‹ Traité de chirurgie publié sous la direction de Simon Duplay [et] Paul ReclusChapitre 211 sur 260 · TUMEURS DU SINUS MAXILLAIRE · texte numérisé non relu

TUMEURS DU SINUS MAXILLAIRE

remplit la cavité du sinus et détermine des phénomènes de voisinage qui caractérisent la seconde période; c'est tout d'abord une sensation de gène, de pesanteur, persistante dans la région du sinus; des délbrmalions du côté de la joue, de l'œil, lobslruction des fosses nasales, la compression du canal lacrymo-nasal et le larnu^ienuMit ne lardent pas à se montrer; en inspectant la bouche, on conslale lébranlement ou la chute des dents répondant au bord alvéolaire du sinus (fig. 554).

Dans la troisième période, la tumeur, après avoir écarté ou refoulé ou détruit les parois de l'enceinte osseuse, envahit les cavités voisines et fait saillie en dehors du sinus.

La tumeur occasionne alors, suivant sa migration, soit une tuméfaction de la fosse canine, soit de l'exophtalmieou plutôt une propulsion de l'œil en avant avec compression du nerf optique, soit une obstruction des narines avec épistaxis, soit un abaissement ou une perforation de la voûte palatine. Les dents tombent et le fond de l'alvéole livre passage à la tumeur; à ce moment la tumeur peut s'étendre assez loin en arrière pour comprimer la trompe et altérer l'audition. Elle peut même perforer la base du crâne, comme on le voit sur cette pièce (fîg. 555), et déterminer une méningoencéphalite mortelle.

Arrivées à leur période ultime, les tumeurs du sinus, ulcérées, saignantes, donnent lieu à un écoulement sanieux, fétide, d'une odeur repoussante; les fonctions du nez et de la bouche sont entravées. Du côté de la joue les veines se dilatent et deviennent variqueuses; la commissure labiale est portée en haut et en dehors; une partie plus ou moins étendue de la face a perdu sa sensibilité et ses mouvements (destruction des fdets des nerfs sous-orbitaire et facial) ; enfin les téguments, rouges, luisants, finissent par s'ulcérer.

FiG. 331. — Déformation de la joue dans un cas de Uimeur du sinus maxillaire. (Duplay.)

Diagnostic. — Longtemps on a professé qu'il était impossible de reconnaître une tumeur du sinus maxillaire au début; aujourd'hui, grâce à Véclairage des cavités de la face, il sera permis, comme l'a d'ailleurs fait Ruault (') pour un ostéome (opéré ensuite par JMonod), de déceler à leur origine les productions néoplasiques de l'antre d'Highmore.

INIis en présence d'une tumeur de la région du sinus maxillaire, le clinicien a à résoudre trois questions : 1° la tumeur a-t-elle réellement son siège dans le sinus ; 5" est-elle liquide ou solide ; 2" dans ce dernier cas, quelle est sa nature.

Nous empruntons à Duplay la solution de ce problème clinique :

(') Ruault, Communication orale.

IGERARD-MARCHANTri

« 1° La tumeur a-l-elle réellement son siège dans le sinus? 2" esl-elle liquide ou solide? 5" dans ce dernier cas, quelle est sa nature?

a 1° Il existe dans la science des exemples de tumeurs du pharynx, des fosses nasales, etc., pénétrant dans l'antre d'Highmore, qui ont été prises pour des tumeurs du sinus (^). Réciproquement on a vu des fibromes pédicules du sinus s'avancer dans la cavité nasale et simuler un polype du nez ; de même encore, dans un cas de Warren, une tumeur de la paupière inférieure, en apparence indépendante, était un prolongement d'un fd^rome du sinus (■^).

« Pour éviter ces erreurs, on s'aidera des commémoratifs et surtout de l'exploration minutieuse à l'aide de la vue et du toucher, des cavités voisines du sinus : les fosses nasales, la bouche, le pharynx. En outre, la tumeur elle-même sera examinée avec soin au point de vue de sa mobilité, de son volume, de ses limites ; en un mot, on s'efforcera par des recherches attentives et répétées, de reconnaître exactement le point d'implantation.

« 2° Les tumeurs liquides du sinus, kystes ou abcès, seront, dans la majorité des cas, faciles à distinguer des tumeurs solides : il existe, pour les premières, un signe véritablement pathognomonique, c'est la fluctuation nette et franche, qu'on aura soin de ne pas confondre avec cette fausse fluctuation que donnent certaines tumeurs encéphaloïdes ramollies et recouvertes seulement d'une coque osseuse mince et dépressible. La fluctuation devra être recherchée en différents points de la tumeur, du côté de la joue, de la gencive, de la voûte palatine, car son existence bien constatée a plus d'une fois fait éviter de graves erreurs de diagnostic, ou des opérations inutiles au moment où le chirurgien, croyant avoir affaire à une tumeur solide, allait enlever le maxillaire supérieur. Mais la fluctuation n'existe pas toujours ; alors les antécédents, la marche de l'affection, la douleur du début, l'écoulement du pus par une ouverture accidentelle ou par l'orifice normal du sinus, enfin, en cas de doute, l'éclairage de la cavité du sinus, une ponction exploratrice, éclaireront le diagnostic.

« o" La distinction des tumeurs solides, entre elles, présente des difficultés plus sérieuses et ce n'est qu'en s'entourant de précautions de toutes sortes et en tenant compte de toutes les circonstances capables de le guider, que le chirurgien arrivera à reconnaître la nature du mal, sinon avec une certitude complète, au moins avec de grandes probabilités.

« Les caractères physiques de la tumeur présentent une importance capitale : la dureté de l'exostose ne permettra pas de la confondre avec les fibromes et les enchondromes, qui possèdent une élasticité propre, et encore moins avec le lipome, d'ailleurs extrêmement rare, si tant est même que l'on doive admettre un lipome du sinus lui-même. Quant aux sarcomes et au cancer, c'est surtout à la marche envahissante qu'on les distinguera d'autres tumeurs qui peuvent, à une certaine époque, leur ressembler et qui, dans leur développement même excessif, respectent davantage les parties avoisinantes

« L'âge du malade n'est pas non plus inutile à considérer; nous avons vu que les tumeurs cartilagineuses et osseuses sont des maladies spéciales aux jeunes gens. Enfin on ne négligera pas d'observer l'état général, qui ne tarde pas à

{*) Nous avons nous-même observé un kyste clentifère du sinus maxillaire; l'examen histologique pratiqué par Albarran révéla qu'il s'agissait d'un kyste à épithélium pavimenteux, qui s'était développé dans la cavité du sinus, en repoussant excentriquement ses parois et en poussant des prolongements nasaux (Soc. anat., 25 janvier 1889).

(*) GiRALDÈs, Maladies du sinus maxillaire, p. 45.

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