CORYZA AIGU
les localisations dans les fosses nasales sont si fréquentes. Le coryza peut encore se montrer clans le cours de l'asthme, ou coïncider avec lui. Trousseau a le premier fait voir la parenté de ces deux affections en montrant comment elles pouvaient ou coexister ou se remplacer l'une l'autre.
Des causes prédisposantes il y a peu de chose à dire; le coryza s'observe à toutes les époques delà vie, mais il afi'ccte de ])référence les enfants et parmi ceux-ci les jeunes sujets à tempérament scrofuleux; plus tard, dans quelquesunes de ses Ibrmes, surtout dans ses formes larvées, il sera l'apanage des individus nerveux ou de souche arihritique.
Description. — Les symptômes du coryza aigu diffèrent sensiblement suivant la cause qui Ta produit et suivant les variétés; comme type nous devons décrire le coryza a frhjorc, que l'on peut appeler catarrhe nasal aigu.
Son début est presque toujours assez brusque; il est marqué le plus souvent par un mouvement fébrile peu accentué, quelques petits frissons, un malaise général, un peu de courbature; plus rarement les signes généraux font tout à fait défaut, et ce sont les signes locaux qui signalent Vinvasion du rhume de cerveau. 11 s'annonce par une sensation de plénitude et de tension dans le nez, une chaleur gravative au-devant du front, et presque en même temps de la sécheresse dans les fosses nasales, accompagnée de picotements et de chatouillement, qui provoquent bientôt le besoin d'éternuer. Ces éternuements, d'aborrl secs, plus tard humides, ont une fréquence très variable; quelquefois ils sont insupportables par leur répétition, constituant presque, à eux seuls, tout le coryza. C'est ainsi que Bobone(') a signalé une observation de catarrhe aigu des fosses nasales, avec spasmes sternutatoires si violents, qu'il mit en dangeiles jours de la malade. Ces éternuements, que la cause la plus légère suffit à provoquer, deviennent un peu moins fréquents quand la sécheresse des fosses nasales disparait, pour faire place à l'écoulement du liquide par les narines. Tout d'abord ce liquide est ténu, aqueux, tout à fait transparent, d'une âcreté telle que le pourtour des narines et la lèvre supérieure, constamment irrités par cet écoulement de sérosité quelquefois presque continu, rougissent et s'ulcèrent superficiellement. Plus tard, au bout de seize à quarante-huit heures. Ces caractères se modifient, et en même temps les douleurs du malade diminuent; il commence à se moucher et ses efforts, au début assez pénibles, amènent l'expulsion de mucosités d'abord filantes, puis plus épaisses, verdâtres, quelquefois tout à fait purulentes et striées de sang. Le rhume a atteint alors sa période de maturité ou de coction.
Il est rare que les choses en arrivent là, sans que l'inflammation de la pituitaire ne soit plus ou moins propagée aux régions voisines. De tous ces modes de propagation le plus fréquent est celui qui se produit du côté des voies lacrymales ; les yeux, au bout de quelques heures, sont rouges, injectés ; la conjonctive a une sensibilité extrême, quelquefois il y a de la photophobie. Ce qui frappe surtout, c'est un larmoiement continuel : les larmes sécrétées en abondance, s'écoulent le long des joues qu'elles irritent ou, s'engageant dans le canal lacrymal, vont encore augmenter le flux nasal, parfois si abondant au début. Il peut arriver que ces symptômes du côté des voies lacrymales aient tant d'importance qu'ils masquent l'évolution du coryza, simulant une conjonctivite simple.
(') BoBOXE, Un cas de spasme slernulatoire. Bulletin des mal. de Vorcille, anno IV, n" 4, p. 70.
IGÉRARD-UARCHANT ]
Oiiand le coryza se propage vers le sinus frontal on maxillaire, on observe surtout des signes de compression. Vers le sinus frontal, l'inflammation se traduit par une céphalagie souvent très vive, au niveau du front, de la lourdeur de la tète, et de Tinaptitude au travail. Elle tient à ce que la muqueuse gonflée, obstruant les orifices d'écoulement du sinus, les produits de sécrétion s'y accumulent et compriment les nerfs sensitifs situés à ce niveau. C'est par compression douloureuse des nerfs superficiels, qu'il faut expliquer les névralgies à distance, signalées dans le territoire du maxillaire supérieur et de la branche ophtalmique.
Du pharynx nasal qui est toujours envahi, l'inflammation gagne le pharynx buccal; la pharyngite, qui succède au coryza aigu, n'a pas de caractères bien tranchés ; on trouve à la gorge une rougeur diffuse; il^- a peu de gonflement, mais une douleur assez vive à la déglutition; cette angine est le plus souvent bilatérale.
Quelquefois la trompe d'Eustache est obstruée, soit d'un côté, soit des deux à la fois; il y a peu de surdité, de la douleur de l'oreille, des bourdonnements; il est tout à fait exceptionnel de rencontrer du côté de l'oreille moyenne une inflammation purulente. Une fois on a signalé un abcès des cellules mastoïdiennes. Dans les formes les plus intenses, l'inflammation catarrhale s'étend des fosses nasales au larynx et à la trachée, le rhume de cerveau devient rhume de poitrine. Nous retrouverons dans cette rhino-laryngo-trachéite un complexus symptomatique habituel de la grippe.
La durée du coryza aigu est variable ; d'ordinaire il évolue en six ou huit jours, rarement plus; quelquefois, longtemps après que l'inflammation aiguë a disparu, on voit persister un certain degré d'enchifrènement avec obstruction partielle des fosses nasales ; l'odorat reste aboli ou diminué. Quand le coryza se termine brusquement, sa disparition peut être marquée par une poussée d'herpès labial. Chez les sujets prédisposés, il se répète avec une fréquence extrême; il est rare, dans ce cas, que les signes aient tous l'importance que nous venons de signaler.
Variétés. — Le coryza aigu présente de nombreuses variétés, suivant l'âge des sujets qu'il frappe, suivant aussi les causes qui provoquent son apparition.
Chez les nouveau-nés, il y a une symptomatologie un peu spéciale, bien signalée par Billard et Rayer; elle tient à l'étroitesse (') particuhère des méats pendant les premières années de la vie. Dans ces conditions, il suffit d'une fluxion très légère de la muqueuse pour rendre très difficile, quelquefois même impossible, la respiration par le nez. D'abord l'enfant fait entendre un ronflement inspiratoire caractéristique, pendant le sommeil surtout, puis il ne respire plus que par la bouche. Alors il peut arriver que son sommeil soit brusquement interrompu par un accès de suffocation simulant tantôt un spasme de la glotte, tantôt une attaque de laryngite striduleuse. Mais ce qui est plus dangereux encore, c'est la gêne apportée à la succion; l'enfant ne respirant plus par le nez, suffoque dès qu'il prend le sein; bientôt il s'y refuse : l'allaitement devient impossible, et si les phénomènes ne s'amendent pas, si l'on ne soupçonne pas sa nature pour y porter remède, un coryza aigu peut devenir dans certains cas une cause prochaine d'inanition. Chez le nouveau-né, il faut encore signaler, mais
(•) KoiiTR et LoRENTZ, Hanclbuch der Kinderkrankheiten, 1878.