‹ Traité de chirurgie publié sous la direction de Simon Duplay [et] Paul Reclus (volume 5)Chapitre 52 sur 250 · TRAITEMENT DU CANCER DES LÈVRES · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DU CANCER DES LÈVRES

ilevient impossible quand elle doil être élcndue, car elle provoque alors une grande dillbrmilé, une gêne sérieuse de la parole et de la mastication, et laisse une brèche par 0(1 s'écoule la salive; l'abaissement des arcades dentaires permet d'en étendre davantage l'emploi chez le vieillard.

2° L'excision cunéiforme, respectant la peau et la muqueuse, ne doit pas être recommandée, malgré l'autorité de Bouisson. Il est impossible que de la sorte on s'éloigne assez des limites du mal.

5" Uexcision en V, entre deux lignes obliques circonscrivant largement la tumeur, est le procédé de choix. Vu la souplesse et la laxité des tissus, ce procédé est applicable même quand on doit créer une perte de substance notable. On réunit la plaie par la suture entortillée ou mieux entrecoupée.

A" L'excision qundrangulaire convient aux néoplasmes étendus : elle peut arriver à être une ablation totale de la lèvre inférieure. Dans les opérations de ce genre, une réparation autoplastique est souvent nécessaire. Il ne faut toutefois pas abuser des lambeaux et des incisions libératrices. Il y a plusieurs siècles déjà, Franco a fait voir que des pertes de substance très considérables, comprenant à peu près les deux tiers de la lèvre, pouvaient être réparées sans lambeau autoplastique, aux dépens de la lèvre restante, par simple mobilisation profonde, après quoi on suture directement les bords de la solution de continuité. Pour les délabrements plus vastes, on aura recours aux divers procédés auloplastiques de la cheiloplastie.

En parlant des indications opératoires générales, j'ai dit qu'un engorgement ganglionnaire modéré ne devait pas arrêter le chirurgien. Dans ces conditions, la plupart du temps on abordera les ganglions sous-mentaux ou sous-maxillaires par une incision spéciale, parallèle au bord inférieur de la mâchoire. Il y a quelques années, j'ai opéré un malade dont la lèvre entière a dû être enlevée et chez lequel les ganglions étaient pris sur la ligne médiane et sur les côtés. Après excision de la lèvre, j'ai décollé à sa face profonde la peau de la région sus-hyoïdienne tout entière. Dans la poche ainsi créée, j'ai extirpé les ganglions malades et, cela fait, la peau libérée a été facile à remonter sur le corps du maxillaire pour reconstituer la partie adliérente de la lèvre. La partie molnle a été refaite, mais en partie seulement, aux dépens de la joue et de la lèvre .supérieure.

Une autre complication opératoire est l'envahissement du maxillaire inférieur. On est alors conduit à la résection médiane, plus ou moins étendue, de cet os, avec tous ses inconvénients et ses dangers immédiats ('). Ici encore, une réparation autoplastique est nécessaire.

Ces réparations autoplastiques, "Verneuil a soutenu qu'elles doivent être secondaires (-). Après ablation de toute la lèvre, avec ou sans résection osseuse, laissez la plaie largement béante. En quelques semaines, elle sera cicatrisée par seconde intention, et vous serez tout surpris de voir combien la brèche se sera naturellement rétrécie : il sera suffisant d'une opération presque insignifiante, tandis que l'aiitoplastie primitive eût nécessité des débridements et des libérations étendus. En outre, la plaie reste pendant longtemps exposée aux yeux et il est aisé d'y détruire sans tarder les foyers, trop fréquents, de repullulation immédiate. Cette doctrine est aujourd'hui condamnée. En elfet, dans

(') Voy. t. IV, p. 870.

(-) Voy. sur ce point, Mét.vxas, Thèse de docl. do Paris, I88C-1S87, n» '20J.

k'S opérations de ce genre, le lésiilial définitifesl l)i(Mi rarement une survie prolongée; le patient, trop souvent, ne bénéficie que de quelques semaines de répit, quekjues mois tout au plus. Mieux vaut donc lui rendre la liberté le plus vile possible, en cherchant, par la réunion per primam, une autoplaslie immédiate guérie en quelques jours. La guérison opératoire lui. aura au moins donné l'illusion de la cure radicale; et d'ailleurs il n'est pas prouv('" (pie la récidive soit plus fréquente par cette méthode si l'ablation a été large.

De ce qui précède, il résulte qu'il serait déraisonnable de vouloir établir un pronostic d'ensemble pour ces diverses opérations. La statistique de Wôrner nous donne une mortalité brute de 5,77 pour 100, due surtout h des pneumonies. Mais la mort est à peu près exclusivement réservée aux opérations graves, étendues, auxquelles je viens de faire allusion, surtout lorsque l'os est intéressé. Pour les excisions curvilignes ou en V on peut dire cjue la mortalité est nulle, et pour les extirpations larges, sans délabrement osseux, l'antisepsie la rend presque nulle.

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