‹ Traité de chirurgie publié sous la direction de Simon Duplay [et] Paul ReclusChapitre 117 sur 260 · II. VARICES DE L ORBITE · texte numérisé non relu

II. VARICES DE L ORBITE

Aucune autopsie n'a jusqu'ici démontré la réalité des dilatations variqueuses de la veine ophtalmique. Quelques observations bien nettes permettent cependant d'affirmer l'existence des varices de cette veine. Le premier travail publié sur ce sujet est la thèse de Dupont (1865). En 1881, le docteur Yvert a fait connaître une nouvelle observation et repris l'étude de cette intéressante question.

Les varices de la veine ophtalmique se présentent sous deux formes : l'^ la dilatation avec tumeur variqueuse ; 2" la dilatation srtn^ tumeur avec exophtalmie intermittente.

1" TuiMEURS VARIQUEUSES. — La tuuieur formée aux dépens de la veine ophtal-

[r. DELENS.2

mique dilatée siège le plus souvent à la partie supéro-intcrne de l'orbite, audessous de la tête du sourcil, dans le point où vient se réunir la branche veineuse frontale à la veine ophtalmique supérieure. Schmidt, cependant, a vu la tumeur à la partie inféro-externe; dans ce cas, elle était apparente sous la conjonctive. Mazel suppose que, dans le cas observé par lui, le traumatisme avait déterminé une rupture veineuse et la formation d'une poche, sorte d'anévrysme veineux.

Les observations recueillies jusqu'ici montrent que les enfants et les jeunes gens sont plus exposés que les adultes à ce genre de tumeurs.

Il semble que le sexe féminin y soit particulièrement prédisposé. Parmi les causes occasionnelles, on a cité les coups reçus sur la tète ou le pourtour de l'orbite, une attaque de syncope après un violent effort (Vi eusse), le goitre (Foucher, Nélaton) .

Symptômes. — La peau de la paupière, ordinairement la supérieure, est soulevée par une tumeur d'un petit volume, celui d'un pois ou d'une amande. Elle présente à ce niveau une teinte bleuâtre. La tumeur est régulière, arrondie, non douloureuse, remarquablement molle et réductible par la pression. Elle ne présente ni pulsations, ni bruit de souffle. Ce qui la caractérise avant tout, c'est qu'elle augmente de volume lorsque le sujet penche la tête en avant. Elle s'accroît aussi pendant l'effort, lorsque la respiration est suspendue ou lorsqu'on comprime, au cou, le tronc de la jugulaire interne (Nélaton). Lorsque le sujet se couche, la tumeur tend à s'effacer.

Les mouvements de l'œil sont à peine gênés par l'existence de cette tumeur et un léger degré d'exophtalmie a été noté par Schmidt. Panas {Traité des maladies des yeux, II, p. 401) a observé, chez une femme de trente-huit ans, une tumeur variqueuse de la veine ophtalmique qui s'accompagnait cVenorbilis marqué. Il se produisait de l'exophtalmie seulement lorsque la malade penchait la tête en avant. C'est là un fait insolite.

La vision ne paraît pas notablement troublée. Dans le cas d'Yvert le fond de l'œil était normal. Dans l'observation de Foucher, il y avait seulement, pendant le travail, un peu de fatigue attribuable à un certain degré de congestion rétinienne. On n'a pas noté de troubles cérébraux. (Voy. Jean Terson, De VenopLtalmie et de V exophtalmie alternantes. Thèse de Paris, 1897.)

Diagnostic. — L'absence de pulsations et de souffle ne permet pas de confondre la tumeur variqueuse de la veine ophtalmique avec les tumeurs pulsatiles de l'orbite. La facile et complète réductibilité de la poche veineuse la différencie de la méningocèle à la base de laquelle on constate, en outre, presque toujours une déformation osseuse. Les kystes non réductibles et les abcès ossifluenls également irréductibles et parfois douloureux ne sauraient être non plus confondus avec la tumeur variqueuse.

Pronostic. — Il ne paraît pas grave. On n'a pas observé de troubles dans la circulation cérébrale et il ne semble pas que rafïection ait de tendance à progresser.

Traitement. — On ne doit pas songer à l'extirpation d'une tumeur de celte nature, bien qu'à la rigueur, avec la méthode antiseptique, une ligature placée sur le tronc veineux pour exciser la partie dilatée puisse être sans danger.

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Les injections de perohlorure de 1er ont été employées par Nélaton et ont donné un succès. Mais l'impossibilité d'obtenir sûrement l'arrêt complet de la circulation veineuse et la crainte d'une embolie doivent faire rejeter l'emploi de ce moyen. L'électrolyse n'offrirait pas les mômes inconvénients et pourrait être tentée. Buttler l'a employée dans un cas q.ui avait de grandes analogies avec l'affection qui nous occupe.

Le plus souvent on s'abstiendra d'iiilcrvcnir pour le traitement de ces tumeurs qui constituent une simple difformité.

!2" A'arices de l.v veixe ophtalmioie. — L'existence de varices profondes sans tumeur extérieure est admise comme pour les membres inférieurs d'après les signes cliniques et non d'après les constatations anatomiques. Verduc, Carron du Villards ont rapporté des cas d'exophtalmie intermittente que pouvait seule expliquer la dilatation variqueuse des branches de l'ophtalmique, en raison des conditions où elle se produisait.

Cette affection a été observée rarement, et sur l'homme adulte seulement. Mackenzie, Gruning et Vieusse en ont rapporté chacun un cas.

Au moment où le sujet incline la tète en avant, l'œil devient saillant; l'exophtalmie est quelquefois assez marquée pour que l'œil arrive au contact de la joue (Verduc). En même temps, tout l'appareil oculaire se congestionne. Une douleur sourde est ressentie dans l'orbite et la vue se trouble. Il n'y a pas de tumeur appréciable à la base de l'orbite, et l'on ne constate ni pulsations, ni souffle.

Dès que le malade relève la tête ou se couche, l'exophtalmie diminue et l'œil rentre bientôt dans sa situation normale.

On n'a pas constaté de phénomènes ophtalmoscopiques.

Tous ces signes ne peuvent laisser de doutes sur rexistence d'une réplétion exagérée du système veineux et sur la réalité de dilatations variqueuses.

Vieusse, cependant, a cru pouvoir expliquer la protrusion de l'œil dans la déclivité de la tête par l'accumulation de liquide céphalo-rachidien dans la capsule de Tenon. !Mais cette interprétation est difficilement admissible.

Autant qu'on en peut juger par les rares observations connues, le pronostic de l'affection n'est pas grave. Elle ne peut être confondue avec les tumeurs pulsatiles, ni avec le goitre exophtalmique, dans lesquels l'exophtalmie est permanente. Dans le cas où existerait un angiome caverneux profond de l'orbite, on pourrait observer une augmentation de la protrusion dans la déclivité de la tête, mais ni la saillie de l'œil, ni sa rentrée dans l'orbite ne s'effectueraient avec la même rapidité.

On peut s'abstenir de tout traitement pour cette affection et se borner à conseiller d'éviter les causes qui ramènent le retour de l'exophtalmie. La compression serait plus gênante qu'utile si elle était pratiquée d'une manière permanente.

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