CORYZA CHRONIQUE. G
sur celle face du coniel qui regarde la cloison; la muqueuse du cornet se présenle, àce niveau, sous l'aspect d'une tumeur d'un gris rougeAtre, mamelonnée, ou à surface coupée de dépressions |);uallèleR, remplissant plus ou moins le méat inférieur » (') (fig. 501 et ol i).
Cet état hypertroplîique peut porter sur l'extrémité postérieure du cornet inférieur (-) et rétiécir l'ouverlure de la choane, sur le cornet moyen, sur la cloison, et même s'étendre exceptionnellement aux muqueuses voisines (pharynx nasal, trompe d'Eustache, oreille moyenne, pharynx, larynx et ramifications bronchiques). L'examen histologique a montré un développement exagéré du système glandulaire et de l'épithélium vibratile, recouvrant à ce niveau le derme de la muqueuse, lui-même hypertrophié (Rendu). Laurens décrit une période congestive, une période de prolifération cellulaire, et une période de dégénérescence myxomateuse.
L'hypertrophie partielle de la muqueuse pituitaire ne se produit qu'à la longue et exige des années; aussi, suivant la remarque de Moldenhauer, ne faut-il pas s'attendre à rencontrer la forme hyperplasique chez les enfants.
Des troubles nutritifs consistant en ulcération, exfoliation des cartilages et des os (ramollissement velvétique), sont la conséquence de cette congestion chronique avec hyperplasie.
Elle peut créer aussi de véritables tumeurs polypeuses (fig. 514, p. 672).
Symptômes. — Les malades atteints de cette affection se plaignent d'une obstruction des fosses nasales: mais s'ils sont encore à la période congestive, leur fosse nasale n'est pas bouchée d'une façon permanente; il se produit même des variations individuelles curieuses, causées par des influences nerveuses, mécaniques, thermiques, etc., explicables par la propriété congestive de la pituitaire altérée.
L'enchifrènement, le nasonnement, la gêne de la respiration, la perte de l'odorat, de l'ouïe, à des degrés divers, sont la conséquence de cette obstruction des voies respiratoires.
Les malades accusent encore un écoulement abondant par les fosses nasales; le liquide sécrété est de nature variable ; rarement il est aqueux, plus souvent il est muqueux, muco-purulent (inodore), ou purulent (à odeur fade), surtout chez les enfants (").
Par la rhinoscopie antérieure ou postérieure, il est facile de constater les saillies rougeâtres, qui flottent sur les cornets inférieurs comme « un vêtement trop large » ; ces épaississements partiels peuvent être recouverts de croûtes, dont le décollement amène une légère hémorragie.
Diagnostic. — Il faut éviter de confondre l'hyperplasie partielle de la pituitaire avec un polype. Elle en diffère par le siège, au niveau du cornet inférieur, par une coloration beaucoup plus rouge, et par l'absence d'un pédicule circonscrit ; avec un stylet glissé entre le plancher des fosses nasales et la tumeur
(*) Moldenhauer, loc. cit., p. 87.
(2) G. Laurens a bien étudié sous le nom « Les queues de cornet », cette localisation du catarrhe chronique, son anatomie pathologique, ses symptômes et son traitement. [Arch. i)il. laryncj., janvier-février 1896).
(■') Ce ne seraient pas les seuls troubles fonctionnels : des maux de Iclc, de l'inaptitude au travail, de la diminution de la mémoire, un sommeil troublé par des cauchemars (Ottokar Chiari) ont été attribués encore au coryza chronique hypertroplîique.
IGÉRABD-MARCHANT.l
qu'on soulève, on peut s'assurer qu'elle repose par une large base sur la surface convexe du cornet inlerieur.
L'inflammation chronique de la pituitaire est quelquefois symplomatique de la présence d'un corps étranger, de l'existence d'un néoplasme, ou d'un i)rocessus destructif; il faudra, dans ces cas, rapporter à sa véritable cause le catarrhe nasal chronique.
Le diagnostic de la propagation du coryza chronique au pharynx nasal est facile en se basant sur Vabondance de la sécrétion et sa nature. Derrière le voile du palais, on aperçoit un gros peloton de mucus grisâtre, tantôt visqueux et formant une couche grisâtre mince, tantôt purulent avec des croûtes.
Tornwaldt('), qui a attribué le catarrhe chronique du pharynx à des lésions de la bourse pharyngienne, considère comme caractéristique de l'hypersécrétion de cette glande, la disposition du mucus en traînée, adhérant à la paroi postérieure du pharynx, la partie antérieure de la voûte restant nette de toute sécrétion (^).
Des troubles auditifs (insuffisance de la ventilation de l'oreille moyenne) accompagnent ordinairement le catarrhe rétro-nasal chronique.
Traitement. — Il va sans dire qu'il faut commencer par la recherche et la suppression de la cause du coryza chronique. On modifiera une hygiène défectueuse; on préviendra le malade de l'inefficacité de tout traitement tant qu'il n'aura pas changé de profession, lorsque celle-ci est la cause du mal. Quant aux lésions nasales, polypes muqueux, empyème sinusal, végétations adénoïdes, déviations de la cloison, leur traitement préalable s'impose. De même on s'attaquera aux lésions viscérales pouvant entretenir la stase sanguine de la muqueuse nasale. On traitera les maladies générales, diabète, albuminurie, dont le coryza n'est qu'un symptôme. Quant auxdiathèses scrofuleuses, arthritiques, à l'anémie, elles devront être prises en considération avant tout traitement local.
