TUBERCULOSE DES LÈVRES
Les lèvres peuvent èlre le siège de deux formes de la tuberculose tégumentaire, la tui)erculose franche et le lupus.
l" TUBERCULOSE FR.\NCHE
La tuberculose franche ne mérite })as une description spéciale (piand elle occupe la face cutanée et je renverrai à la description générale de la tuberculose de la peau. Je mentionnerai toutefois un fait où Verneuil (^) a vu, dans une lèvre, avant l'ulcération, une tumeur dure, ayant cinq ans de date, qui fui enlevée et dont l'examen histologique, pratiqué par Cornil, révéla la nature tuberculeuse.
La tuberculose labiale esl surlout intéressante quand elle occupe le bord libre et la face muqueuse. L'ulcération tubei'culeuse constitue alors une lésion assez rare, mais que le chirurgien doit connaître et qui a été bien étudiée par les auteurs suivants :
FÉRÉoL, Ulcérations lubcrculeuses de la langue et de la lèvre. Bull, de la Soc. méd. des
(<) Vov. t. V, p. 89.
C) Verneuil, Ghz. des hûp.. Paris. 1885, p. IZI.
TUBERCULOSE DES LÉVUES. 83
hùji'U.. Pnris, 1872, p. 18S. (Mdiilo nu musée Saint-Louis, iv>!25.î). —Du même, Note sur ([uolqucs ulcères spéciaux développés au voisinage des orilices nalurcls chez les tuberculeux. Ibid.. 1S74, i' série, t. XI, p. 150. — Lk Dentu, Des ulcérations tuberculeuses de la boucbe en général, il propos d'un cas d'ulcération tuberculeuse des lèvres. France médicale, 1877, t. .XXIV, p. 25. — Si'iLLMANN (P.), De la tuberculisation du tube digestif. Tbèse d'agrég. de méd. de Paris, tS7S. — Eichuoff, Ein Fall von ausgebreitetcr Tuberculose der Mundscbleinibaut. Deutsche med. Woch., 1881, n° 30, p. 413. — Badès, Ulcération de la lèvre inférieure. Bull, de la Soc. anal., 1883, p. 5U. — Hanseman.\ (de Kiel), Ueber Tuberculose der Mundscbleinibaut. Virchnw's Arch., 1880, t: ClII, p. 2G4. — Troisieu et Ménétrier, Annales de derimilulnnie et de sijphiliorapliic. Paris. 18ill, t. 11, p. 80fi.
Anatomie pathologique. — L'anatomie palliolui^ique csl celle de la tuberculose en général; les liacilles ont été conplatés d'abord par Ehrlich, par Hansemann,el depuis leur connaissance est devenue banale ; la dissociation des fibres musculaires par les follicules tuberculeux, bien vue par Babinski ('), csl ici ce qu'elle est à la langue.
Étiologie. — L'étiologie, elle aussi, est à peu près calquée sur celle de la tuberculose linguale. Presque toujours la lésion labiale atteint un tuberculeux avéré, e.'t secondaire; mais Poncet (^) a étudié un fait où l'ulcération externe et la plitisie pulmonaire eurent une évolution parallèle, et Hansemann a même noté la tuberculose labiale primitive.
Dans une dizaine de cas, l'inoculation directe au niveau d'une plaie a été prise sur le fait, et ici interviennent, par exemple, les dents acérées et déviées en avant (II. Hartmann), le contact répété d'une pipe (Féréol), une pi(pu-e de fourcbelte, etc. (Ehrlich) (').
Le siège paraît indifférent sur une quelconque des lèvres; d'après Féréol, Ehrlich, Hansemann, il y aurait une légère prédilection pour la commissure.
Symptômes. — Le début a lieu soit par points isolés, multiples, alors petits et assez longtemps superficiels, soit par un foyer unique et profond. A la période d'état, d'ailleurs, l'aspect est identique dans les deux cas. L'ulcération, qui tend à gagner la face muqueuse de la joue quand elle siège à la commissure, ofl're un fond blafard, granuleux, limité par des bords peu saillants, irréguliers, à pic, un peu serpigineux; autour, la muqueuse est d'un violet pourpre, souvent parsemée d'un semis de petits points jaunâtres. Les tissus voisins ne sont pas indurés, tout au plus sont-ils empâtés ; mais l'induration réelle est possible, et de là des difficultés de diagnostic. L'engorgement des ganglions sous-maxillaires a été observé, et A. Poncet (de Lyonl l'a vu évoluer, dès le début, parallèlement à l'ulcération.
Les faits de Féréol, d'Hansemann démontrent que les phénomènes fonctionnels (douleur, gène, mastication, salivation) sont en général fort peu accentués.
Diagnostic. — Le diagnostic saute aux yeux quand le sujet est tuberculeux, quand il n'y a pas d'induration, quand on voit le semis périphérique de points jaunes, quand les ganglions sont indemnes. Quand un seul de ces signes est en défaut, le clinicien ne s'y trompera encore guère. Mais plusieurs d'entre eux pourront prêter à la fois à l'erreur, et l'on croira volontiers à un cancroïde. Il est sans doiile classique de dire qu'on sera guidé par l'âge des malades, ce
(') Baiîinski, Bail, de la Soc. anal.. Paris, 1882, p. 230. (-) Poncet, Lyon mcd., 1S8(), t. Ll, p. 227. Cj EuRLicu, Berl. klin. Wocli.. ISS."., p. 065.
([ui osl tlouleux ; par la cachexie cancéreuse, ce iiui est un peu lanlif. En réalité, les faits ne nian(|uent pas où la pièce, enlevée comme cancer, n'a été (.liatj;i)ostiquée que sous le microscope.
Marche. — Pronostic. — La marche est chronique et la durée est longue; elle tlépenil, d'ailleurs, de l'étal des poumons. Le pronostic local est grave, car la cicatrisation n'a guère été observée.
Traitement. — Si l'ulcération est ti-ès étendue, si le sujet qui la porte est tuberculeux avancé, on s'en tiendra au traitement palliatif. Le fer rouge ne semble pas avoir donné de bien bons résultats. Les applications de chlorate de potasse ont amélioré un malade de Féréol.
Si la lésion n'est pas trop volumineuse et si le sujet est assez vigoureux, on n'hésitera pas à pratiquer l'ablation large au bistouri, suivie de suture. Il faut être averti, toutefois, que Ilanseman a signalé la récidive.
Le lupus des lèvres est fréquent, mais le plus souvent il n'est que l'extension d'un hipus de la face.
Le lupus primitif des lèvres est rare et surtout il est exceptionnel qu'il débute par la face muqueuse.
Le lupus de la lèvre supérieure a tendance à envahir et à détruire le nez. Il est quelquefois remarquable par le gonflement concomitant, et lorsque alors le nez est détruit, ce hipiis hyper trop! tique, comme disait Bazin, peut faire penser au rhinosclérome. Cette dernière lésion semble être d'une dureté ligneuse caractéristique. Au besoin, pour faire le diagnostic, on chercherait les microbes spéciaux dans un fragment enlevé.
Le siège n'a d'importance spéciale qu'au point de vue des difformités consécutives de l'orifice buccal, par destruction des lèvres, par atrésie (').