‹ Traité de chirurgie publié sous la direction de Simon Duplay [et] Paul Reclus (volume 5)Chapitre 82 sur 250 · TUMEURS MIXTES SALIVAIRES · texte numérisé non relu

TUMEURS MIXTES SALIVAIRES

L'inspcclion révèle l'existence d'une tumeur latérale, située en dehors du raphé médian, occupant presque toujours le voile, rarement la muqueuse du palais osseux (Letenneur, Morniiche, Grynfell el Barrière), refoulant le voile en haut, la luette du côté sain, et déprimant quelquefois la base de la langue Celte tumeur, (|ui peut avoir jusqu'au volume d'un œuf de poule, mais dont la marche a été très lente, est arrondie, bien circonscrite, lisse ou un peu bosselée. La muqueuse, bien mobile, est intacte, non ulcérée, sillonnée seulement de petites varicosités. A. la palpation, on la trouve tantôt de consistance ferme et uniforme, tantôt molle par places, fluctuante même, tantôt au contraire très dure en certains points; et c'est par ces circonstances qu'on portera le diagnostic de la variété : adénome, myxome, fdjrome, chondrome, avec ou sans formations kystiques.

La tumeur, quand elle devient très volumineuse, est capable d'user la voûte osseuse au point de la perforer et de devenir directement sous-jacente à la muqueuse nasale (').

Je ne crois pas devoir exposer un diagnostic différentiel avec les kystes el fibromes, qui sont probablement en réalité des tumeurs mixtes; avec les gommes et les carcinomes qui ne prêtent guère à l'erreur; avec les tumeurs de la voûte osseuse, qui fout corps avec ros(^).

La bénignité de ces tumeurs se reconnaît à trois signes : la lenteur d'accroissement, l'intégrité des ganglions correspondants, l'absence de récidive après ablation. Mais, quoi qu'on en ail dit à l'époque de Nélalon, cette bénignité n'est pas absolue. A un moment donné, sans cause connue, on peut, voir le néoplasme subir une poussée rapide et adhérer à la muqueuse, s'ulcérer en même temps que l'engorgement ganglionnaire se produit. Cet engorgement est rare, mais de Larabrie l'a constaté; el j'en ai également été témoin sur une femme d'une cinquantaine d'années entrée dans le service d'U. Trélat. A cette période, les allures sont réellement malignes, la récidive est à craindre : elle est même possible — presque toujours sous forme de sarcome pur et peut-être aux dépens de la capsule respectée — après énucléation très aisée de tumeurs -encore récentes el petites. Voilà donc, après l'analogie anatomique, une grande analogie clinique avec les tumeurs parotidiennes : cette évolution en deux temps, où une tumeur, pendant plus ou moins longtemps torpide et bénigne, subit tout à coup une poussée rapide el maligne.

Traitement. — En présence de cette évolution, le îraitement ne saurait être discuté : il faut enlever ces tumeurs aussi vite que possible, et après l'ablation précoce l'absence de récidive est la règle ; ablation d'ailleurs très facile, car la masse néoplasique, bien encapsulée, s'énuclée très facilement d'un coup d'élévaloire après qu'on a fendu la face antérieure du voile. Celte incision sera faite au bistouri sur le point culminant de la tumeur; elle sera longitudinale; on la réunira par des points de suture au fd de soie.

A la deuxième période, l'opération devient laborieuse, difficile, dangereuse : c'est celle des cancers étendus du voile el du pharynx, dont je parlerai plus loin.

(') L. Dbfontaine, Arcli. prov. de chir., avril 189,3, p. 249.

(-) Exceptionnellement la tumeur peut être pédiculisée (Velpeau el Bauchel). papilloma- Icuse (Rrlch, Bull. de. la Soc. de cliir., Paris, 1885, nouv. série, t. XI. p. 885), faire saillie vers la région p.irotidienne (N. Dousoy, Si-Thomas hosp. reports, London, 1880, p. 55; U. Tmélat, locu citiilo).

rUMEUBS DE LA LUETTE

Je réunirai sous ce nom, suivant l'usage, une série tle lésions disparates, dont plusieurs ne sont certainement pas néoplasi([ues, mais qui forment un tout olini([ue et doivent t-tre traitées par l'excision de la luette.

L'augmentation de volume de la luette se caractérise par un ensemble symptomalique spécial : toux sèche et rebelle pouvant faire craindre un début de tuberculose pulmonaire; nausées et vomissements après le repas, la luette litilanl la base de la langue; mouvements incessants de déglutition; quelquefois crises nocturnes de sutTocalion. Labus, Cocn(') ont décrit minutieusement des modifications de la voix.

Dans la plupart des cas, ces symptômes relèvent de Vengorgcmenl infiammal'oire chronique de la luette, et l'on voit la luette volumineuse, touchant la base de la langue, terminée souvent au sommet par une petite pointe œdémateuse. C'est dû à un œdème chronique, peut-être avec hypertrophie glandulaire, et cet état coïncide d'ordinaire avec des angines à répétition. Pour l'expliquer, on a invoqué la chlorose, l'anémie paludéenne, l'abus de l'alcool : tout cela reste douteux. Celte hypertrophie de la luette, qui peut être congénitale, serait parfois prononcée au point que l'organe vienne à s'engager entre les arcades dentaires, comme l'auraient vu Yearsley, Behr, Dana.

Les signes fonctionnels sont les mêmes pour les tumeurs, telles que les polypes muqueux(*), les papillomesf), les angiomes simples ou caverneux observés par Blum, Le Fort et Bide (*), le développement variqueux des vaisseaux noté par Ancelon. Il est inutile d'insister sur l'aspect objectif spécial à ces diverses lésions.

Les papillomes peuvent avoir 10 à 12 millimètres de long. Ils atteignent de préférence les adultes du sexe masculin et sont presque toujours accompagnés d'angine chronique.

Traitement. — Toutes ces lésions seront traitées par l'excision de la luette. Pour celte excision, on a inventé des instruments spéciaux : il suffit d'une paire de ciseaux et d'une pince à griffes. Mais il y a alors un danger, l'hémorragie ("), soit qu'on ait atTaire à un hémophile, soit qu'on ail coupé un vaisseau anormalement développé, soit qu'on sectionne une luette enflammée. Dans ces conditions, donc, on emploiera de préférence l'anse galvanique. Lorsque l'hémorragie a lieu, on s'en rend presque toujours maître par la cautérisation ou la forcipressureC^).

(') L/VDUS, Ann. des riud. de VoreiUe et du larynx, Paris, 1885, p. 115. — Coën, Wiener tned. Presse, 1887, p. 870 et 902.

{*) Dartignolles, Journal de méd. de Bordeaux, 1883-1884, t. XIII, p. 499.

(') Vebneuil, Bull de la Soc. anal., Paris, 1858, p. 81. — Vid.\l, Ibid., p. '2'27. — Nepveu, Ibid., 1875, p. 535.

{*) Bide, Ann. des maladies de l'oreille et du larynx, Paris, 1877, p. 206.

(') Carroll Morgan, Transact. of Ihc Amer, laryng. Assoc, Kew-Yorli, 1880, l. \I1I, p. 80. — C.'^TUFFE, France médicale, Paris, 1889, t. I, p. 13.

C) Voy. un cas de mort public par Tompkins, Med. Record, New-York, 188G, t. I, p. 700.

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