumeurs qui occupent la joue, à la région niassétérine, et qui dépendent de la parotide accessoire. C'est là l'origine des enchondromes, rares d'ailleurs, du plan sous-cutané, tout comme les enchondromes du plan sousmuqueux de la joue, rares eux aussi, proviennent des glandules salivaires géniennes. A côté de ces tumeurs solides, une mention est due à des tumeurs kystiques dans lesquelles Roser, Gûterbock, Ranke{-) ont trouvé un revêtement épithélial glandulaire, en sorte qu'ils croient à une sorte de grenouillette de la parotide accessoire, et que Ranke dislingue ainsi nettement ces tumeurs des kystes à endolhélium vasculaire dont je parlerai dans un instant

A. - TUMEURS CO.\JO\CTn'ES

1° Lipomes. — La face est le siège de lipomes superficiels, en général petits et de nulle importance, mais intéressants par leur étiologie. On remarque, en effet, qu'ils ont une prédilection pour les régions où le squelette est superficiel:

(') BUROW, Berlin. kUn. Work., 1S77, |t. (iO.

n GÛTERBOCK, Archii' fiir Idiii. Chir., Boi-liii, 1X7.1, 1. .\\", p. iU. — Ranke, Ihiilein, IffiS. U X.XII, p. 72.

LIPOMES. — SARCOMES. 73

P. Broca, Bruns, Trendelenburg en onl vu au front; Liston, Stetter à la racine du nez; X. Gouraud(') à la joue, en avant du masséter, au niveau du maxillaire inférieur. De plus, on constate assez souvent qu'en ces points une contusion a précédé le néoplasme.

Je mentionnerai encore les lipomes multiples de la face, observés par O. Weber; les lipomes congénitaux, avec les faits de Weinlecbner, Arnold, S. Duplay, P. Beclus, Guépin et Orrillard ('). Mais parmi ces derniers on a peut-être réuni des cas assez disparates : le vrai lipome, toutefois, existe réellement, et à son propos doit être soulevée la discussion de l'angiome lipogène. Il en est d'ailleurs de même pour certains lipomes buccaux très vasculaires que l'on rencontre, par exemple, sous la muqueuse des lèvres, mais dont nous avons à la joue une variété, les lipomes de la houle graisseuse de Birliat.

Ces lipomes sont rares. Quelquefois ils deviennent superficiels devant le masséter, peuvent même passer devant l'os malaire; ou bien, profonds au contraire, ils remontent sous l'aponévrose temporale et c'est probablement ainsi qu'il faut interpréter des faits de Konig, de Trendelenburg. Mais la plupart du temps c'est vers la bouche que proéminent ces lipomes buccaux, comme les appelait Dolbeau(^). On sent alors une tumeur assez bien circonscrite, arrondie, molle, fluctuante même, lobulée; cette lobulation permettra, dans certains cas tout au moins, de ne pas croire à un kyste, à un abcès froid. On sera encore guidé quelquefois par la couleur jaune du lipome transparaissant sous la mu([ueuse; on n'oubliera pas enfin que certains kystes sont transparents. Mais on saura que souvent une ponction exploratrice est indispensable pour lever les doutes. Le diagnostic est encore à établir avec les anf/iom,es de la boule graisseuse de Bichat, angiomes caverneux ordinairement bien circonscrits, stationnaires, capables d'oblitérer le canal de Siénon et de s'accompagner de lithiase parotidienne('). Ces angiomes, dont la consistance est à peu près identique à celle des lipomes, ne seront guère dilTérenciés, en l'absence de dilatations vasculaires superficielles, que par leur réductibilité, partielle il est vrai et inconstante.

L'extirpation est le seul traitement qui convienne à ces divers lipomes. Ceux de la boule graisseuse de Bichal seront abordés par la muqueuse buccale, ce qui a le double avantage d'éviter une cicatrice faciale et la fistule du canal de Siénon.

1° Sarcomes. — La plupart des sarcomes de la face ne méritent pas une étude spéciale.

Dans leur étiologie, il suffira de mentionner l'existence des sarcomes congénitaux, constatés par Zahn, par Millier; l'évolution sarcomateuse possible, à un âge variable, de certains angiomes ou de certains ntcvi pigmentaires(^'). Dans ce dernier cas, on observe volontiers le sarcome mélaniquc. Cette variété anatomique. avec sa malignité si terrible, est d'ailleurs, en dehors de cette étiologie particulière, relativement fréquente à la face.

(') X. GoiinAUD, Bull, de Tu Soc. anal., Paris, 1865, p. 21.

(*) P. Reclus, Bull, de la Soc. anat., 1881, p. 1!I2. — Mi't-LER, Einlge scltenere koivi. Acnhildungen am Kopf imd Gcslchl. Thèse d'Iéna, 1885. — GcÉnx cl OrîniLLAUD, Bull, de la Sor. anal., 1893, p. ^)4^.

{') Labat, Thèse de docl. de Paris, 1874, n" 555. — Consulte/, encore sur ce sujet : CiiiiNÉ, Bull, de la Soc. anat., 1881, p. 353, et Villau, Ibid.. 1888, p. 95i.

(*) P. Bebcer, Bull, et Mém. de la Soc. de cliir., Paris, 1883, n. s., l. IX. p. 897.

(") Armaignac, Journal de med. de Bordeaux, 1878, n" 16, p. liS. — A. Mathieu, Bull, de la Soc. anal., Paris, 1880, p. 544. — Ray.mond (P.), Ibid.. 1887, p. 20.

-il MALADIES DK I.A l'ACK.

Lea scnrumcx (le la IjoiiIc ///vf/.s.sc^.se ilc lliclml onl (''l<'' oliscrv(''s pnr IIoi Icloiip, parZahn('j : celui (inorloloiip était un sarcouic rascinilé; celui de Zalin, ua myxosarconie av(>c cavilés kystiques. Ces iumeui's étaient indolentes, mobiles sous la peau et sur les parties profondes: celle de Zahn avait acquis un volume considérable. Dans ces deux cas, la luiiiciir élail bien encapsulée et les ganglions étaient normaux. D'après le siège, la roniic, la mobilité, Ilorteloup pense (jue l'on peut aisément reconnaître qu<' la liiniciir occupe la boule de Biclial, d'autant mieux qu'en pareil cas le néoplasme se développe d'avant en arrière, et non point d'arrière en avant comme les tumeurs parolidiennes envahissant la joue. Mais chez le malade d'Horteloup, le diagnostic de la nature était à peu près impossible; cette tumeur molle et lobuléc faisait infailliblement croire à un lipome. Chez le malade de Zahn. la tumeur était ulcérée, ce qui avait conduit au diagnostic exact. Mais cette ulcération était due à la distension et non à l'envahissement de la peau. La tumeur était bien encapsulée et, comme dans le cas d'Horteloup, put être énuclééc de sa loge.

L. Thomas (') a publié l'observation d'un /i//.s/c sant/uin >iiirromaleux de la région massétérine. A la première opération, il trouva simplement une collection sanguine dont la paroi semblait n'avoir rien de suspect. Mais bientôt la récidive vint démontrer la malignité i\\\ mal.

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