‹ Traité de chirurgie publié sous la direction de Simon Duplay [et] Paul Reclus (volume 5)Chapitre 63 sur 250 · HYPERTROPHIE CONGÉNITALE DES GENCIVES · texte numérisé non relu

HYPERTROPHIE CONGÉNITALE DES GENCIVES

Pronostic. — L'épulis est une lumcur ordinairement bénigne. Son accroissement est lent, l'engorgement ganglionnaire est exceptionnel et en tout cas très tardif, la santé générale n'est en rien altérée, même au bout de plusieurs années. II ne faudrait pas, toutefois, affirmer la constance de cette bénignité, de ce contraste avec l'ostéosarcome des mâchoires. Après ablation d'une épulis, Le Fort, Terrillon, ont observé la mort par généralisation osseuse, selon l'évolution des ostéosarcomes les plus malins: dans un cas de Chr. Hcath, la récidive a eu lieu avec transformation épithéliomaleuse, et peut-être faut-il faire intervenir parfois, dans les faits de ce genre, les débris épitliéliaux dont on a signalé l'inclusion dans la masse morijide.

Après ablation large, la tumeur ne se reproduit en général pas et la récidive locale n'a été observée que 7> fois sur 18 dans la statistique de Czerny publiée par Melville Wassermann ('). Ces récidives sont même, à vrai dire, plutôt des continuations du mal, incomplètement détruit, comme le déclaraient déjà les auteurs du Compeiidium, et la plupart du temps on les évite si l'on dépasse largement les limites du néoplasme.

Traitement. — Je passerai sous silence les tentatives anciennes de ligature en masse, de cautérisation. De même pour l'électrolyse.

Un seul traitement mérite d'être conservé : l'ablation de la tumeur, avec destruction soignée de son point d'implantation. Si donc l'épulis empiète sur les deux faces de la gencive, si elle a érodé la substance osseuse, on n'hésitera pas à pratiquer à la pince coupante la résection du rebord alvéolaire. Mais quand l'implantation est limitée à un alvéole, on peut être plus conservateur et se contenter, après excision des parties molles, de ruginer, de gruger l'alvéole ù la gouge; Eug. Nélaton, Magitot, ont même conseillé simplement la cautérisation au chlorure de zinc ou à l'acide chromique, ce qui est insuffisant.

Si la section osseuse saigne, la compression y pare presque toujours; en cas d'échec, on aurait recours au fer rouge.

Après ces opérations, on assurera l'antisepsie buccale, dans la mesure du possible, par des lavages avec des solutions d'acide boricjue, de chloral.

Après cicatrisation, si la perte de substance est large, l'application d'une pièce prothétique sera parfois indiquée.

D. — HYI'ERTROPHŒ CONGÉNITALE DES GENCIVES

L'hypertrophie congénitale des gencives est une maladie très rare, encore mal connue. On en avait déjà publié quelques observations éparses, oubliées, lorsqu'elle a été nettement décrite pour la première fois par Salter, en 1859 (^). D'ailleurs, malgré Salter, Chr. Heath n'admet pas que la lésion soit congénitale et dans les cas qu'il a observés, elle n'existait pas à la naissance.

L'hypertrophie peut être limitée à un segment d'un bord alvéolaire, à une des faces des gencives, mais en général tout le bord gingival, et même aux deux

(') Melville Wassermann, Dissert, inaug. de Heidclberg, 1887, et Deutsche Zeitsrhrift fiir Cliiniryie, 1880-1887, t. XXV, p. 308.

(-) Ci^iET, Observations méd.-chir., Lyon, 182.'i, p. 2 et 50. — Gross, Louisville Rev., I8")0, t. I, p. 252. — Mac Gillivray, Ausi. med. Journal, Melbourne, 1871, t. XII, p. 259. — Murray, Med. chir. Transact., London, 1873, t. LVI, p. 235. — He.\th, Transai-t. of the odont. Soc, 187',), t. XI, p. 18. — Heath, Brit. med. Journal, London, 1897, t. I, p. 1073.

mâchoires à la lois, csl occupé par une masse lobulée, ferme, insensible, rosée, faisant saillie entre les lèvres écartées et empêchant l'occlusion de la bouche; et dans cette masse sont enfouies les dents, quand on observe le sujet après leur issue. Les dents, en effet, ne sont pas entravées dans leur éruption, et Salter dit même qu'elles peuvent avoir un volume et nne précocité insoliles.

On constaterait celte hypei'trophie dès les premiers mois qui suivent la naissance, et surtout après la naissance elle subirait un accroissement quelquefois rapide, ainsi qu'en témoigne une observation de Canton.

Du côté des parties molles, un des faits les plus nets est un développement considérable des papilles. Dans les cas d'Erichsen, de Magitot, l'hypertrophie était limitée aux parties molles ; mais le plus souvent, au dire de Salter, Canton, Gross, il y a participation du rebord alvéolaire. L'étiologie est des plus obscures. On a noté, toutefois, certaines coïncidences : Salter, celle de l'épilepsie; Mac Gillivray, celle de la scrofule; Gross, celle du rachitisme ; Canton, celle de l'idiotie. D'autre part, et ici il semble y avoir quelque similitude de processus, Salter a vu que chez son malade il y avait tendance à l'hypertrophie de tout le système tégumentaire avec développement exagéré génitale des poils ; dans un cas de J. Murray, il y avait production concomitante de molluscums fdjreux. Le traitement consiste à exciser et à cautériser les parties hypertrophiées, en plusieurs séances au besoin. Mac Gillivray a dû réséquer en même temps le bord alvéolaire d'un coup de pince de Liston. Son opéré ne semble pas avoir eu de récidive, mais il n'a pas été suivi pendant assez longtemps pour qu'on puisse l'affirmer, car chez celui de Gross elle survint au bout de quatre ans.

