DIAGNOSTIC DU CANCER
est un des signes les plus précoces el les plus suspects. L'aspect verruqueux également doit être tenu pour de mauvaise augure. Il va sans dire qu'en cas de doute on n'hésitera pas à croire au cancroïdc et à pratiquer l'ablation de la partie malade.
Quand ce diagnostic est à débattre, il y a déjà, dans bien des cas, une ulcération plus ou moins nette. Mais ce n'est pas là une de ces vraies ulcérations, reposant s)ir une induration néoplasique, où le diagnostic est à discuter avec l'ulcère dentaire, l'ulcère tuberculeux, la syphilis.
L'iilcère simple, en effet, peut s'indurer, être fongueux, s'accompagner d'adénopathie, survenir chez un homme âgé : il sera alors quelquefois impossible de se prononcer avant d'avoir arraché le chicot causal et d'avoir observé attentivement les effets de cette extraction. Même ainsi, on restera parfois perplexe, en face des ulcères simples en voie de transformation épilhéliale et que l'extraction dentaire améliore pour un temps. L'induration ligneuse du cancer est un des meilleurs signes: au besoin, on aura recours à l'examen histologique d'un fragment exci.sé ; et enfin mieux vaut enlever un ulcère bénin que de laisser évoluer un épithéliome.
De même pour l'ulcération tuberculeuse : lorsque seront en défaut les arguments tirés de l'induration, du semis de points jaunâtres, de la tuberculose pulmonaire, les examens histologique et bactériologique resteront le seul critérium. Th. Anger a bien affirmé qu'il suffisait d'avoir vu un ulcère tuberculeux pour ne plus se tromper : mais les erreurs de Liicke, Enteneuer, Petersen lui donnent un démenti, et c'est à de ces erreurs, suivies d'amputation, que Nedopil a dû plusieurs pièces d'ulcère tuberculeux.
La syphilis tertiaire est la source de méprises vulgaires et, malheureusement, on tend d'ordinaire à admettre la syphilis plutôt que le néoplasme, en sorte que l'on prescrit une médication inutile, dangereuse même. Ces dangers ne résultent pas seulement du temps perdu, mais encore, et surtout, de l'exacerbation subie par le cancer sous l'influence du traitement iodé et hydrargyrique. De cette aggravation résulte un principe important en pratique : ne recourir que le moins possible au traitement dit « pierre de touche ». Ce traitement était à peu près universellement prescrit il y a quelques années pour peu que le cas fût douteux : Larrey, Verneuil, Trélat ont montré qu'il est plus nuisible qu'utile {'). Il faut lui préférer, et de beaucoup, l'examen histologique des produits obtenus par raclage ou par excision; et si, exceptionnellement, on s'adresse à lui, il faudra le faire avec modération el avec une surveillance attentive.
Les gommes ulcérées typiques, avec leurs bords souples et nets, leur fond bourbillonucux, peu bourgeonnant et peu saignant, leur indolence, leur absence d'adhérences au plancher buccal, ne seront pas souvent méconnues; ne le seront même jamais si à cela s'ajoutent des fissures de la muqueuse lobulée, des commémoratifs nets, des accidents concomitants. L'hybridité cancéro-syphililique vient compliquer la question; cette hybridité, décrite surtout par Verneuil el son élève Ozenne (^), pourrait être constituée par la combinaison du cancer aux trois formes de la syphilis, d'où les trois formes cancéro-gommeuse, cancéroscléreuse, et cancéro-scléro-gommeuse. Deux variétés principales seraient à distinguer.: dans l'une, une lésion syphilitique sert à localiser le cancer, et ce
(') DxM. et Mém. de la Soc. de chir., Paris, 1880. n. s., l. I\', p. 019, 62i, 651, 604, 682, 099. n Ozenne, Thèse de doct. de Paris, 1883-188-4, iv LIS.
loi) MAI,AIIIi:S DE I.A LA\(il!i;.
cancer garde dans son aspecl el ses allures ([uel(|ue chose de la syphilis initiale; dans l'anli-e, un cancer alleinl un syphililique, cl cela fait la diallièse impiime jusqu'à un certain point son cachet sur l'ulcération néoplasique. Ces hybrides auraient un(^ nuirche plus lente, causeraient des douleurs moins vives, saigneraient moins facilement. Ces parlicularUés cliniques ne sont pas hors de contestation. La seconde variété est même douteuse. Mais la première existe certainement et l'aspect objectif est alors, pendant quelque temps, à la fois celui de la gomme et celui du cancer : le problème est donc le même que pour les transformations malignes de la leucoplasie, de l'ulcère dentaire. C'est dans ces conditions qu'est indiqué le traitement pierre de touche, pour bien déterminer si dans la lésion examinée existe un élément contre lequel, après amélioration initiale, il reste impuissant.
A titre de faits curieux, je citerai deux observations.
A. Desprès (') a vu une ulcération arsenicale ressemblant à un cancer chez une femme qui mettait constamment dans sa bouche des fds de soie teints au vert de Scheele.
Kappeler (^) a observé un homme de vingt-six ans, chez qui une myosite sclérosante de la base de la langue, liée sans doute à l'existence de calculs du canal de "Wharlon, ressemblait à un cancer et fut extirpée comme telle par la voie sus-hyoïdienne.
Le diagnostic différentiel une fois établi, ce n'est qu'une partie de la besogne. Il est indispensable d'explorer par la vue, le toucher, l'exploration bimanuelle, la langue, le voile du palais, le plancher buccal, les ganglions cervicaux; il faut déterminer avec soin si la base de la langue est envahie, si la ligne médiane est franchie. De là résulteront les indications opératoires que j'ai résumées précédemment; de là résultera aussi le choix du ])rocédé opératoire.
Traitement. — La seule chance de cure radicale est dans l'extirpation du néoplasme. Mais il y a des indications au traitement j)alliafif. Quant au tntitcinoit médical, on y a à peu près complètement renoncé. xVutrcfois Cloquet, Larrey, Richet, puis Verneuil ont dit avoir eu quelques résultats palliatifs par l'administration de l'arsenic; plus récemment Verneuil a conseillé de soumettre les opérés à celte médication, qui préviendrait, jusiju'à un certain point, la récidive (^). En tout cas, on ne connaît pas d'inconvénient à celte manière de faire.
J'en arrive, maintenant, au traitement chiruigical, palliatif et curatif.
A. Traitement palliatif. — Un traitement palliatif bien dirigé lend de réels services dans les cancers inopérables.
Toujours on aura soin d'arracher les dents cariées et pointues, d'ordonner des aliments mous et non irritants, de prescrire des lavages buccaux fréquents, d'appliquer sur les ulcérations délergées des poudres antiseptiques et narcotiques. Butlin, par exemple, préconise une poudre où il associe l'iodoforme, le borax et le chlorhydrate de morpliiiu". *
A côté de ces moyens, toujouis indiipu'is, il en est d'autres qui onl des indications spéciales.
La douleur sera combattue par les narcotiques appliqués directement sur
(M A. Desprès, Bull, et Mém. de la Soc. de rliir., Paris, 1880, n. s., l. IV. \<. 6-2i. (-) Kappeler, Deutsclœ Zeit. fiir Chir., Leipzig, 1882, l. XVI, p. ÔCÎ). p) Verneuil, Troisième Congres frane. de chir.. Paris, 1888. p. 'iOB.