SYPHILIS DU NEZ ET DES FOSSES NASALES
clenl initial ('), cl la morl observée chez une malade alleinle de chancre du nez s'explique par l'âge (soixanle-dix ans) et l'élat général du sujel, sans qu'on ait à faire entrer en ligne de comiUe le siège du chancre.
Le diagnostic est toujours l'aciie surtout quand le chancre siège au tégument externe. La rapidité d'évolution delà tuméfaction, l'engorgement ganglionnaire précoce, ne permettent pas la confusion avec une ulcération cancéreuse, d'autant que l'apparition des autres signes de syphilis, coïncidant avec la régression du chancre, viendrait lever tous les doutes. Mais en présence d'une ulcération du nez, avant d'admettre sa nature syphilitique, il faut attendre l'apparition de la roséole et des autres signes de la période secondaire.
Le chancre de la muqueuse ne saurait être confondu avec une tumeur maligne ulcérée. Le sarcome n'arrive à l'ulcération que lorsqu'il a acquis un volume très considérable, que n'atteint jamais le chancre; aussi le sarcome ulcéré s'accompagne-t-il de déformation des fosses nasales, de déviation de la cloison, qui n'existent jamais avec le chancre
Période secondaire. — Les sypliilides du sillon naso-labial sont petites comme une tète d'épingle, au nombre de une ou deux, et ont une coloration assez tranchée; elles occupent souvent le fond du sillon, et laissent quelquefois à leur suite des cicatrices qui, d'après Davaine et Deville, pourraient devenir un élément de diagnostic rétrospectif.
Dans les fosses nasales on trouve Vérythème vermillon, qui manque rarement, disposé par taches isolées se montrant d'abord à la partie antéro-inférieure de la cloison, et qui confluent ensuite pour s'étendre à toute l'étendue du revêtement des fosses nasales.
La muqueuse nasale, comme toutes les muqueuses exposées à l'air, peut être le siège de plaques muqueuses; mais tandis que Mauriac et Lancereaux regardent les plaques des fosses nasales comme rares, Jullien admet qu'elles se produisent très habituellement dans le cours de la période secondaire. Davaine et Deville, sur 186 femmes, ont trouvé 8 fois des plaques dans les fosses nasales, et 18 fois sur les amygdales; Bassereau, sur 110 hommes, en a trouvé 2 fois dans cette région, et 100 fois sur les amygdales. Il faut dire que les plaques des fosses nasales existent rarement seules, et qu'elles coïncident, le plus souvent, avec des plaques des organes génitaux.
Elles n'occupent pas indistinctement toutes les parties de la région; dans la presque totalité des cas, elles siègent près de l'orifice antérieur, à cheval sur la muqueuse et la peau, et empiétant souvent sur cette dernière; quelquefois on en a observé à l'orifice postérieur, mais jamais on n'en rencontre dans les parties moyennes, et c'est exceptionnellement que Moure en a vu une fois sur les cornets. Jullien exphque cette localisation, par la nature de l'épithélium de revêtement, qui au lieu d'être cylindrique, à cils vibratiles, est pavimenteux, comme celui de la peau, près de l'orifice antérieur des fosses nasales.
Dans les narines, les plaques mMqieeuses ont l'aspect de petites érosions, à fond rouge, qui ne tardent pas à se recouvrir de croûtes jaunâtres; plus rarement, elles se montrent sous forme de petites plaques opalines. Quand les syphilides sont nombreuses, comme elles siègent toutes près de l'orifice antérieur des
(') FouRNiER, Pronostic de la syphilis issue de chancres extra-génitaux. Semaine médicale, décembre 1893.
IGÉRARD-MARCHANT.-i
fosses nasales, les croûtes qui les recouvrent formenl un véritable bourrc^lel qui rétrécit cet orifice et gêne le passage de l'air. Il existe en même temps un léger degré d'enchifrènement, avec diminution du goûL et de l'odorat, et on a tous les signes d'un coryza ordinaire, moins l'éternuement. L'haleine a une odeur fade; mais l'écoulement par les narines n'est pas très abondant, et les symptômes sont plutôt ceux d'un coryza sec.
La durée des accidents est variable. Elle est quelquefois assez longue. Les
croûtes qui recouvrent les ulcérations sont enlevées par le malade, celles-ci
sont mises à nu et la cicatrisation se trouve retardée ; mais la lésion reste
superficielle et n'a aucune tendance à se propager aux parties profondes, de
• sorte qu'on n'observe jamais de destruction osseuse.
Le diagnostic est facile. L'examen au spéculum permettra de reconnaître l'existence et le siège des ulcérations, mais pour affirmer leur nature, il faudra rechercher les autres symptômes de syphilis, voir s'il n'existe pas de plaques ailleurs, aux organes génitaux par exemple, rechercher la roséole, l'engorgement des ganglions cervicaux.
Période tertiaire. — Les accidents tertiaires sont beaucoup plus fréquents que ceux de la période secondaire (2,8 pour 100, d'après Wilky), et sont aussi beaucoup plus redoutables, à cause des désordres considérables qu'ils laissent souvent à leur suite. C'est en pleine période tertiaire, cinq à huit ans après l'infection, qu'on voit apparaître les accidents; mais ils peuvent se montrer beaucoup plus tôt, surtout dans les pays où la syphilis n'ayant jamais été bien soignée a conservé une virulence plus grande qu'en Europe. C'est ainsi qu'en Afrique, il n'est pas rare de constater, un ou deux ans après le chancre, des gommes du nez, amenant une déformation rapide de l'organe, qui détermine seule les Arabes à venir consulter.
Dans leur forme la plus bénigne, les syphilides tertiaires attaquent uniquement la muqueuse et appartiennent au type des syphilides ulcéreuses. Ce sont de petites ulcérations, transversalement dirigées, occupant différents points des fosses nasales et déterminant du coryza avec un très léger degré de fétidité. Généralement, en quelques semaines, les ulcérations disparaissent complètement, et il est rare de constater à leur suite des lésions osseuses.
Mais cette forme ulcéreuse est de beaucoup la moins fréquente, et le plus souvent la syphilis tertiaire des fosses nasales se traduit par des lésions qui débutent par le squelette, et n'atteignent la muqueuse que plus tard. Ces gommes siègent de préférence sur la cloison, le vomer, les os propres ; mais on peut les rencontrer sur l'ethmoïde, l'unguis et la branche montante du maxillaire. D'après Mauriac, les lésions d'ostéite raréfiante seraient plus fréquentes que la nécrose, mais les deux coexistent souvent et amènent rapidement la destruction complète de l'os.
Les symptômes du début sont habituellement très obscurs, il est exceptionnel cependant de les voir manquer complètement. Le plus souvent il existe de la céphalée, des douleurs faciales névralgiformes, bientôt suivies de phénomènes, qui attirent l'attention du côté des fosses nasales. Le malade est enchifrené, il a du catarrhe nasal, l'odorat est diminué, et l'air passe difficilement dans les narines. Quand les lésions siègent près de l'orifice postérieur, on constatera en plus une certaine gêne dans la -déglutition. Plus tard, la sécrétion nasale prend une odeur infecte, devient purulente et sanguinolente, ce qui doit éveiller l'idée