Localement, la première condition est de débarrasser les fosses nasales de toutes leurs sécrétions, par des irrigations répétées plusieurs fois par jour; on se servira d'eau tiède (25 à 50 degrés centigrades) additionnée de bicarbonate de soude, de sel gris ou d'acide borique.
Pour modifier l'état de la muqueuse, on aura recours aux applications topiques astringentes, antiseptiques ou caustiques. Les pommades au tannin, à l'iodol, au dermatol à 1/10 suffisent dans les cas légers. Les poudres associées au sucre de lait sont plus actives que les pommades : on emploiera le tannin, l'acétotartrate d'alumine comme astringents; l'iodol, le dermatol, l'aristol, comme
(^) ToRNWALDT, Ucber die Bedeutung der Bursa pharyngea, Wiesbaden, 1885.
(^) Tornwaldt admet deux sortes de lésions : la suppuration de la bourse, la transformation kystique de ce diverticule. Cet auteur insiste sur une série d'états morjjides locaux ou à distance, réflexes (gonflement de la muqueuse nasale, pharyngite granuleuse, gastrite catarrhale chronique, catarrhe laryngé et bronchique, asthme, sensation douloureuse de pression au niveau du sternum, à la hauteur de la 2° et 5° côte, maux de tète dans les régions frontale, temporale, occipitale ou vers la nuque), qu'il considère comme liés à l'inflammation de la bourse pharyngienne. Le seul moyen de guérir ces états réflexes est de cautériser au nitrate d'argent, ou au galvano-cautère, la paroi enflammée ou kystique de la bourse. Ces idées ne sont pas encore définitivement acceptées, elles ont été combattues dans une publication récente de Pœlchen {De Vanatomie de la cavité naso-pharyngiennc. Arcli. de Virchov:, t. CIXX, p. 118, et Arcli. de laryngol. et de rhinoî., 1" oct. 1890), pour lequel la bourse pharyngée n'est pas un organe à part, mais une simple fossette, qu'il appelle fossette naviculaire, sorte de foramen cœciiin, plus ou moins profond, qui se continue parfois dans l'épaisseur de l'apophyse basilaire. v
OZÈNE. 647
anlisepliques; le nilrale d'argent fondu et pulvérisé à 1/50 ou à 1/100 comme caustique. A tous ces moyens les badigeonnag-es sont encore préférables; on les fera à la glycérine iodée (iode métallique, iodure de potassium, 50 centigrammes à 1 gramme, glycérine 25 grammes), au nitrate d'argent (de 1-5 pour 100).
Les hypertrophies partielles, les hypertrophies étendues de la rhinite hypertrophique sont justiciables du traitement chirurgical.
Dans l'hypertrophie ditïuse, pour détruire les épaississements de la pituitaire, nous avons à notre disposition la cautérisation, soit chimique, à l'acide trichloracétique et à l'acide chromique, soit galvanique celle-ci se fait ou en surface ou en profondeur et, dans ce dernier cas, on pratique soit l'ignipuncture, soit la cautérisatio linéaire au moyen d'un cautère cutellaire. L'électrolyse, enfin, donne de bons résul-
y~yy Fic. Ô02. — Cau tcrc clc Ruaul t poiiF ignipuiiclure
tats ( ). -^^^/J^ rélro-nasale des queues de cornet.
Les épaississements circonscrits à forme pédiculée sont justiciables de l'anse chaude ou galvano-caustique. Suivant létat, la perméabilité des fosses nasales, on enlèvera l'extrémité postérieure du cornet inférieur par voie nasale ou, exceptionnellement, par voie buccale. On peut aussi pratiquer Tignipuncture des queues de cornet par la voie rétro-nasale sous le contrôle du miroir rhinoscopique, après application du releveur du voile.
DE L'OZÈNE
Synonymie. — Rhinite chronique fétide, rhinite atrophiante, ozène simple.
Historique. — Les anciens ne pouvaient ignorer l'existence de l'ozène et ils Tattribuaient à une humeur acre et putrescible et à la corruption des os.
Pendant tout le siècle passé et même au commencement de celui-ci, le mot ozène est demeuré synonyme de coryza ulcéreux: la fétidité particulière de l'haleine, la punaisie, étaient considérées comme symptomatiques, et il y avait un ozène vénérien, un ozène syphilitique, scrofuleux, nerveux, carcinomateux, sarcomateux.
Mais un examen plus attentif vint démontrer (i\M'ozène et ulcération nasale n'étaient pas synonymes, que l'un existait sans Fautre; d'autres théories s'imposaient et c'est alors « que l'ulcère fut le bouc émissaire immolé sur Tautel de la science (^) ». Trousseau compare la fétidité des sécrétions nasales chez les ozéneux, à la fétidité de la sueur des pieds et des aisselles, à la fétidité des sécrétions vaginales.
