‹ Traité de chirurgie publié sous la direction de Simon Duplay [et] Paul ReclusChapitre 115 sur 260 · KYSTES ACCIDENTELS · texte numérisé non relu

KYSTES ACCIDENTELS

Ces kystes sont, les uns le résultat d'extravasations sanguines dans l'orbite, les autres, de simples kystes séreux, d'autres enfin sont d'origine parasitaire.

a. Kystes iiématioues. — Ces kystes sont rares, d'après Berlin. Les faits dans lesquels on a admis l'existence d'épanchements sanguins spontanés dans la loge orl)ilaire postérieure n'ont pas été vérifiés par l'anatomie pathologique. Ces hématomes spontanés détermineraient une exophtalmie subite, avec paralysies des muscles de l'œil et sensation de pesanteur ou de tension dans la profondeur de l'orbite. Ils surviendraient chez des sujets anémiés, hémophiles et tendraient à se résorber spontanément.

Mais la transformation de ces épanchements sanguins en kystes hématiques n'est pas démontrée. Le plus souvent, lorsque l'on a cru observer des kystes hématiques, il n'y avait qu'un kyste dermoïde dans lequel une ponction avait déterminé une hémorragie. Dans d'autres cas, il s'agissait d'angiomes caverneux. Un fait de Tavignot et surtout une observation de Fischer, dans laquelle l'examen a été fait par Rokitansky, semblent cependant établir Tenkystement possible d'épanchements sanguins dans l'orbite.

C'est peut-être à des tumeurs de ce genre transformées que se rapportent les faits de Pamard père {Annales cVoculistique, t. XXIX, p. 26) et de Mooren. Ces deux chirurgiens ont enlevé des tumeurs de l'orbite contenant une matière noire. Ces deux faits isolés ne suffisent pas à établir l'existence de kystes mélaniques ou pigmentaires.

b. Kystes séreux. — En avant de l'aponévrose de Tenon dans la cavité virtuelle qui la sépare du globe oculaire, peut se faire un épanchement séreux décrit sous le nom de tenonite ou d'hydropisie de la capsule de Tenon. Mais cet épanchement ne rentre pas dans la classe des kystes.

Les kystes séreux observés dans l'orbite sont situés en arrière de l'aponévrose orljitaire, dans la loge postérieure. Leur pathogénie est encore mal connue. Un certain nombre des kystes dits séreux n'étaient sans doute que des kystes dermoïdes, dont le contenu était particulièrement clair et dont la congénitalité n'a pu être démontrée.

Il existe cependant des kystes séreux qu'on peut comparer aux hygromas des autres régions. On leur attribue pour siège les bourses séreuses rudimentaires des muscles de l'œil, admises par Demarquay, Tillaux, de Wecker. C'est surtout au niveau du muscle élévateur de la paupière cj[ue ces bourses séreuses ont été signalées. Hyrtl en a décrit une autour du tendon du grand oblique, au point où il se réfléchit.

Enfin des kystes séreux paraissent prendre quelquefois naissance dans le tissu cellulaire de la loge rétro-orbitaire, en dehors du cône musculaire. Le plus souvent, la paroi est mince et transparente; la surface interne a l'apparence

[B. DELENS.

5i0 MALADIES DE L'ORBITE.

d'une muqueuse, ou mieux d'une séreuse. La surface externe adhère fréquemment à un point de la paroi orbitaire. De Wecker rapporte un cas observé chez un enfant. Le kyste occupait la paroi inférieure; le contenu avait l'apparence caséeuse et était semi-fluide, mais l'examen microscopique, fait par Cornil et Ranvier, démontra qu'il ne s'agissait pas d'un kyste sébacé.

Ces kystes sont susceptibles de prendre un grand développement et d'amener la perte de l'œil et des déformations de l'orbite. Dans un cas de Gacitua, la tumeur, du volume d'un œuf de pigeon, avait des parois épaisses, comme fd^reuses; le contenu était légèrement jaunâtre, renfermait beaucoup de chlorure de sodium, peu d'albumine et pas de crochets.

Valette a donné une observation de kyste séreux né dans le sinus frontal et ayant pénétré dans l'orbite. Gosselin a vu un kyste de la paroi supérieure de l'orbite dont le contenu était un licjuide jaune foncé, renfermant des cristaux de cholestérine et rappelant par ces caractères les périostites albumineuses décrites par Ollier et Poncel (de Lyon).

Il règne encore beaucoup d'incertitudes sur l'étiologie et la nature des kystes séreux de l'orbite congénitaux, dont nous avons dit quelques mots plus haut, à propos des tératomes. Ces kystes coïncident, en effet, presque toujours avec des malformations du globe oculaire et ont généralement été considérés comme provenant d'un trouble dans l'évolution de la vésicule oculaire. Ils sont assez souvent bilatéraux (II fois sur 59 cas) et forment une tumeur qui siège sous la paupière inférieure qu'elle soulève plus ou moins et dont elle détermine parfois l'ectropion.

Cette tumeur est rénitente et fluctuante; la peau qui la recouvre est d'un gris bleuâtre. La pression refoule la poche, mais ne la réduit pas. Le volume est le plus habituellement celui d'une noisette, rarement d'un œuf de pigeon. Cependant Sogliano a cité un fait dans lequel la poche remplissait la cavité de l'orbite.