FiG. 5Ô. — II.vpi:rlio|iliie con des gencives. (Follin et Dupiny.)

CHAPITIIK V MALADIES DE LA LANGUEC

LÉSIONS TRAUMATiaUES

On observe à la langue des plaies par instruments piquants, tranchants et

(') Outre les traités classiques et les articles des dictionnaires, on consultera diverses monographies sur les maladies chirurgicales de la langue, et en particulier : Johnson, Diseases of tlie longue. Med. chir. Review, London, 184.3, t. XLIII, p. 5.57. — LENoiiL, Thèse de Paris, 1851, n» 96. — Be.vureg.\rd, Thèse de Strasbourg, 1857, 2" série, n» 591. — F. Cl.\hke, A treatise on the diseases of Ihe longue, London, 4873. — G.\mberini, Trait, délie mal. délia lingiw, Bologna, 1879. — Butlin, Diseases of Ihe tangue, London, 1885, trad. française par D. Aigre, Paris, 1889.

LÉSIONS TRAUMATIQUES. Tii»

conlondants; parmi les plaies contuses, il faut faire une place spéciale aux morsures.

1° Plaies par instruments piquants. — Chez quelques malades, un instrument pointu tenu dans la bouche a élé enfoncé dans la langue par un choc, par une chute; c'était un crochet à ouvrage, une aiguille à tricoter chez des malades de Demarquay ('), de Brasdor; c'est presque une plaie par instrument piquant lorsque le corps enfoncé est un morceau de bois, un tuyau de pipe. Il est plus fréquent qu'un sujet se pique la langue avec une épingle gardée dans la bouche. Mais surtout ce qui n'est pas rare, c'est la piqûre produite pendant le repas, par la fourchette, par des arêtes en mangeant du poisson, et, dans un fait de Gibb, par une aiguille accidentellement contenue dans la nourriture.

Les arêtes s'implantent dans n'importe quel point de la langue, et c'est dans la base que se ficha l'aiguille de Gibb. Mais sauf cela, c'est la partie libre qui est atteinte dans la grande majorité des cas.

La lésion presque toujours est très superficielle; tout se borne à une douleur assez vive, mais vite passée et à quelques gouttes de sang. Mais chez la femme observée par Brasdor, l'hémorragie fut assez inquiétante et il fallut le fer rouge pour l'arrêter. Enfin, dans quelques cas, la lige peut s'enfoncer au loin et, par une plaie en apparence insignifiante, causer des délabrements profonds et graves. Ainsi, un matelot, auquel un coup fit pénétrer dans la langue le tuyau de sa pipe, mourut d'hémorragie foudroyante lorsque, au quatrième jour, B. Cooper(-) pratiqua l'extraction du corps étranger : le tuyau de pipe avait embroché la carotide interne, dont la plaie fut rendue béante par l'extraction.

2" Plaies par instruments tranchants. — Les sujets qui ont la mauvaise habitude de porter leurs aliments à la bouche avec la pointe de leur couteau se font souvent à la langue de petites coupures superficielles. De même, les enfants qui, dans leurs jeux, tirent plus ou moins brusquement sur les feuilles longues, étroites, minces et tranchantes des herbes qu'ils mettent si volontiers en travers dans leur bouche. Les plaies de quelque importance sont rares, ce qui n'est pas étonnant en raison de la protection fournie à la langue par les arcades dentaires. Toutefois, Gant(') a vu la partie libre de la langue être, par accident, presque entièrement coupée. Dans ces sections profondes, l'hémorragie peut être notable.

Autrefois, l'amputation de la partie libre de la langue était un supplice fort usité, mais il est prouvé aujourd'hui qu'il manquait son but et que cette amputation ne prive pas de la parole celui qui en a été la victime.

0° Plaies par instruments contondants. — Ces plaies ne sont le plus souvent qu'un épiphénomène des plaies contuses de la face avec fracture du maxillaire inférieur; cependant, chez un blessé de Norgate la lésion linguale fut, par l'hémorragie, une complication importante.

La lésion linguale est encore tout à fait accessoire dans la plupart des plaies d'armes à feu, et en par-Jiculier lorsque le coup de feu est tiré dans la bouche ou sous le menton. Les balles venues de loin peuvent, avec fracas osseux

(') Demaroua-ï, art. L.4.ngl'e du Nouv. Dicl. de méd. et de chii: prat., Paris. (*) B. CooPER, Guy's liosp. Rep., London, 1837, t. II, p. 404. p) Gant, Bull. gén. de thérap., Paris, ISBO, t. LXI, p. 134.

TRAITÉ DE CHIRURGIE, 2° édit. — V. 9

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