Les études rhinoscopiques, en faveur depuis bon nombre d'années déjà,
(*) P. HÉLOT, Annales des maladies de Voreille, du larynx, etc., mars 1896.
(-) S. Mar.vxo (de Naples), Recherches historiques et bactériologiques sur la nature de Vozène. Arch. de laryngol. et de rhinol.de Buault et Luc, t. III, n° 2, p. 59, avril 1890. — Ce travail, des plus intéressants, nous a fourni ^leaucoup de matériaux, pour la rédaction de cet article; il contient une bibliographie des plus complètes, à laquelle nous renvoyons.
IGÉHARD-MARCHANT. ]
devaient placer la question sur son véritable terrain, et permettre de distinguer l'ozène vrai, essentiel, de l'ozène ou plutôt de la félidilé nasale, symptomalique d'une sinusite on de l'altération des os(').
A l'heure actuelle on discute encore sur la nature vraie de l'ozène essentiel, mais grâce à une série de constatations anatomiques, de recherches histochimiques ou bactériologiques qui caractérisent la période contemporaine, la vérité ne tardera pas à luire.
Pathogénie. — Nous passerons rapidement sur certaines théories contemporaines : Michel {Die Krankheiten der Nasenhôhle, Berlin, 1876) affirme que l'ozène est une maladie des cavités et surtout des cellules etlrmoïdales, et Rouge, en acceptant cette théorie, y ajouta l'idée d'une participation des cavités annexées aux fosses nasales-, cavités frontales, sphénoïdales, maxillaires. C'est aussi l'opinion de Griinwald. Pour Paul Tissier on trouvera toujours, si l'on sait chercher, une lésion plus ou moins limitée, intéressant le système ethraoïdal(??).
Frankel, Ziemssen, Bresgen, Moure, Struempfell sont d'avis que l'ozène est un catarrhe chronique, atrophique (pour Moure).
Une théorie qui a eu un certain succès est celle de Zaufal (de Prague) qui attribue l'ozène à une disposition pjartictilière primitive et congénitale des fosses nasales : l'atrophie des cornets, produisant un élargissement des fosses nasales, cause un ralentissement du courant d'air, d'où le dessèchement et la stagnation des croûtes dans ces cavités. Mais Zuckerkandl démontre que rien ne prouve qiie cette atrophie des cornets, sur laquelle s'appuie Zaufal, soit congénitale et antérieure à l'ozène; elle paraît, au contraire, être consécutive à un processus pathologic[ue.
Cette malformation particulière, l'atrophie de la muqueuse et des os, sont indiscutables et constituent un des caractères anatomiques de l'ozène simple, sur lesquels tous les auteurs sont d'accord.
Mais comment expliquer l'odeur extrêmement pénétrante, la fétidité douceâtre, sui generis, de l'ozène simple?
On sait qu'un nez d'ozéneux, parfaitement nettoyé et débarrassé de toute sécrétion, ne répand aucune odeur, que cette sécrétion au moment où elle est produite ne possède pas une odeur sensible, et qu'enfin cette sécrétion conservée dans la chambre humide à la température du corps acc^uiert en quelques heures la fétidité caractéristique. Par comparaison avec l'apparition d'odeurs diverses dans d'autres milieux, il était naturel de penser ici à une décomposition des produits sécrétés, sous l'influence de micro-organismes, et cela avec d'autant plus de raison que les sécrétions, dans l'ozène, fourmillent de bactéries.
Pour expliquer cette décomposition, on a pensé qu'il survenait dans la sécrétion catarrhale un processus de putréfaction occasionné par une cause quelconque, par exemple par l'ampleur anormale des cavités nasales (Zaufal) (=') . Mais les expériences faites avec les sécrétions nasales catarrhales, cultivées,
(') Un spécialiste distingué, le docteur Ruault, soutient que l'ozène et la rhinite atrophique peuvent être observés indépendamment l'un de l'autre, et définit ainsi l'ozène : >• La mauvaise odeur spéciale des sécrétions nasales qu'on rencontre très souvent dans la rhinite atrophique mais qui peut se montrer en dehors de l'atrophie ». (Voy. Deumier, De la rhinite atrophique et de l'ozène. Thèse de Paris, 1889.)
Le docteur Marano est arrivé à des conclusions à peu près identiques, et dit " qu'au point de vue bactériologique l'ozène diffère de la rhinite atrophique et de la rhinite fétide ».
(-j Z.\UFAL, Aerztl. Correspondenzhl. fiir Bohmen, Bd. III, p. 25, 1875.
OZENE.
n"onl jamais protluil cette odeur. Il restait donc avoir s'il s'agissait d"urie modification dans la composition de la sécrétion, ou de la présence d'un agent spécial de décomposition, ou de ces deux conditions à la lois. De là les nombreuses théories dont quelques-unes sont encore en discussion à Iheure actuelle.
Tandis que B. Frankel voit la cause de la fétidité dans Taction d'un ferment encore inconnu sur la suppuration préexistante, Krause, Habernam, ayant trouvé une forte proportion de granulations graisseuses dans les épithéliums glandulaires de la muqueuse et dans la sécrétion de lozène, on pensa que leur décomposition pouvait donner lieu à des exhalations fétides.