Panas, qui a reproduit et analysé les résultats donnés par l'examen anatomique des observations publiées, rejette, d'une manière générale, l'idée que ces kystes se rattachent à un trouble dans le développement du globe de l'œil. Se basant sur l'étude très complète d'un cas observé par lui et publié dans les Archives cf ophtalmologie de 1887, VII, pageS, avec examen microscopique fait par Vassaux, il arrive aux conclusions suivantes {Traité des maladies des yeux, II, p. 435) que nous reproduisons textuellement :

« Si l'on tient compte que les kystes de cet ordre occupent invariablement l'angle inféro-interne de l'orbite, en d'autres termes qu'ils sont prélacrymaux; cju'alors même qu'ils arrivent à se confondre avec les reliquats du globe embryonnaire, ils conservent une indépendance réelle dans leur évolution ultérieure; que leur contenu séreux, sanguinolent et souvent albumineux, diffère essentiellement de la constitution chimique de l'humeur aqueuse, on ne saurait les envisager, dans la majorité des cas, comme des diverticules de l'œil arrêté dans son évolution. Il est bien plus conforme à tout ce cjui vient d'être exposé, d'admettre qu'un kyste dermo-muqueux venant à pénétrer dans l'orbite, au moment des premières assises du globe, entrave son évolution et finit par se confondre avec lui. Si son pédicule se fixe d'ordinaire à la gaine du nerf optique, c'est que l'occlusion de la fente qui débute par le milieu s'achève en ce point. En supposant que le kyste reste petit, ou mieux encore qu'il évolue plus tard, on s'explique les divers degrés de l'arrêt de développement du globe. Si,

t'onlrairement aux mucoïdes en quoslion, les dennoïdes n'exercent pas la même iniluence, c'est que leur siège de prédilection à la queue du sourcil les empêche de se diriger vers la fente embryonnaire du globe. »

Le seul traitement à opposer aux kystes séreux congénitaux est la dissection de la poche et l'ablation lorsqu'elle est possible. Cette dissection est toujours très minutieuse et les connexions habituelles du kyste avec la gaine du nerf ()pti({ue oldigent à la poursuivre jusque dans les profondeurs de l'orbite pour aller sectionner le pédicule.

c. Kystes pahasitaires. — Ces kystes sont, parmi ceux de l'orbite, les seuls diMil la pathogénie ne laisse pas de doutes. Encore faut-il que leurs éléments caractéristiques soient constatés, sans quoi ils peuvent être confondus avec de simples kystes séreux et la confusion a certainement été faite plus d'une fois.

Les parasites donnant lieu à des kystes orbitaires sont les échinocoques et les cysticerques. (Voy. J. îMandour, Étude sur les kystes liyda tiques de f orbite. Thèse de Paris, 1891-1895.)

Les kystes à cysticerques sont beaucoup plus rares que les kystes à échinocoques. Berlin n'a pu en trouver que o observations. La tumeur ne dépasse pas ordinairement le volume d'une grosse fève. L'épaisseur de ses parois est considérable. Le cysticerque y est reconnaissable à ses caractères habituels. Autour de la poche, on constate une réaction inflammatoire plus ou moins marquée, et la peau est souvent rouge et sensible. Une observation publiée par de Graefe présente tous ces caractères réunis.

Les kystes à échinocoques ou hydatiques ont un volume plus considérable ; il peut atteindre celui d'un œuf. Le kyste adventif est blanchâtre, plus ou moins épais ; il renferme un liquide clair et souvent des Tésicules secondaires de volume et de nombre variables. Les kystes hydatiques siègent dans tous les points de l'orbite, sauf peut-être au-dessous du périoste. Ils peuvent cependant dépasser les limites de l'orbite pour envahir les régions voisines (Westphal). Plus souvent, ils pénètrent secondairement dans l'orbite (Verdalle, Petit, Westphal). Ils déterminent tous les signes habituels des tumeurs de l'orbite et paraissent plus que d'autres tumeurs être la cause de douleurs vives et de névralgies sus-orbitaires ou ciliaires.

Berlin, sur 59 observations, a trouvé que la proportion des kystes développés chez des sujets du sexe masculin atteignait 77 pour 100. La plupart des sujets étaient des jeunes gens.

L'extirpation totale des kystes hydatiques est rarement possible et paraît souvent dangereuse. On doit se borner le plus ordinairement à une excision partielle des parois et l'on maintient l'incision ouverte jusqu'à ce que la suppuration ait éliminé le kyste adventif.

b. — Tumeurs vasculaires de l'orbite.

Les tumeurs vasculaires de l'orbite se divisent en tumeurs non pulsatiles et en tumeurs pulsatiles. Cette division toute symptomatique est celle qui répond le mieux aux besoins de la clinique et la seule qui permette de rapprocher et d'étudier dans leur ensemble des faits sur lesquels l'anatomie pathologique n'a pas encore porté toute la lumière désirable. .

[E. DELBJVS.]

l" TUMEURS NON PULSATILES

Elles présentent à étudier deux groupes distincts de tumeurs : 1" les angiomes: 2" les varices de la veine ophtalmique.

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