SYPHILIS DU XEZ ET DES FOSSES NASALES
FiG. 509. — Ulcératious s\-phililiqiies de l'arrièrecavité des fosses nasales. (Semeleder.)
de syphilis, surtout si, au milieu du pus, on constate la présence de petites esquilles osseuses.
Dans ces conditions, Texamcn attentif du nez s'impose. Si la lésion siège dans la partie supérieure, on peut noter, par la vue seule, un épaississement des os propres du nez avec tuméfaction vague de l'organe à sa racine. Mais le plus souvent, on doit avoir recours à une exploration plus complète, à l'aide du spéculum et du miroir, qui permettent seuls d'examiner les parties moyennes et postérieures des fosses nasales (fig. 509). On constatera alors, en dehors d'une hyperémie générale de la muqueuse, l'existence, en ditïérents points, d'ulcérations larges et profondes, à bords déchirés, de coloration gris sale à leur base, qui sont souvent masquées par des croûtes.
Si la lésion est plus avancée, on pourra apercevoir sous la muqueuse les os nécrosés, qui ont un aspect noirâtre.
On doit également avoir recours à l'examen avec un stylet, qui arrivera facilement sur l'os dénudé, en reconnaîtra les aspérités, et permettra quelquefois de constater sa mobilité. L'examen direct est négatif dans les cas où les lésions siègent trop haut et sont inaccessibles.
Les gommes, quand elles sont soignées à temps, se résorbent le plus souvent sans laisser de trace; mais elles peuvent, dans le cas contraire, aboutira des destructions osseuses plus ou moins complètes. Tantôt c'est la paroi seule qui est perforée, et si la perforation est petite, elle n'entraîne ni déformation, ni trouble fonctionnel, puisqu'il n'y a même pas de nasonnement. La perforation de la voûte palatine osseuse, au contraire, cause des troubles profonds de la déglutition et de la phonation: mais une des conséquences les plus sérieuses de la syphilis tertiaire du nez est la déformation caractéristique résultant de l'afifaissement de l'organe, par suite de la destruction de la charpente osseuse (fig. 510 et 511).
« Quand (') les os propres du nez seuls sont détruits, le nez s'affaisse à sa racine, de sorte que. immédiatement au-dessous de l'épine du frontal, au lieu de la saillie habituelle de la racine du nez, on trouve un méplat. Cet effondrement réagit sur le segment inférieur du nez qui bascule et forme avec le segment supérieur un angle obtus ouvert en avant, de sorte que la pointe se retrousse et les narines regardent en haut et en avant. Si le cartilage de la cloison est détruit, la déformation est un peu différente. Non seulement le segment inférieur s'affaisse, mais il subit un véritable recul, de telle sorte qu'il rentre dans le segment supérieur à peu près de la même façon qu'un cylindre de lorgnette rentre dans le cylindre destiné à le contenir, et on trouve à ce niveau un bourrelet cutané plus ou moins saillant. » C'est le nez en lorgnette de Fournier, Toutefois, dans ce dernier cas, ce n'est pas l'absence de cloison qui détermine la déformation, mais bien plus, ainsi que Moldenhauer l'a démontré
(') Fournier, Syphilis héréditaire tardive.
IGÉRARD-MARCHAy^Vi
le premier, la rétraction du tissu cicatriciel formé aux dépens du tissu conjonclif qui unit les parties cutanées et cartilagineuses du nez avec son squelette osseux.
Quand les os de la paroi supérieure des fosses nasales sont atteints, on comprend que l'inflammation puisse se propager aux méninges, et amener la mort. Graves et Brodiesen rapportent un exemple, à la suite de nécrose de l'ethmoïde.
Les os nécrosés sont généralement éliminés en plusieurs fois par petites esquilles, mais ils peuvent exceptionnellement être éliminés en entier en une
FiG. 510. — Syphilides gommeuses. — Nécrose du nez. (Musée Sainl-l.ouis, pièce 573.)
seule fois, et Langenbeck rapporte un cas de ce genre, dans lequel on observa même des phénomènes d'asphyxie.
La syphilis des os du nez se manifeste quelquefois par des exostoses et des hyperostoses qui peuvent déterminer des accidents divers. Quand la lésion siège sur la branche montante du maxillaire ou sur l'unguis, elle amènera un rétrécissement du canal nasal qui se traduira par du larmoiement, et par l'apparition d'une tumeur lacrymale. Lagneau fils a pu réunir 10 observations de dacryocystite chronique liée à la syphilis.
Les gommes des fosses nasales ont habituellement une marche chronique et ont une grande tendance à guérir sous l'influence du traitement; mais, dans certains cas, on les voit évoluer avec une rapidité extrême. En quelques semaines,