E. Frankel (') attache une importance capitale à l'absence du liquide sécrété par les glandes, particulièrement parles glandes de Bowmann.
Volkmann. à son tour, observa que dans l'ozène l'épithélium normal est changé en épithélium pavimenteux. De plus, Yolkmann. guidé parles études de Zeller, sur les transformations de l'épithélium cylindrique de la muqueuse utérine en épithélium plat et sur la production consécutive de la mauvaise odeur de l'écoulement vaginal, crut que de même la fétidité de Fozène pouvait provenir de ce changement morphologique, d'autant plus qu'on a observé que, tlans les points du corps où se développent des émanations putrides, comme aux pieds et aux aisselles, l'épithélium se change précisément en pavimenteux. Schuchard (de Stettin) (XVIIP Congrès de chirurgie, Berlin, 24, 27 avril 1889) a conclu, comme Habernam et Yolkmann. que la fétidité de l'ozène était due à une transformation de l'épithélium plat (Marano. loc. cit.).
Les recherches bactériologiques devaient enfin élucider l'origine de l'ozène, et la théorie microbienne remplacer toutes les hypothèses que nous venons d'examiner.
Depuis longtemps Baginski, Fraenkel et ]\Iassei. recherchaient l'élément spécifique, qui siégeant sur la muqueuse produisait, avec la fétidité de l'ozène, les altérations anatomiques.
En 1885. Lœwenberg découvrit dans le mucus d'individus ozéneux un micrococcus propre à être cultivé, et l'année suivante, à Bâle, au Congrès international d'otologie, fît observer que ce micrococcus se présentait souvent sous forme de diplococcus, tantôt sphéroïdal, tantôt ellipsoïdal, souvent en chaîne, rarement en amas. Le micrococcus présente quelquefois de petites bandes transversales de couleur blanchâtre. Les cultures reproduisaient la mauvaise odeur.
En 1885, Klamann trouva, dans les croûtes et dans les sécrétions épaisses, des amas de micrococcus capsulés, qui. isolés, donnaient lieu à des cultures typiques, mais que Klamann n'a pas décrits.
Hajek, en 1887. au milieu de plusieurs formes de micro-organismes, de coccus et de bactéries (staphylococcus, streptococcus, micrococcus, etc.), observa un
FiG. ôOô. — Mucus ozénateux.
(*) E. Fraxkel, Virchoiifs Archiv, Bd. LXXV, p. 87, 1890.
lGERARD-MARCHANT.;i
bacille'analogue au bacille fluorescent de l'eau et qui, selon lui, colore en vert la sécrétion nasale, et un autre bacille court, en 'diplococcus ou en chaînette, qui était capable de décomposer les matières org-aniques,^en développant une odeur fétide et pénétrante.
Baratoux trouve toujours le micrococcus décrit par Lœwenberg, et Gornli affirma que les cultures reproduisaient la fétidité caractéristique.
En 1888, Hajek, reprenant cet argument, confirma l'existence du petit bacille,
Fici. 301. — Mucus ozénateux.
FiG. 503. — Bacille de l'ozène (Rhino-bacillus) de culture pure en gélatine.
en fit des inoculations sur des lapins, des rats et des cobayes avec des résultats négatifs ; il ne le considéra point comme la cause de l'atrophie de la muqueuse, mais il le déclara l'agent de la mauvaise odeur.
Friedlander enfin, en 1889, dans une revue de l'ouvrage de Hajek, fit observer
que le bacille de Tozène, décrit par ce dernier, se trouvait aussi dans d'autres putréfactions, notamment dans celles de la viande » (Marano, loc. cit.).
Le docteur Marano a entrepris à son tour une série patiente de recherches microbiologiques, qui lui ont permis de tirer les conclusions suivantes : « Dans l'ozène, il est une forme constante de microbes (rhino-bacillus) qu'on ne rencontre ni dans les autres formes d'inflammation du nez, ni, que je sache, dans d'autres afl"ections. Le microbe est capsulé (fig. 505), mais parfaitement distinct des autres micro-organismes capsulés qui ont été l'objet des éludes de
Fig. 506. — A gauche, colonie de sept jours, en gélatine. — Au milieu, colonie de seize jours, en gélatine. — A droite, colonie de six jours, en agar-agar.
OZÈXE. 05»
Dillrich, Pallauf, Friedlandcr, Babès, Mibclli, Mellc, Pellizzari et Zagard.
« Ce microbe, abondant chez les personnes qui n'ont pas été soumises à des soins locaux, disparaît à mesure qu'on pratique le traitement antiseptique, accepté aujourd'hui par la plupart des médecins; ce fait est d'une grande importance, quoiqu'il n'ait pas la valeur d'une inoculation réussie.
« Même au point de vue bactériologique, l'ozènc diirère de la rhinite atrophicpu^ et de la rhinite fétide.
« Enfin ce bacille (i'.u' jai décrit est parfaitement le micrococcus de Lœwenberg, et si cet auteur ne la pas trouvé capsulé, comme il l'est en effet, c'est par suite d'une technique défectueuse. D'autre part, Ilajek a dCi se méprendre en étudiant une de ces formes de bacille qu"on rencontre dans certaines putréfactions, surtout dans celles de la viande, bacilles qui, comme j'ai déjà dit, se trouvent aussi dans le mucus ozénateux (fig. Ô03).
