‹ Traité de chirurgie publié sous la direction de Simon Duplay [et] Paul Reclus (volume 5)Chapitre 53 sur 250 · DIFFORMITÉS DES LÈVRES · texte numérisé non relu

DIFFORMITÉS DES LÈVRES

Les difformités des lèvres sont congénitales ou acquises. Mais les premières, — à part ([uelques particularités, thérapeutiques surtout, dont je m'occuperai chemin faisant, — ont été étudiées dans le chapitre général sur les vices de développement de la face. C'est donc à peu près exclusivement des difformités acquises qu'il va être question ici. Ces difformités sont : 1° les adhérences et l'atrésie de l'orifice buccal ; 2" l'ectropion ; 5° les pertes de substance.

A. — ATRÈSIE DE L'ORIFICK BUCCAL

Variétés. — Depuis la description remarquable donnée dans le Compoidium, il est classique de diviser l'atrésie acquise en trois variétés.

yV. 'Ualrésie sans perte de substance et sans adhérence aux mûclioires peut s'appeler ankijlocheilie : aux paupières, en effet, une disposition tout à fait analogue caractérise l'ankyloblépharon. Celte variété, moins fréquente que les deux autres, résulte d'ulcérations parlant de la commissure cl soudant peu à peu les deux lèvres, par le mécanisme des plaies angulaires. Les causes ordinaires sont le lupus, la syphilis ; à titre d'exception, on mentionne les ulcérations varioliques, chez des malades de Démarque, de Krïiger Hanson. L'orifice rétréci, suivant les cas reste médian, ou est plus ou moins attiré vers la joue. Ses dimensions sont très variables. Il peut devenir extrêmement étroit, et l'on cite même une observation de Horstius où il se serait complètement oblitéré.

B. A trcsia précédée de perte de substance. — Celle variété esl la plus fréquente. Elle résulte de la rétraction cicatricielle consécutive aux pertes de substance de quelque étendue. Ces pertes de substance sont le résultai des lésions tra'umatiques diverses, des exérèses chirurgicales, de la pustule maligne, du noma, des ulcérations destructives de la syphilis, etc.

ATRESIE DE L'ORIFICE BUCCAL. lO:.

C. Atré^ie avec perle de substance et adhérence aux mâchoires. — Celle syncheilie réjjond à ce qu'esl aux paupières le symblépharon. Non seulement Torifice buccal est rétréci, mais de plus les lèvres et les joues, en partie disparues, adhèrent aux rebords alvéolaires. Cette dilîormité est la règle à la suite du noma; autrefois, elle était assez souvent la conséquence de la stomatite mercurielle grave. Dans un fait de Bouisson, l'ingestion de liquides trop chauds avait suffi à la produire. Ces adhérences sont quelquefois de simples brides, libres et lâches. Mais d'ordinaire, elles sont larges et courtes, et la soudure est à peu près complète : en ce cas, la lésion dominante est presque toujours, à vrai dire, la conslriction cicatricielle des mâchoires (').

Symptômes. — Dans toutes les variétés, la difformité saule aux yeux, l'introduction des aliments dans la bouche est difficile, la mastication et la parole sont gênées, la respiration même peut être pénible. La gravité de ces accidents est en raison directe de l'étroitesse de l'orifice, et l'on conçoit que le malade d'Horstius soit mort de faim, la bouche étant complètement obstruée. Le vomissement, enfin, serait grave chez ces sujets, car les matières expulsées, ne trouvant pas une voie suffisamment large, seraient en partie refoulées dans l'arljre aérien.

Lorsqu'il y a perle de substance, deux phénomènes nouveaux interviennent : récoulemenl continu de la salive et la chute des aliments pendant la mastication. Dans la troisième variété s'ajoutent les symptômes de la constriclion des mâchoires.

Traitement. — Par des moyens variés, on peut pallier les accidents. Avec les doigis. on enfoncera de force les aliments; si l'orifice est plus étroit, on nourrira le patient de liquides avec une cuillère étroite, au biberon, avec une sonde munie d'un entonnoir; un degré de plus, et la sonde molle sera introduite par une des narines si ces orifices ne sont pas, eux aussi, alrésiés. Mais la prolongation de ces artifices devient bien vite insupportable.

On a songé à dilater Fori/îce avec de l'éponge préparée, avec une tige de laminaire : la récidive est constante. Il en est de môme après l'incision simple, même avec les petites manœuvres d'Amussat, qui chaque jour, jusqu'à cicatrisation, désunissait la commissure, de Boyer qui interposait une lame d'argent entre les 'surfaces cruenlées.

Pour obtenir la guérison. il est indispensable de reconstituer une commissure.

L'idée du jirocédé du Dotoc est la suivante. Au point où l'on veut que se trouve ullérieurement la commissure, on perfore la joue et on fait cicatriser cet orifice autour d'un corps étranger, tige d'ivoire ou fil de plomb. Cette cicatrisation achevée, on fend le pont entre la bouche et l'orifice artificiel : on a supprimé de la sorte la cicatrisation angulaire et il n'est pas étonnant que ce procédé ait donné des succès, par exemple à Krtiger Hanson, à Gosselin.

Mais, aujourd'hui surtout que la réussite de la réunion immédiate est vulgaire, ce procédé, encore assez aléatoire, doit céder le pas à l'incision en un seul temps, suivie de suture exacte de la muqueuse à la peau, comme l'a pratiqué Serre (de Moiilpellier), il y a longtemps déjà. Il y a même mieux à faire : c'est ce que Joberl (de Lamballe) a appelé l'autoplastie par ourlet, ou par inflexion. Dans l'e'spèce, cette méthode est représentée par le procédé de ^^'erneck el de Diellen-

Cj Vuy, l. IV. p. 87 i.

loi MALADIES DES LÈVRES.

l)ach. On excise à la peau un IVaf^nienl triangulaire, dont le sommet répond à la liilure commissure; puis la muqueuse est fendue liorizonlalemeni et les deux petits lambeaux ainsi constitués sont ourlés à la peau. Clés deux dernières opérations sont donc identiques à la canthoplastie.

Quand il y a des adhérences entre la lèvre et Fos, on devra les diviser et, par les divers artifices dont il a été question à propos de la constriction des mâchoires, tâcher d'éviter leur reproduction. Je n'insisterai pas davantage sur les faits de ce genre, où il y a presque toujours â la fois constriction des mâchoires et perte de substance. A l'opération de l'atrésie, il faudra en elîet joindre la cheiloplaslie et le traitement de la constriction; faire des auloplasties à lambeaux muqucux, comme Dietfenbach, à lambeaux cutanés comme V. Mott et ljouisson,ou même transplanter un lambeau brachial par la méthode italienne.

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