‹ Traité de chirurgie publié sous la direction de Simon Duplay [et] Paul ReclusChapitre 116 sur 260 · I. — ANGIOMES · texte numérisé non relu

I. — ANGIOMES

Les angiomes dont Berlin avait réuni 54 observations en 1880, dépassent aujourd'hui le nombre de 75 cas. Ils se divisent en angiomes simples ou tumeurs ércctiles et en angiomes caverneux.

Angiome simple. — Les tumeurs érectiles que Ton étudie sous ce nom ont presque toujours pour origine un nsevus des paupières qui, en se développant, a pénétré dans l'orbite. Elles sont donc congénitales et observées ordinairement chez les enfants ou chez de jeunes sujets.

Dans quelques cas, on a noté l'influence du traumatisme sur leur développement.

Elles s'observent surtout à la partie supérieure de l'orbite. Elles forment des masses mal limitées, sans enveloppe distincte, présentant une mollesse marquée. La peau à leur niveau a une coloration sombre violacée et l'on y voit souvent la trace du nsevus primitif. Rarement la tumeur pénètre profondément dans l'orbite et l'œil est habituellement peu déplacé par la tumeur. Celle-ci ne présente ni pulsations, ni souffle, mais elle augmente de volume sous l'influence de l'effort, des cris et lorsque la respiration se suspend.

Le développement de l'angiome simple est parfois assez rapide et l'on a vu la tumeur se rompre et donner lieu à des hémorragies (Martin, Lawson).

Le traitement de l'angiome simple présente de sérieuses difficultés. On ne tente guère l'extirpation de la tumeur en raison de ses limites peu précises. On a eu recours à la ligature sous-cutanée ou sous-conjonctivale, aux injections coagulantes, à la cautérisation par le fer rouge et enfin à l'électrolyse. Les injections coagulantes ont donné des succès, mais ne sont pas sans danger. La cautérisation avec le thermo-cautère ou le galvano-cautère, à défaut de l'emploi des procédés électrolytiques, mériterait la préférence.

Angiome caverneux. ■ — Ces tumeurs se distinguent de l'angiome simple par l'existence d'une capsule fibreuse périphérique, ou au moins d'une enveloppe celluleuse qui en fait des tumeurs bien limitées. A la coupe elles présentent une grande analogie avec le bulbe de l'urèthre. Broca, en 1856, à propos d'une tumeur de ce genre enlevée par Parise (de Lille), a signalé ce fait à la Société anatomique et cette apparence a été notée dans les observations ultérieures, entre autres dans celle de de Graefe (1861). De Wecker a retrouvé ce caractère dans les trois cas qui lui sont personnels.

L'angiome caverneux siège généralement dans la profondeur de l'orbite et dans l'intérieur du cône des muscles de l'œil; son volume varie de celui d'un pois à celui d'une petite noix. On observe à tout âge l'angiome caverneux et souvent dans la seconde moitié de la vie (cinquante et cinquante-huit ans chez deux des malades de de Wecker).

Le tissu de l'angiome caverneux est constitué par des vacuoles remplies de sang. Sur la face interne des par.ois de ces vacuoles, existe le plus souvent une

couche d'endolhélium qui les tapisse. Les cloisons séjiarauL les vacuoles sont formées d'uue Irame conjonctive avec fibres élastiques et quelquefois des filues musculaii'es lisses. L'altération du sang contenu dans les vacuoles est fréquente; il y existe parfois des phlébolites, des cristaux d'iiématoïdine. ou sim])lrnienl du pigment ou de la graisse.

Dans une observation rapportée par Panas {Archives d'ophtalmologie, 1885), lors de Tablation de la tumeur, on ne trouva aucune trace de l'œil et Poucet, après examen histologique de la pièce, crut pouvoir conclure à l'origine choroïdienne de la tumeur, qui se serait substituée complètement au globe oculaire. Mais ultérieurement, Panas, obligé d'intervenir pour des phénomènes sympathiques développés sur l'autre œil, trouva, du côté où l'angiome avait été enlevé, une plaque fibreuse irrégulière ({ui représentait le globe de l'œil refoulé et atrophié.

Le développement de l'angiome caverneux est extrêmement lent: on l'a vu durer plus de vingt ans. Il donne lieu à une exophtalmie graduelle le plus souvent directe, mais la mobilité de l'œil est généralement assez bien conservée. Lorsque la tumeur est devenue appréciable, elle offre au toucher une élasticité molle; elle est compressible sous le doigt et en partie réductible. Les cris, les efforts ont une action des plus manifestes sur son volume, mais elle ne présente ni pulsations, ni souffle. Du moins les quelques cas dans lesquels on a noté ces signes sont-ils douteux.

Le développement de l'angiome caverneux est habituellement indolore. La tumeur peut être considérée comme bénigne, quoiqu'on observe parfois des complications oculaires, la diminution de l'acuité visuelle, le rétrécissement du champ visuel et même les signes d'une névrite optique avec stase veineuse ou d'une atrophie de la papille (de Wecker).

L'angiome caverneux peut être confondu avec les kystes dermoïdes, les sarcomes et la plupart des tumeurs de l'orbite. La marche très lente, l'absence de douleurs, la dépressibilité de la tumeur, l'augmentation de volume sous l'influence de l'etfort, sont les caractères qui permettront en général de le reconnaître.

Le traitement de l'angiome caverneux de l'orbite est l'extirpation que rend possible la limitation de la tumeur. Cette extirpation toutefois nécessite une dissection attentive et présente souvent des difficultés. Ces difficultés sont d'autant plus considérables que la tumeur est plus profondément située et que l'opérateur doit chercher à conserver le globe de l'œil tant que la vue n'est pas abolie par le développement de la tumeur.

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