« Au reste, malgré tous ces résultats, tant qu'on n'aura pas obtenu des formes pathologiques expérimentales, le problème étiologique de l'ozène restera irrésolu. »
Enfin à ces différents micro-organismes, Belfanti et Délia Vedova (') viennent d'adjoindre un bacille spécial, voisin du bacille diphtéritique et pseudodiphtéritique dont le rôle semble prépondérant.
Pour résumer ce long chapitre, nous conclurons :
1° Que l'ozène, c'est-à-dire /a mauvaise odeur spéciale^ est engendré par un microbe, le rhino-bacillus de Lœwenberg et de Marano (fig. 505 et 506) ;
2" Que ce microbe se rencontre surtout dans la rhinite atrophique, mais qu'il peut se montrer dans d'autres affections des fosses nasales, et que, par conséquent, rhinite atrophiante et ozène ne sauraient être synonymes;
50 Que ce microbe spécial à odeur particulière diffère absolument des microbes qu'on constate dans les rhinites ulcéreuses ou purulentes causées par des corps étrangers, des abcès du sinus, des tumeurs.
Étiologie. — Il règne encore une grande obscurité au sujet de l'étiologie intime de l'ozène: cette affection appartient à l'enfance et à l'adolescence; c'est à partir de huit à dix ans, et de seize à vingt ans, que l'ozène s'établit insensiblement.
Le terrain scrofuleux favorise l'apparition de l'ozène, mais il se montre aussi chez des sujets à santé florissante, qui n'ont aucune tare scrofulo-tuberculeuse.
De même, syphilis et ozène n'ont aucune parenté, comme nous l'avons déjà établi. Les ulcérations, les nécroses cartilagineuses et osseuses, qui se montrent dans la période tertiaire de la syphilis, donnent lieu à une odeur fétide, qui rappelle celle de l'ozène essentiel, mais ne doit pas être confondue avec lui(-) : car, comme la dit Moldenhauer, ce qui caractérise l'ozène, ce n'est pas seulement l'odeur fétide, mais bien l'aspect particulier que présentent les fosses nasales à l'examen rhinoscopique.
L'ozène est plus fréquent dans le sexe féminin, et comme il apparaît vers la puberté, époque de l'anémie et de la chlorose, on a incriminé ces deux états, comme favorisant l'éclosion de l'ozène.
(*) Belfanti et Della Vedora, Étiologie et traitement sérothéra pique de Vazène. Giornale délia R. Acad. di medic. di Torino, 1896, n° 5, p. 149).
{-) De Composalles, Ozèncs et rhinites fétides. Paris, 1886.
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L'ozène ne semble pas contagieux. L'hérédité n'est pas douteuse, et on rencontre assez souvent plusieurs sœurs atteintes de rhinite fétide.
Symptômes. — L'examen des fosses nasales, Vétat de la muqueuse, la nature des sécrétions, V odeur exhalée par le malade, fournissent au clinicien des renseignements utiles.
Les fosses nasales ont une largeur anormale, dépendante de la conformation originelle du nez, et du stade de la maladie. La muqueuse est ratatinée, collée sur le squelette. Muqueuse et squelette sous-jacent ont subi une atrophie des plus notables ; les cornets, surtout le cornet inférieur, disparaissent presque complètement sous l'influence du travail régressif (fig. 307). La béance des
fosses nasales est telle qu'elle permet d'apercevoir dans une étendue beaucoup plus considérable que d'habitude la cloison et le plancher des fosses nasales. On distingue aussi les contours de l'hiatus semi-lunaire, et même les orifices des sinus frontaux et des sinus sphénoïdaux.
Consécutivement à ce processus pathologique atrophiant, qui n'épargne pas la paroi externe des fosses nasales, au niveau des os propres du nez, le nez prend une forme ensellée et épatée (Potiquet).
Sur les parois des fosses nasales s'accumulent du pus, des croûtes brunes, lamelleuses, visqueuses, et fortement adhérentes. La muqueuse est saine audessous des croûtes, à moins que leur détachement ne laisse des excavations, superficielles, mais rouges et saignantes.
L'odeur est caractéristique, c'est une fétidité douceâtre sui generis, bien différente de cette odeur de carie dentaire qu'exhale le pus qui provient de l'antre d'Highmore.
Les malades ont leur puissance olfactive diminuée, mais ils ne se sentent PAS EUX-MÊMES, ct uc sout quc trop instruits de leur repoussante infirmité par leur entourage.
L'existence de croûtes dans l'arrière-gorge, et même dans la trachée jusque sur les cordes vocales [ozène trachéal), entraînent à leur suite un raclement constant, des troubles de l'ouïe, et même un enrouement notable.
Le diagnostic de l'ozène n'offre aucune difficulté; il sera toujours facile de séparer l'ozène essentiel des rhinites fétides dues à la syphilis, à un corps étranger, à un néoplasme. La persistance de la mauvaise odeur après un lavage
Fig. 507.
