SYPHILIS DES LÈVRES
La .syphilis peut atteindre les lèvres à ses trois périodes, et nous devons étudier successivement le chancre, les lésions secondaires, les lésions tertiaires.
r Cn.VNCRE
Au dire de Bouisson, le chancre des lèvres, connu au temps de Fallope, de Brassavole, de Botal, aurait été oublié sous l'influence des idées de Hunier. Puis, plus près de nous, il a élé soigneusement décrit par Delpech, Lallemand, Ricorcl et ses élèves, Rollel, etc., et maintenant il est bien connu.
(') Voy. t. V, p. 102.
CHAXCRE DES LÈVRES. 85
RoLLET, Éludes cliniques sur le cliancre du mamelon et la Ijouche. Arch. gén. de méd., 1859, 5= série, t. XIll, p. 129, 309 et 397. — Worm.\ld et H. Coote, Primary syphililic sore of the upper lip, etc. Med. Times and Gaz.. London, 1861, 1. 1, p. 470. — • Sigmund, Die prim. Syphilis an den Mundlippen. Wiener med. ft'och., 18U8, t. XVIII, n°- 9 et 10, p. 137 et IbO. — D.Bulk- LEY, Two cases of chancre of the lip probably acquired through cigars. Arch. of dermat.. 1879, p. 343. — Protopopow, Un cas de chancre induré de la lèvre supérieure. Wratch, 1880, n" 8, anal, in Centralblatt fiir Chir., 1880, n" ôO, p. 495. — R. Clément Lucas, Chancre of the lip and epithelioma. Thé Praetilioner, 1882, t. XXVIII, p. 355. — Homolle, art. Syphilis du Nouv. Dirt. de méd. et de chir. prat., t. X.XIV, p. 548. Paris, 1885. — A. Fournier, Les chancres cxtragénilaux, in-8». Paris, 1897, p. 40.
Étiologie. — Les statistiques de Melchior-Robeii, de Ricord, de Fournier, prouvent que c'est le plus fréquent des chancres extra-génitaux, surtout chez la femme et l'enfant, ce qu'explique bien l'élude des causes efficientes.
La contagion se fait ;j«?- contact direct avec un chancre ou avec des plaques muqueuses. Aussi est-il exagéré de prétendre que le chancre labial se contracte surtout à l'occasion du coït ab ore. Un baiser sur une bouche atteinte de plaques muqueuses peut produire le même eflet. Il n'est pas rare qu'une mère, un parent, une nourrice gagne une syphilis imméritée en embrassant un enfant contaminé; de môme certains israélites, en suçant selon les rites le nouveau-né qu'on vient de circoncire Inversement, c'est l'enfant qui prendra le mal du mamelon ou de la bouche de sa nourrice. Syphilis imméritée encore chez le sujet traité par Lordat, dont la lèvre fut, au cours d'une rixe, mordue par un svphililique.
La contagion par contact indirect a pour agents le doigt, l'usage en commun des objets les plus divers : pipes, cuillers, verres, bonbons. Rollet, ^'iennois, Diday, Chassagny, Dechaux ('),ont attiré spécialemenU'altenlion sur le chancre labial assez souvent transmis dans les verreries par les cannes à souffler qui passent de bouche en bouche.
Symptômes. — An début, on voit soit une écorchure qui peu à peu s'accroît, soit une petite vésicule à laquelle l'ait suite un petit tubercule ulcéré.
Le chancre constitué est ordinairement, dit Rollet, le chancre induré bombé, formant une sorte de tumeur dont la surface plane, grisâtre, assez lisse, porte une ulcération qui n'a guère plus de I centimètre de diamètre. Il siège, en général, à la face muqueuse où il est grisâtre, exulcéré, mais il gagne assez souvent vers la peau et y devient croûteux. La lèvre est gonflée et se renverse en dehors. Autour du chancre, l'induration est presque toujours nette et son absence, notée par Gosselin, par G. Marchant, est exceptionnelle.
Parmi les formes spéciales à la lèvre, je nommerai le chancre fissuri(jue, commissural ou médian, formé de deux mamelons qui s'écartent l'un de l'autre ; le chancre ccthymateii.-K, les chancres naina, simplesérosionsd'undiagnoslic obscur jusqu'au moment où l'éclosion des accidents secondaires vient lever les doutes.
Le chancre labial est presque toujours unique au début, mais l'inoculation de la lèvre saine au point cii contact avec la première lésion n'est pas très rare, et doux fois je l'ai observée.
L'adénopathie sous-mentale et sous-maxillaire est à peu près constante. Elle est précoce, indolente et volontiers volumineuse.
Diagnostic. — Les commémoratifs sont parfois caractéristiques, mais sou-
(') P. Diday, Gazette méd. de Lyon, 1857, p. 481 et 497. — CH.\ss.4.riN'Y. Ibid., 1802. p. Ô71. — Viennois, Congrès méd.-cliir. de France, l" session. Rouen, 1805, t. I, p. 73.
vciil ils sont méconnus ou volonlairomenl dissimulés cl l'on n';i jioui' i^uiiK» que l'cxamon objccUf.
En l'absence d'induralion, on pourrail croire à un chancre mou. observé à la lèvre par Puchc, par Trendelenburg, mais d'une rareté extrême; les accidents secondaires, l'aulo-inoculation trancheront le diagnostic.
A. Fournier et Nivert(') ont bien fait valoir que certaines gommes labiales s'indurent et ressembleraient au chancre, n'étaient leur fond creusé, l'absence d'adénopathie et, au contraire, la coexistence fréquente de lésions linguales.
Le diagnostic le plus important est celui du cancroïde ; il sera exposé à propos de cette lésion.
Marche. — Pronostic. — Le chancre labial met en moyenne quatre à six semaines à se cicatriser, plus longtemps, par conséquent, que le chancre génital. Il existe souvent encore quand éclatent les accidents secondaires. Buzenet, Gosselin ont noté le phagédénisme, mais c'est exceptionnel; le pronostic local est bénin et même, d'après A. Fournier, la cicatrice disparaît -40 fois sur 50 sans laisser de traces. Pendant quelque temps seulement persiste un noyau induré un peu violacé.
On a dit, mais à tort, que la syphilis ainsi contracti'-e était plus giave qu'après l'infection génitale.