‹ Traité de chirurgie publié sous la direction de Simon Duplay [et] Paul Reclus (volume 5)Chapitre 92 sur 250 · KYSTES SÉREUX · texte numérisé non relu

KYSTES SÉREUX

On a observé au niveau du plancher buccal des kystes séreux congénitaux ou acquis. Les congénitaux ne sont que des dépendances des kystes séreux du cou et seront étudiés avec eux (') ; les kystes acquis sont encore mal connus. Dans

(') Voy. p. 301.

(*) Voy. plus loin : Kijsles séreux du cou.

[H HARTMANN

-lU MALADIES m; PLANCHER nUCCAL.

(|iK'lquos cas on a parlé do kystes développés dans la bourse de Fleisclimann, (loni Texistence même est disculée ('). Ces kysles seraient caractérisés par la M,iliii-c <lu licpiide, différent de la salive, le cloisonnement de la poche, le siège médian de la tumeur, qui est parfois divisée en deux par le frein de la langue, répaisseur et la dureté de ses parois, le man(|n(^ fréquent de lluctuation. Ces divers caractères sont toutefois d'une netteté insuffisante pour permettre de déterminer exactement la uniure du kyste, et de nouvelles observations sont nécessaires pour établir d'une ùivon cei'taine le point de départ de ces kysles.

n. KVSTh'S Dh'IIMOÏDh'S DU l'LAMIIF.Ii llfcrAI.

Les kystes dermoïdes du plancher buccal paraissent connus depuis longtemps. Pierre de Marchetlis les avait décrits sous le nom de tumeurs sébacées du plancher buccal ; ils n'ont toutefois été liien étudiés ([ue dans ces quinze dernières années.

GuETEitBOCK (P.), Ueber eine Demioidcyste am Boden der Mumlliôlilo. Arrli. fit,' klin. Chir., Berlin, 1878, t. XXII, p. 985. — Barbks (É.), Contribution à l'élude des kysles dermoïdes du plancher de la bouche. Thèse de Paris, 1870, n" 202. — Comb.\l.\t, Sur une observation de kysle dermoïdedu plancher de la bouche. Bull, et méin. de In Son. de chir., Paris, 1881, nouv. série, t. MI, p. 504 (discussion). — Ozenne, Des kystes dermoïdes subling. Arrh. gêner, de méd., Paris, 1883, t. I, p. 278. — Barkeh, Sebacious or dermoid cysl of the longue; removnl by submental incision; cure. Tmns. of Ihe rlin. Soc, London, 188Ô, l. XVI, p. 215. — Dau- DicNAc, Observation de tumeur dermoïde du plancher buccal (rapport de Chauve!). Bull, et mcin. de la Soc. de chir.. Paris, 1885, nouv. série, l. IX, p. 710 el Bévue de c/drurgie, Paris, 1884, t. IV, p. 055. — Morris (H.), Three cases of <lermoid cysl. Med. Times and Gaz., London, 1884, l. I, p. 43. — AciiARD et Lannelongue (0.), Traité des kystes congénitaux, Paris, 1880, p. 23 et 230 (bibliogr.). — March.vnt (G.), Note sur les kysles dermoïdes du plancher buccal. Bidl. de la Soc. anat., Paris, 1880, p. 053 (bibliogr.). — Reclus (P.), Des kystes dermoïdes du plancher buccal. Gaz. hebd. de méd. et de dur., Paris, 1887, p. 75. — Guimard (A.), Kyste dermoïde du plancher de la bouche. Bull, de la Soc. anat., Paris, 1888, p. 184. — Scumitt. Kysle dermoïde sublingual. Bull, el mém. de la Soc. de chir., Paris, 1891, p. 22.

Étiologie. — Le sexe est sans influence sur leur production, coinm<> le montrent les relevés statistiques de G. Marchant qui, sur 20 kystes du plancher buccal, a trouvé un nombre égal d'hommes et de femmes. Ils sont d'origine congénitale, mais ne deviennent en général manifestes que de dix-huit ;'i vingt-cinq ans; ils peuvent toutefois s'observer aux âges extrêmes, soit quelques jours après la naissance, comme dans un cas de Richet, soit à un âge avancé, à soixante-deux ans chez un malade d'Ed. Cruveilhier.

Anatomie pathologique et pathogénie. — La structure de ces kystes est celle des kystes dermoïdes en général; presipie toujours il s'agit de kystes dermoïdes simples, contenant quelquefois des poils. Dans un cas exceptionnel. Th. Anger a noté une structure muqueuse.

La tumeur, de forme générale arrondie, à parois épaisses, siège ordinairement sur la ligne médiane et se développe dans un espace que limitent latéralement les génio-glosses et les génio-hyoïdiens, inférieurement le mylo-hyoidien. Celle situation anatomique n'est toutefois pas absolue, et l'on peut, dans des cas rares, voir le kyste occuper la partie latérale du plancher buccal.

La tumeur est assez mobile par rapport aux parties voisines; toutefois, dans

(') Voy. p. 303.