Atrophie de la muqueuse et des os dans l'ozène simple. (Zuclverkandl.)
OZÈNE. 055
des fosses nasales, l'examen Irachéoscopiquc montrant les parois trachéales tapissées de croûtes adhérentes, feront admettre l'existence de Yozène trachéal (Lnc). D'après Paul Tissier des croûtes nasales pénétrant dans l'estomac pourraient expliquer les troubles gastriciues que présentent parfois ces malades.
ho pronostic est dcsi)lusséi'ieux : c'est une infiimilé rebelle qui condamne ceux qui en sont atteints à une existence morale des plus pénibles; cependant, grâce à un traitement attentif, on peut pallier les elTets de cette horrible affection.
Traitement. — Moure ('), dans son rapport sur le traitement de l'ozène, passe en revue tous les moyens employés jusqu'ici.
Lermoyez, dans son livre récent sur la thérapeutique des maladies des fosses nasales, nous donne une manière rationnelle de procéder contre cette maladie, jusqu'ici souvent incurable.
1° Traitement palliatif. — Il consiste à débarrasser le nez de ses croûtes, par conséquent à supprimer l'odeur : on y parvient en enlevant les croûtes et en prévenant leur reproduction.
Le premier nettoyage devra être fait par le médecin au moyen du stylet et de la pince, aidé souvent par l'introduction préalable dans les fosses nasales des tampons de Gottstein. L'opération sera terminée par une abondante irrigation nasale.
On préviendra la reproduction des croûtes par des irrigations nasales, répétées, énergiques et abondantes, et au moyen de solutions alcalines, combinées avec des solutions antiseptiques, telles que les solutions de sublimé à 1/10 000, de phénosalyl à 1/1000.
Pour empêcher le dessèchement trop rapide des sécrétions, on fera des pulvérisations nasales avec de la vaseline liquide au salol.
2'' Traitement curatif. — La multiplicité des médicaments est extrême : on emploiera des insufflations de poudres telles que l'acide borique, l'acéto-tartrate d'alumine; on pratiquera des badigeonnages à la vaseline associée au baume du Pérou et à la lanoline, en partiçs égales, ou le naphtol camphré (Ruault) (^), la glycérine iodée, les solutions de nitrate d'argent de 1/100 à 1/10. (Estieu, th. de Paris, 1891).
Le massage vibratoire de la pituitaire semble être actuellement le meilleur moyen de modifier la muqueuse dégénérée.
L'électrolyse cuprique, récemment proposée ("), paraissait donner de bons résultats, lorsque récemment Brindel (^) fit à la Société française d'otologie, de laryngologie et de rhinologie, une communication qu'il terminait par ces mots : et En résumé, l'électrolyse interstitielle est peu ou point efficace contre le coryza atrophique avec ozène. » Quant à la sérothérapie, au moyen du sérum antidiphtéritique, les résultats favorables que l'on a obtenus parfois sont passibles du même reproche, d'être transitoires (^).
(1) Moure, Rapport de la Société française d'otologie, de laryngologie et de rhinologie, 0 mai 1897.
(-) Voici la formule de Ruault :
Naphtol 3. (moins iii'itaat pour la muqueuse que le naphlol ,3). 1 partie.
Camphre 2 parties.
( Proportion variable suivant
Huile de vaseline | la tolérance des malades.
(^) Cheval, Revue de laryngologie de Moure, 1895, p. 695. (*) Brixdel, Congrès français, 1897.
(=) Grademgo, îa Rapport de Moure. Voir aussi Les méthodes nouvelles. Archiv. internat, laryng., juillet-août 189G.
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Il ne faut pas négliger l'élal général des ozéneux. Le bon air, le séjour sur les bords de la mer, les bains chlorurés sodiques (Salies-de-Béarn), une nourriture réparatrice, l'huile de foie de morue, etc., seront très utilement prescrits. Lermoyez recommande en outre, comme prophylaxie, de soigner de bonne heure les rhinites purulentes de l'enfance, surtout la rhinite blennorragique des nouveau-nés.
CORYZA CASÉEUX
Sous le nom de coryza caséeiix, Duplay a décrit, le premier, une affection caractérisée par Taccumulation dans l'intérieur des fosses nasales d'une matière caséeuse, analogue au contenu de certains kystes sébacés, et qui peut former des dépôts assez considérables pour déformer le visage et amener la perte de l'odorat (').
Il s'agit d'une affection rare, qui a presque toujours été méconnue. Les premières observations ont été publiées par Maisonneuve (^), sous le nom de kyste butyreux de la face. Verneuil, Reverdin, Guyon, Terrier, en ont observé des exemples. En 1879, Périer en a communiqué un cas intéressant à la Société de chirurgie. Bournonville (de Gothenburg) p), d'Azambuja ('), Gozzolino (^), Wagnier (de Lille) {^), Strazza C), Roberto Cimmino (^), Beausoleil (^), ont publié de nouveaux faits.
