‹ Traité de chirurgie publié sous la direction de Simon Duplay [et] Paul Reclus (volume 5)Chapitre 51 sur 250 · DIAGNOSTIC DU CANCER DES LEVRES. 'M · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC DU CANCER DES LEVRES. 'M

TiC pour lot) des sujets vivent cinq ans sans récidive, et des opérés de Thiersch, d'IIulchinson ont été suivis pendant quinze et vingt ans. Certes, le mal peut reprendre l'offensive après des trêves de neuf et dix ans (Koch, Trendelenburg) : mais on n'a encore pas à se plaindre alors du résultat opératoire. Il y a loin de là au pronostic du cancer du sein, qui ne donnerait que i,7 pour 100 de survies sans récidive au delà de trois ans. Boyer, A. Cooper avaient donc raison de proclam(M' la bénignité relative du cancer des lèvres.

La récidive, quand elle a lieu, se déclare en général dans la première année (87,0 pour 100). Elle se l'ail soit dans la cicatrice, soit dans les ganglions, soit dans les deux à la l'ois.

Diagnostic. — Ouoicpie E. Albert dise n'avoir jamais rencontré de cas où le diagnostic ail été difficile, en réalité la maladie est malaisée à reconnaître au iléhiit, cjuand on se trouve en présence d'une saillie verruqueuseou d'une fissure insignifiante : on croira souvent à un simple papillome ou à une vulgaire gerçure. Pour la gerçure surtout, on se guidera sur la longue durée, sur les bords indurés et un peu renversés. Mais souvent, il faudra suivre pendant quelque temps la marche avant de poser un diagnostic précis.

A la période crulcération les causes d'erreur sont plus nombreuses, mais plus faciles à éviter. Nous ne parlerons pas du diagnostic avec le cancer vrai, qui semble ne pas exister ici. Le sarcome est rare; primitivement il est plus profond; il se développe d'abord plus lentement et sa consistance est plus molle.

Le lupus occupe surtout la lèvre supérieure, est serpigineux et présente des parties cicatrisées et, autour, des noyaux non encore ulcérés. Mais Eschweiler et Trendelenburg ont vu l'épithélioma de la lèvre supérieure se grcll'er sur le lupus.

Le rhinosclérom-e se distingue par son origine nasale, son siège exceptionnel à la lèvre inférieure, sa dureté ligneuse. Au besoin on cherchera les microbes (jui le caractérisent.

J'ai déjà esquissé le diagnostic avec Vulcère tuberculeux.

Les lésions syphilitiques sont celles qui prêtent le plus à l'erreur, soit par le chancre, soit par les gommes.

Le chancre induré serait plus fréquent à la lèvre supérieure. L'induration est plus élastique que celle du cancro'i'de et en oulre elle a suivi l'ulcération au lieu de la précéder. Par pression latérale on n'a pas issue de vermiothes comme dans le cancro'ide. L'adénopathie est précoce, volumineuse. Enfin la roséole et les plaques muqueuses surviennent ordinairement avant cicatrisation du chancre. On tiendra grand compte de l'âge du malade: parfois de ses aveux, de son état social. Mais on a observé le chancre chez des vieillards; et même des faits de- Lemercier, de Gullerier concernent des jeunes filles vierges; et les erreurs commises par Boyer, Roux, Gullerier, Velpeau prouvent qu'il ne faut pas se dissimuler les cas embarrassants.

La syphilis tertiaire est une cause fréquente d'erreurs. Dès le début, on peut confondre un cancro'ide avec une sclérose syphilitique. Mais cette dernière est en général plus large, lisse, médiane. Quand l'épithéliome commence par une iissure, on peut hésiter avec un syphilome en nappe accompagné d'une ulcération superficielle. Mais le syphilome est plus ditïus, plus étendu, occupe presque toute la hauteur de la lèvre : il y a disproportion entre l'ulcération et l'induration. A la période d'état, la gomme vraie se reconnaîtra sans peine à

son siège (lèvre supérieure surtout), à son ulcération précédée d'une évacuation analogue à celle d'un abcès; à ses bords taillés à pic et non renversés, à sa base non indurée ou peu indurée, tandis que le cancer fait une véritable tumeur. Les lésions sclêro-gommeuses sont d'un diagnostic plus difficile. On se fondera sur les antécédents, les autres accidents concomitants (cicatrices, lésions en activité), surtout du côté de la langue ; sur l'indolence, la marche lente, l'absence d'adénopathic. Mais on n'évitera pas toujours l'erreur, d'autant plus que la syphilis peut s'associer au cancer. De là les lésions cuncéro-acléreuses^ cancéro-gommeiises ou cancêro-scléro-gommetises décrites par Ozenne. Ces cas kybridcti, pour employer l'expression de Verneuil, sont parfois à peu près impossibles à reconnaître sans le traitement explorateur dont l'efficacité n'est alors que partielle; mais il ne faut pas abuser de ce traitement explorateur, nuisible en ell'et au cancer.

Dans un fait de Blandin, une tumeur sébacée enflammée ressemblait à un épithélionie, mais à un épithéliome cutané, dont le diagnostic dilTérentiel est exposé à propos du cancroïde de la peau.

Diagnostic de Vétat de la tumeur. — Elnnl donné qu'il existe un cancer, il faut examiner avec soin les adhérences à l'os, l'état des ganglions, l'état général du malade, etc. De là en effet découlent les indications opératoires. L'engorgement ganglionnaire était une contre-indication formelle pour Dupuytrcn, mais non pour Lisfranc auquel l'avenir a donné raison, et de nos jours on ne recule plus devant l'ablation des ganglions cervicaux. Autrefois, quelques auteurs ont conseillé d'enlever la seule tumeur labiale quand les ganglions sont encore petits ; Laugier, les auteurs du Compendiiim prétendent en effet qu'ils peuvent n'offrir alors qu'un engorgement inllammaloire qui cesse bientôt. Le fait est douteux, et il est de notion courante actuellement que ces ganglions suspects doivent être extirpés. La gravité de l'opération c-n est accrue, mais l'antisepsie rend ces larges interventions d'une réelle bénignité. L'envahissement de la joue est une condition des plus défavorables.

Traitement. — Le traitement médical est inefficace, 'quoiqu'on lui ait attribué, à l'arsenic par exemple (Stark), quelques guérisons qui concernent probablement des syphilis méconnues.

Les applications locales de chlorate de potasse ont été recommandées par Bergeron, par Euthyboule. On n'y aura recours que pour ïulcus rodens ou pour les cas reconnus inopérables; on fera alors en même temps des injections interstitielles.

En réalité, il faut détruire ou enlever le néoplasme. La cautérisation a été proposée et pratiquée. Légère, c'est une détestable méthode, qui n'a pour effet que d'aggraver le mal. Énergique et profondément destructive, — ce à quoi conviennent les pâtes de Vienne ou de Canquoin, — elle est incapable de dépasser les limites d'une tumeur quelque peu étendue. On ne peut y songer que tout à fait au début et pour les malades pusillanimes qui se refusent à l'ablation.

h'électrolyse aurait donné à Bruns un succès dans un cas jugé inopérable.

Mais le vrai traitement est Vexcision. Certains chirurgiens ont conseillé l'emploi du galvano ou du thermo-cautère, mais rien ne vaut Vinslnnnenl tranchant.

1° L'excision semi-lunaire du bord libre, selon le procédé de Ledran, Richerand, A. Dubois, sera appliquée aux petits cancers bien limités à ce bord. Elle

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