SYPHILIS DU NEZ ET DES FOSSES NASALES
On rencontre dans le cours de la syphilis des lésions des différentes parties de la région nasale (peau, muqueuse, os et cartilages) qui apparaissent à toutes les périodes de l infection, et peuvent même constituer une manifestation de la syphilis héréditaire.
DcpoxD. Manifestations primitives et secondaires de la syphilis. Thèse de Bordeaux, 1887. — JuLLiEx, Maladies vénériennes, dernière édition. — Macriac. Syphilis tertiaire, 1887. — MoREL Mackexsie. Maladies des fosses nasales. Traduction de Moure et Charazac. — FourxiER, Syphilis héréditaire tardive. — Marfax, Chancre de la fosse nasale. Annales de dermatologie,\S90.
Chancre du nez et de la muqueuse nasale. — Les accidents primitifs sont extrêmement rares. D'après les statistiques de Bassereau, Clerc, Fournier, et Le Fort, sur 1775 chancres chez l'homme, on n'en rencontre qu'un du nez et de la pituitaire. pour 1666 du prépuce, du gland ou de l'urètre, et 8 de la langue. On a cependant réuni un certain nombre de cas, dans lesquels le chancre initial occupait la région nasale, siégeant tantôt sur le tégument externe près de la narine, dans le sillon naso-labial (Aimé Martin, Fournier), tantôt au niveau même de la muqueuse (Mac-Carthy. Rollet, Fournier). Dans ce cas, on Ta vu siéger soit sur la paroi externe, soit sur la cloison (Moure). sur l'extrémité antérieure du cornet inférieur (Matlack), mais toujours sur un point rapproché de l'orifice antérieur des fosses nasales, et jamais dans la partie moyenne. Enfin, on a signalé (Lailler, Gubler, Hillairet, Lancereaux) des chancres de l'orifice postérieur, succédant toujours à un cathétérisme de la trompe d'Eustache, pratiqué avec des instruments malpropres. En dehors de ce mode de contagion spécial, le chancre du nez s'explique facilement par les attouchements auxquels cet organe est sans cesse exposé et les érosions qu'il présente souvent à sa surface. Weil, dans un cas de chancre nasal chez un nouveau-né, admit que la contagion s'était faite au contact des organes génitaux de la mère pendant l'accouchement.
Le chancre du nez, quand il siège sur le dos de l'organe, est de forme plate et de dimensions moyennes. Quand il siège au niveau des ailes du nez, au contraire, il a tous les caractères de Vulcus elevatuni et présente un volume consi- TRAiTÉ DE chirurgie, 2= édit. — W. 42
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dérable amenant une déformation plus ou moins complète delà région (fig. 508). Le chancre de la muqueuse nasale se révèle tout d'abord par des signes fonctionnels. Le malade éprouve une sensation de cuisson, de démangeaison, la voix est nasonnée, et il se fait par la narine un écoulement sanieux dont l'odeur est plutôt fade que fétide. Le nez est rouge et présente une légère enflure qui se propage quelquefois à la face. Dans l'intérieur de la narine, on trouve une masse
fongueuse, de couleur rougeâtre, ayant l'aspect d'un champignon, et recouverte d'un mucus pultacé . Elle adhère par un large pédicule, tantôt à la face externe des narines, tantôt à la cloison (ÎMoure), et saigne au moindre contact. Au toucher, cette tumeur donne le plus souvent la sensation d'une boule de cartilage, tandis que d'autres fois, à côté de points durs on en trouve de ramollis. La partie avoisinante de la muqueuse participe à l'inflammation et présente une coloration rougeâtre assez accentuée. La narine est obstruée d'une façon plus ou moins complète, mais jamais on ne constate de déviation de la cloison, et la narine du côté opposé est absolument saine.
En môme temps que ces signes du côté des fosses nasales, on observe toujours l'engorgement des ganglions sous-maxillaires, qui apparaît en même temps que le chancre, et persiste après sa disparition.
Le chancre de la région postérieure ne donne pas lieu à des symptômes particuliers, et est généralement méconnu. On ne l'observe habituellement qu'à sa période de décroissance, lorsque les accidents secondaires ont déjà apparu, et ont déterminé l'examen rhinoscopique, pour rechercher le siège de l'accident primitif.
Les signes généraux sont ceux de la syphilis; il existe de la céphalée, de l'anémie, et finalement on voit apparaître les éruptions caractéristiques de la période secondaire.
Le chancre nasal ne présente dans son évolution rien qui le distingue du chancre des autres régions. Il disparaît sans laisser de cicatrice, et c'est à tort, probablement, que Jullien attribue à un chancre syphilitique un cas de perforation de la cloison. Seul, le chancre de l'orifice postérieur peut déterminer des lésions persistantes de la trompe d'Eustache.
Le pronostic de la syphilis ne paraît pas être modifié par le siège de l'acci-
FiG. 508.
Chancre de l'aile du nez. (Musée Saint-Louis, -2jG. Hillairet.)