La rhinite caséeuse, au lieu d'être totale, pourrait n'occuper qu'une région
(*) Le coryza caséeux n'est pas considéré par tous les palhologistes comme une entité morbide parfaitement définie; c'est ainsi qu'on chercherait en vain la description de cette affection, dans les traités anglais (sauf dans celui de Spencer Watson) ou allemands. Dans une étude critique sur le coryza caséeux, le docteur Potiquet [Gaz. des hop., 2 févr. 1889, n" 14) a repris une à une les observations enregistrées comme coryza caséeux, et a essayé de démontrer qu'elles ne répondaient pas à une espèce morbide définie. Ces observations concernent des malades atteints, soit de kystes folliculaiz'es (variété butyreuse) de la mâchoire supérieure rompus dans une des fosses nasales, soit des cas de corps étrangers d'une fosse nasale, avec production ultérieure de cellules épithéliales desquamées et de globules de pus, soit des gommes syphihtiques de ces cavités en voie d'élimination, soit des cas de suppuration chronique du sinus maxillaire.
Les produits d'apparence caséeuse qui accompagnent ces affections, en deviennent un des symptômes, mais ne peuvent à eux seuls constituer une maladie déterminée.
C'est ainsi qu'Hartmann envisage, lui aussi, les produits caséeux; ils sont le résultat de toutes les causes qui s'opposent à Véliminntion de sécrétion nasale, c'est-à-dire : les corps étrangers (cas les plus fréquents), les polypes, les destructions étendues à l'intérieur des cavités nasales (syphilis), avec impossibilité d'expulsion des sécrétions et accumulation de produits caséiformes. Hartmann admet encore que les masses caséeuses trouvées dans les fosses nasales peuvent provenir d'une région voisine de ces cavités (sinus maxillaire).
En résumé, si pour Duplay le coryza caséeux est une erklité morbide bien définie, pour d'autres observateurs, l'apparition des produits caséeux n'est que le symptôme d'une entrave à l'expulsion des sécrétions nasales; pour les uns c'est une espèce morbide, i)our les autres un simple signe.
(-) Maisonneuve, Moniteur des hôpitaux, 1855.
{^) Bournonville, Centralblatt fiir Chirurgie, 1885.
(*) AzAMBUJA, De l'ozène et de son traitement. Thèse de Paris, 1874.
(^) CozzoLiNo, BoUetino délie rnalattie delV orecchio. délia gola, ciel nasol., 1884.
(^) Wagnier (de Lille), Bévue de'laryngologie, 1890.
Ç) Strazza, BoUetino délie rnalattie delT orecchio, 1891-1893.
(*) Cimmino, BoUetino délie rnalattie deW orecchio, 1894.
(^) Beausoleil, Étiologie et pathogénie du coryza caséeux (CHnique annexe de la Faculté de Bordeaux, 1895, p. 37).
CORYZA r.ASKEUX. 055
de la pitiiitaire, et être localisée à un des sinus; c'est ainsi que Ouénu nous a rapporté Ihi^toire d'une malade dont le sinus maxillaire était absolument rempli par des amas épilhéliaux, ressemblant à du ntastic de vitrief.
Schech (') pense que, le plus souvent, le sinus maxillaire est atteint en même temps que la fosse nasale, et que les masses caséeuses proviennent plutôt du sinus.
Étiologie. — Les causes déterminantes de cette alVeclion nous sont encore inconnues. Linfluence de l'âge est nulle, puisque les malades de Maisonneuve avaient lun treize ans (garçon), l'autre vingt et un ans (fille), et le sujet observé par Reverdin avait dépassé soixante ans.
Assez fréquemment, un érysipèle (-) a précédé le coryza caséeux. et dans ces cas. pour Duplay. la cause de la maladie doit être recherchée dans lexfoliation épithéliale qui a lieu consécutivement à l'érysipèle, et dont les produits ne peuvent être évacués grâce aux anfractuosités des fosses nasales. Toute cause d'irritation agit dans le même sens. Pour Moure c'est un symptôme du coryza purulent. Dans le cas de Verneuil, il existait au milieu de la matière caséeuse un corps étranger; le malade de Périer avait eu une bronchite suivie d'un coryza très intense. Terrier est porté à admettre un mode particulier d'inflammation de la pituitaire et de ses annexes, déterminant une hypersécrétion de l'épithélium. et sa desquamation anormale. La présence même de ces amas épithéliaux. constituant une source d'irritation pour la muqueuse, active la sécrétion de l'épithélium, et devient l'occasion de nouveaux dépôts qui s'ajoutent aux premiers (Duplay).
Symptomatologie. — « Les symptômes de cette affection sont assez obscurs. Elle débute généralement par les signes d'une inflammation franche, qui aboutissent au bout d'un certain temps à la formation d'un abcès.... L'existence d'un ozène (rhinite fétidei a toujours été signalée, et les malades sont tourmentés par une sécrétion séro-purulente abondante et fétide, mêlée souvent à des grumeaux caséeux. L'expulsion de ces grumeaux calme parfois momentanément les sjTnptômes.
