SYPHILIS DU NEZ ET DES FOSSES NASALES. CG
la muqueuse disparaît, les os sont détruils, et comme dans ces cas graves les lésions sont difluses el ne se limitent pas aux fosses nasales, on voit les cavités de la bouche, du nez, du pharynx, connnuniquer et former un vaste cloaque, comme chez une malade de Besnier (Musée Saint-Louis, cat. '259). C'est surtout dans ces cas qu'on voit les gommes amener l'ulcération de la peau, et déterminer des pertes de substance, plus ou moins considérables, qui viennent encore augmenter la diU'ormité.
A côté de ces manifestations ulcéreuses et gommeuses des fosses nasales, il nous faut parler d'une lésion un peu spéciale que John ]\Ioland Mackensie a signalée en 1880 dans le Journal of laryngologie.
Il s'agit d'un processus analogue à celui déjà mentionné par Whisller pour le larynx. On voit apparaître chez les vieux alcooliques, au niveau des cornets inférieurs, de petits polypes fibreux, de consistance dure et d'aspect jaunâtre, qui peuvent devenir le siège d'ulcérations. Au microscope, ces polypes sont formés d'un tissu fibreux mou ; on ne trouve trace ni des éléments glandulaires ni de l'épithélium. Les mêmes lésions peuvent s'observer sur les amygdales ou les piliers du voile du palais.
Ces lésions, qu'on pourrait comparer aux gommes, s'en distinguent par leur consistance plus ferme, et par l'inefficacité du traitement spécifique.
Syphilis héréditaire. — La syphilis héréditaire a une prédisposition marquée pour les fosses nasales, et peut se montrer à deux moments de la vie : tantôt au ■moment de la naissance, dans la première ou deuxième semaine, rarement après le deuxième mois, ou plus tard, pendant fadolescence.
Chez le jeune enfant, le coryza est souvent le premier signe de la syphilis héréditaire, et précède quelquefois l'éruption cutanée. Il serait, d'après Diday, l'indice d'apparition de plaques muqueuses dans les fosses nasales, tandis que Parrot regarde les ulcérations comme très rares. Les narines sont rouges et fendillées, et laissent écouler un liquide qui, d'abord séreux, ne tarde pas à devenir purulent. Il se forme dans l'intérieur des narines des croûtes qui les obstruent, de sorte cjue la respiration est gênée, surtout pendant le sommeil, et que, quelquefois même, l'allaitement est difficile. Ce coryza n'a aucune tendance à guérir seul et, s'il n'est pas soigné, les lésions, d'abord muqueuses, peuvent atteindre l'os ou bien, l'inflammation se propageant vers les parties supérieures, amène des symptômes méningitiques qui emportent le malade. Souvent, d'après Weber, l'apparition de la méningite serait précédée par l'arrêt subit de la sécrétion nasale.
Dans les cas de syphilis héréditaire tardive, c'est également le coryza qui est le premier symptôme de la syphilis nasale. Le malade est enchifrené, les narines sont le siège d'un écoulement muco-purulent, la respiration se fait par la bouche, qui reste ouverte pendant le sommeil. Les symptômes peuvent conserver pendant plusieurs semaines cette bénignité trompeuse, qui fait penser à un simple rhume de cerveau, sans importance; mais la maladie non soignée suit une marche progressive, et les os ne tardent pas à être atteints. L'écoulement devient d'une fétidité extrême, il est sanguinolent, et quand le médecin est enfin consulté, il constate des nécroses plus ou moins profondes. Il en résulte des troubles divers, suivant le siège et l'étendue des lésions. La perforation de la cloison, si elle est petite, la destruction partielle des cornets, n'entraînent généralement pas de déformation bien nette du nez, et ne sont reconnues que par l'examen direct des fosses nasales. La perforation palatine, au contraire, se
ZGÉRARD-MARCHANT.}
révélera toujours par des troubles de la déglutition et de la phonation qu'elle détermine; mais c'est la destruction des os qui, comme le vomcr et les os propres, constituent la charpente du nez, qui détermine les déformations les plus caractéristiques de la région, en amenant un ariaissement de l'organe (fig. oil). Nous avons assez insisté sur les caractères du nez syphilitique pour ne plus y revenir. Disons seulement que, en dehors des difCormités grossières, telles que le nez en lorgnette, Fournier rattache à la syphilis héréditaire des diiïbrmités plus minimes, qui consistent plutôt en une malformation légère, telle que le nez camard, dans lequel la base est simplement un peu élargie et déprimée.
Le diagnostic de la syphilis tertiaire du nez est d'une importance extrême, car un diagnostic précoce permet d'instituer à temps un traitement, grâce auquel on pourra prévenir la plupart des complications. Aussi, en présence d'un
coryza chronique persistant, doit-on toujours, même en l'absence de fétidité de l'écoulement, songer à la syphilis et examiner les fosses nasales.
L'aspect seul des ulcérations ne permet pas d'affirmer leur nature, et ce n'est qu'en tenant compte des signes concomitants et des antécédents qu'on fera le diagnostic.
Dans les cas de syphilis héréditaire, s'il s'agit d'un nouveau-né, on recherchera les syphilides cutanées ou muqueuses, surtout au niveau des fesses et de l'anus, où elles manquent rarement. S'il s'agit d'un sujet plus âgé, on examinera le voile du palais et les dents pour y rechercher les lésions décrites par Hutchinson. On s'informera avec le plus grand soin si, dans son enfance, le malade n'a pas été sujet à des maux d'yeux ou d'oreilles qui, avec les lésions dentaires, constituent la triade d'Hutchinson sur laquelle se fonde le diagnostic de syphilis héréditaire tardive. Enfin, dans les cas douteux, l'emploi du traitement spécifique sera d'un précieux secours.
Il y a du reste peu d'affections qui puissent être confondues avec la syphilis tertiaire des fosses nasales. Uoz-ène vrai s'en distingue facilement dans la plupart des cas, et le lupus seul, dans les cas très rares où il siège uniquement sur la muqueuse nasale, pourrait donner le change. Mais les lésions du lupus occupent surtout les parties antérieures de la région, tandis que les lésions syphilitiques peuvent se montrer partout; l'ulcération du lupus présente un caractère important : elle se cicatrise à une extrémité, tandis qu'elle s'étend par l'autre. L'existence du lupus en d'autres régions devra être recherchée avec le plus grand soin; enfin ici, comme pour toutes les lésions syphilitiques, on essayera le traitement spécifique qui seul quelquefois, dans les cas difficiles, permet de faire le diagnostic.
La syphilis nasale n'est pas reconnaissable uniquement pendant sa période d'activité. La déformation du nez qu'elle laisse à sa suite, dans les cas graves, est tellement caractéristique qu'elle ne saurait être confondue avec aucune autre, et qu'elle permet, à elle seule, de faire le diagnostic rétrospectif de syphilis. Le lupus détruit toute la partie inférieure du nez jusqu'au niveau des os propres,
Fig. ôU. — Variété de déformation nasale.