‹ Traité de chirurgie publié sous la direction de Simon Duplay [et] Paul Reclus (volume 5)Chapitre 47 sur 250 · SYPHILIS SECOND.MRE · texte numérisé non relu

SYPHILIS SECOND.MRE

Les plaques muqueuses des lèvres sont très fréquentes. Souvent elles sont entretenues par l'usage du tabac, par des lésions dentaires et peuvent alors devenir franchement ulcéreuses. Les irritations chroniques pourraient même, à en croire Rollet et Chambard(*), les transformer en jssoriasis buccal, et de là en cancroïde.

5° SYPHILIS TERTIAIIîE

Les lésions labiales de la syphilis tertiaire sont, comme partout, d'ordre sclérogommeux, mais avec des types relevant de la variabilité dans les proportions de la sclérose et de la gomme; et surtout il y a des dislinctions importantes selon (jue le processus est circonscrit ou diffus.

Syphilis acquise. — Les lésions sont surtout fiécpienles chez l'homme el proviennent, en général, d'une syphilis ancienne et mal soignée. Un Irauma peut jouer le rôle de cause déterminante, et par exemple Tuffier(^) incrimine, dans un cas, la pression des dents inférieures sur une lèvre supérieure recrof|uevillée en dedans par l'absence des dents correspondantes.

La coexistence de lésions linguales est fréquente, si bien que ^'erneuil et son élève Héraud(*) pensent que dans bien des cas il s'agit d'une .syphilis régionale, frappant à la fois une grande étendue de la région bucco-linguale.

Dans la description clinique, il faut passer plusieurs formes en revue.

(') NiVERT, Anii. de dermat. et de syph. Paris, ISSC, 2" série, t. III, p. m\.

P) Rollet et Ch.\mb.4rd, art. Sypiulides du Dirt. encycl. des ne. méd., Paris, 188i, p. 2'26.

(') TuFFiEii, Revue de rhir., Paris, 1885, p. 777.

(») HÉiiAUD, Thtse (le docl. de Paris, 1880. n» .'ii.

1° La gomme circonscrite, qu'on observe surlout à la lèvre supérieure, est rare. Elle constitue, au début, une tumeur dure, sphérique, mobile sous la peau, enchâssée dans les muscles. Indolente, elle se ramollit et s'ouvre presque toujours à la face cutanée, près du bord libre. De là une ulcération qui présente les caractères classiques des ulcérations gommeuses.

Cette ulcération jx^ut se compliquer de perle de substance, la lèvre se perforant, se sphacélant même cl de là, quand la lésion occupe la lèvre inférieure, un écoulement continu de salive. En présence d'une de ces brèches, quelquefois énormes, on no craindra pas trop la difformité ultérieure; la cicatrisation est en général remarquable. Certes, comme Bouisson, puis Tuffier l'ont bien montré, la lèvre reste presque toujours considérablement amincie, mais le bord libre ne présente souvent qu'une légère encoche.

Le diagnostic est assez facile, même en dehors des commémoratifs et des lésions concomitantes. Avant l'ulcération, la gomme se distinguera bien d'un %ste .sé6«cé, adhérent à la peau; d'un kyste muqucux, sous-muqueux et transparent ; d'un /;A)'0)ne ou d'un /?//)-o-c/<o«rf/'OHie dur, lobule, ancien. Après ulcération, j'ai déjà mentionné les gommes qui simulent le chancre. Le cancroïde sera étudié plus loin.

2" Le syphilome di/fas a été bien décrit par les élèves de Fournier, Goutartl cl Bidon, par Tuffier. 11 occupe surtout la lèvre inférieure et débute soit brusquement, soit lentement. Dans la forme brusque, la lèvre se fissure et en deux ou trois jours le gonflement s'établit; dans la suite, on trouve la cicatrice de ces fissures. Dans la forme lente, l'hypertrophie se constitue peu à peu soit par un groupe de tubercules secs et confluents, soit par une plaque sous-muqueuse, en général médiane et située près du bord libre, d'après Tuffier.

Quel que soit le mode de début, la lèvre arrive à être doublée, triplée de volume. La peau est d'un rouge violacé, cuivrée, parfois un peu croûteuse; la muqueuse présente souvent des exulcérations cicatricielles. La consistance est dure, élastique. Tantôt on sent dans cette masse comme des grains de plomb enchâssés ; tantôt, au contraire, la consistance est uniforme, mais, dans ce dernier cas, il n'est pas rare que les indurations localisées deviennent appi'éciables lorsque le traitement spécifi([ue commence à faire diminuer l'infiltration.

Cette syphilide hypertrophit[ue diffuse a une marche chronique. Chez certains malades, elle est fort rebelle au traitement antisyphilitique. Elle reste hypertrophi([ue et même gagne de proche en proche toute la face, constituant ce que Goutard a appelé léontiasis syphilitique, pour rappeler la ressemblance que la face prend avec le masque de la lèpre. Ailleurs, la sclérose avec atrophie succède à l'hypertrophie, la peau devient mamelonnée, lobulée, la mu(|ueuse est pâle, l'élasticité disparaît peu à peu et la lèvre diminue de volume, au bord libre d'abord, pour arriver à se scléroser et à s'amincir dans toute son étendue.

5° hes sypbilicles scléro-gommeuses résultent de l'association, en proportion variable, des deux formes précédentes. Des ulcérations profondes, bourbillonneuses, sont creusées sur une lèvre volumineuse, dure, rigide. La marche est chronique, progressive. Comme dans la forme scléreuse, le traitement n'a pas toujours- une efficacité complète, et, après cicatrisation, les récidives sont très fréquentes.

C'est dans la forme scléro-gommcuse surtout que le diagnostic avec l'épithélioma peut être difficile (').

(') Voy. l. V, p. 00.

ss MALADIES DES LÈVRES.

Syphilis héréditaire (')• — A. Foiirnier, G. Pellizzari, Zeissl ont vu In syphilis liérétlilaire, précoce ou tardive, détruire plus ou moins les lèvres, la supérieure surtout ; et dans ce dernier cas les observations de Madclung, de Lewin, montrent (|ue la participation du nez n'est pas rare.

Les lésions de la syphilis héréditaire sont les mêmes que colles tie la syphilis ac([uise (sclérose et hypertrophie, gommes destructives) et de plus elles peuvent ressendîler beaucoup au lupus(-).

Traitement. — Le traitement de toutes les lésions syphiliti([ues que je viens de décrire n'olïre aucune particularité. C'est celui de la syphilis en général, à ses diverses périodes.

Aux lèvres, la seule tumeur communément observée est le cancer. D'autres néoplasmes, toutefois, devront nous arrêter quelques instants et nous étudierons successivement :

1" Les tumeurs vasculaires;

2" Les tumeurs conjonctives;

0° Les tumeurs glandulaires ;

4" Le cancer.

Une mention suffira pour un tératome complexe, avec germes dentaires, observé par Ribbert("').

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