« A une seconde phase de la maladie, les signes d'obstruction des fosses nasales augmentent ; une perte de l'odorat plus ou moins complète survient : la joue commence à se déformer du côté de l'aile du nez, et surtout au voisinage du grand angle de l'œil. Plus tard, celte déformation des traits peut devenir aussi considérable que dans les tumeurs de la plus mauvaise nature : l'œil est projeté en dehors et en haut; il y a de la diplopie. du strabisme : la joue est refoulée en avant, le nez dévié du côté sain, sa cloison plus ou moins déjetée complètement. La peau participe à l'inflammation des parties profondes : elle est rouge, luisante, épaissie, mollasse et fluctuante sur certains points. Dans le cas de Maisonneuve, la tumeur avait été regardée comme fluctuante par un autre chirurgien, et l'on avait plongé un bistouri qui n'avait amené que du sang. Presque toujours, à un certain moment, il se fait de véritables poussées aiguës phlegmoneuses. pendant lesquelles la tumeur grossit très rapidement, devient le siège de douleurs intolérables, d'élancements et de battements profonds dans la région orbitaire. et souvent se perfore en plusieurs points qui deviennent fistuleux. En même
(*) Schech. Die Krankheiten der Mundhole, des Rachens uud der Xase, 2' éd.. 1888.
(-) L'existence de cet .érysipèle antérieur n"est pas démontrée : il s'agirait plutùt d'un gonflement inflammatc^i-e. une sorte d'érysipèle (obs. de Maisonneuve"), symptomatique d'un kyste butyreux, d'un corps étranger, etc. (^Potiocet, loc. cit.).
IGÉRAKD-MARCHANT'i
CoG MALADIES DES FOSSES NASALES.
temps, il existe toujours des signes généraux graves, de la fièvre, de l'anorexie, bref tous les caractères des tumeurs malignes.
« Les symptômes physiques sont souvent obscurs. Il est des cas, en efïel, où l'examen des fosses nasales ne fait rien découvrir d'anormal, mais on aperçoit habituellement une masse volumineuse, empiétant sur la cavité des narines, et l'obstruant plus ou moins complètement. Elle est d'apparence blanchâtre, chaiMiue, simulant parfois un polype, mais plutôt un encéphaloïde, par sa consistance lardacée et mollasse. Si l'on vient à introduire un stylet par l'orifice des fistules, on n'arrive pas sur des os nécrosés comme on pourrait s'y attendre, mais on traverse une matière molle comme butyreuse, ne donnant pas ou presque pas de sang à l'exploration. C'est là un sig^e important, car le cancer, qui donne presque la même sensation, saigne toujours abondamment. Lorsque la tumeur fait saillie presque sous la peau, comme dans le cas de Maisonneuve, la palpation directe fournit des renseignements précieux. En effet, il est possible, en exerçant une pression un peu brusque, de refouler la matière caséeuse, et de la sentir s'écraser sous le doigt, en même temps qu'on la voit s'échapper par l'orifice des fistules. C'est là un signe presque pathognomonique, car dans aucune tumeur maligne, on n'observe rien d'analogue ('). »
Diagnostic. — Il peut être fort difficile, au début ; tant qu'il n'y a pas eu élimination spontanée ou provoquée de masses caséeuses, on peut attribuer les accidents observés à une périostite du onaxillaire, à une ostéite syphilitique ou tuberculeuse, à un polype, à une tumeur maligne, surtout si des fistules se sont formées .
Il faut tenir grand compte du rejet des masses caséeuses, au début de l'affection : un examen attentif des fosses nasales permettra de ramener avec un stylet ou la curette des débris de matière caséeuse, et alors l'intégrité des os, déplacés mais non altérés, l'absence d'écoulement sanguin, l'état normal des ganglions, éclaireront le diagnostic. Il restera au chirurgien à rechercher la cause de l'accumulation de ces produits caséeux et à déceler le corps étranger, le polype, la lésion du sinus, etc., origine des accidents.
Traitement. — Si le coryza caséeux est un symptôme, qu'il y ait rétention des sécrétions du fait d'altérations diverses, il faut lever l'obstacle à l'aide des moyens propres à chaque cas particulier; on s'attaquera ensuite aux masses caséeuses ainsi découvertes.
Considéré comme une entité, constituant à lui seul toute la maladie, le coryza caséeux ne réclame pas d'opération sérieuse. Débarrasser les fosses nasales des pi^oduits caséeux, s'opposer à leur reproduction et à leur rétention, telles sont les deux données du problème thérapeutique. De larges irrigations, souvent répétées, à plein courant, au besoin le grattage des fosses nasales avec une curette, ou l'ablation directe des parties visibles de la tumeur, au moyen d'une pince à polypes, sont les seuls procédés auxquels il faille avoir recours.
Il est exceptionnel d'avoir à intervenir plus radicalement ; on cite cependant des cas où il aurait fallu ouvrir le sinus maxillaire pour en pratiquer le curettagc.
(*) Nous avons tenu à citer exactement la description symptomatique de Duplay; les points indécis, obscurs ne sont-ils pas singulièrement éclairés par la conception nouvelle que nous avons donnée du coryza caséeux, un signe indéniable, l'issue de produits caséeux, engendré par des processus divers (corps étrangers, syphilis, polype, kystes* bu tjTCux du sinus), atrcsie d'une fosse nasale (Mandroux etNatier, 1890), empyème du sinus maxillaire (Beausoleil, loc. cit.).