KYSTES DEUMOÏlirS DU PLAXC.IIEl! BUCCAL. 'il.r.

la plupail des observations récentes, on trouve noté un caractère d'une grande importance, l'existence d'adiiérences au squelette, soil aux apophyses géni, soit à l'os hyoïde (fig. 65).

La formation de ces kystes s'cxpli(pic par renclavemenl d'un petit sac ordinairement cutané, exceptionnellement nm - (jueux, qui, resté inerte pendant des années, se met tout à coup à sécréter, par suite d'une cause encore inconnue.

Cet enclavement se lait le plus souvent soil entre les deux jjourgeons maxillaires inférieurs, soit entre le cartilage de Meckel el le maxillaire inférieur .

L'adiicrence aux opaji/iyseg gi'iti, la dépression du maxillaire infélieur, signalée par Combalat, le prouvent. ^lais.

comme le fait observer O. Lannelongue. tous les kystes dermoïdes du plancher buccal ne dépendent pas, à leur origine, des bourgeons maxillaires inférieurs ;

il en est qui proviennent des fentes branchiales lu'oprement dites et qui sont véritablement des kystes du cou, ainsi que l'atteste leur adhérence non plus avec le maxillaire inférieur, mais avec l'o^t Injoùle (cas de Denonvilliers el Vcrneuil, de Verneuil, de Gueterbock, de G. Marchant).

Symptômes. — Les |ireiuicrs syniptùmes remontenl quelquefois au début de la vie, el l'on cite des faits où l'enfant a toujours eu un menton développé, un double menton : c'est l'exception. Ordinairement, l'existence d'une tuméfaction n'a été constatée qu'à un âge relativement a^ancé, aux environs de la vingtième année.

Le kyste soulève la muqueuse, généralement sur la ligne médiane, quehiuefois latéralement; la saillie cju'il fait dans la bouche est souvent blanchâtre ou jaunâtre. Lorsque sou volume s'est accru au point d'atteindre celui d'un œuf, il détermine une voussure de la région sus-hyoïdienne (fig. 66). Au palper, on constate l'existence d'une tumeur dont on apprécie quelquefois assez mal la l'orme arrondie, à cause de la résistance des muscles qui la brident. Celle tumeur, en général assez dure, peut avoir une consistance pâteuse, el l'on cite des faits où elle gardait l'impression du doigt; quelquefois elle est franchement lluctuanle. Elle est mobile, sans adhérence à la muqueuse buccale qu'on

(leimoïilc ad-lijoïdien. (G. March.TnI.)

[H HARTMANlf ]

250 MALADIES DU PLANCHER lîUCflAL.

peut faire glisser sur elle; mais souvent elle adhère soit au maxillaire par des Iractus fibreux reconnaissables au palper, soil à l'os hyoïde dont elle suit les mouvements pendant la déglulition. Celte dernière particularité, que G. Marchant regardait comme liée à l'exislence d'adhérences à l'os hyoïde, est est simplement due aux rapports qu'affecte la tumeur avec les muscles sushyoïdiens qui meuvent à la l'ois l'os hyoïde et le kyste. La preuve en est fournie d'une manière indiscutahlc par un fait de P. Reclus, où le kyste, adhérant au maxillaire, suivait néanmoins les mouvements de la déglutition.

Les troubles fonctionnels, en général peu marqués, ne présentent rien de spécial; si la tumeur est un peu volumineuse et refoule notamment la langue,

Fie. Gli. — Kysle dermoïtlc ail-liyoïdicn. (G. Marclionl.)

on peut observer de la gêne de la phonation, de la respiration, de la mastication, de la déglutition et, s'il s'agit d'un enfant, de la succion.

Les kystes dermoïdes du plancher buccal ont au début une marche très lente; arrivés à une certaine période, ils s'accroissent plus rapidement et généralement présentent le volume d'un œuf quand le malade vient consulter le chirurgien. Leurs dimensions peuvent être plus considérables, atteindre celle d'une orange ; dans un cas de Reclus, le kyste avait le volume d'un poing d'adulte; dans un autre de Linhart, ses dimensions étaient telles, cju'il touchait la voûte palatine et empêchait le rapprochement des mâchoires.

Diagnostic. — Le siège souvent médian, la saillie sus-hyoïdienne, l'absence de transparence, la mobilité de la tumeur, la constatation d'adhérences squelettiques permettent le plus souvent de faire le diagnostic.

Pronostic. — Le pronostic est relativement liénin et l'intervention en général suivie de succès.

Traitement. — On a conseillé Vexcision partielle avec caiHéi-itialioii de\a face interne du kyste, Viiirision sui\ie de drainage; ces divers traitements sont abandonnés et l'on cherche aujourd'hui à faire Yexlirpalion complète du kysle. Cette opération est le plus souvent facile, la tumeur ne présentant, à part son pédicule fibreux, aucune adhérence aux parties voisines, à moins d'irritations dues à un traitement antérieur mal dirigé (ponctions, injections, etc.). 41

Page 1