‹ Traité de chirurgie publié sous la direction de Simon Duplay [et] Paul ReclusChapitre 26 sur 260 · ANOMALIES DE COURBURE ET TROUBLES DE NUTRITION DE LA CORNÉE · texte numérisé non relu

ANOMALIES DE COURBURE ET TROUBLES DE NUTRITION DE LA CORNÉE

A. — STAPHYLOME PELLUCIDE CONIQUE

Le staphylome pellucide conique, encore appelé kéralocone, cornée conique, résulte d'une altération de la courbure de la cornée qui prend la forme d'un cône à sommet mousse tout en conservant, en général, sa transparence.

Étiologie. — Rare en France, plus fréquente en Angleterre et surtout à Makao (White Gooper), cette affection atteint surtout les sujets jeunes, de quinze à vingtcinq ans, de constitution affaiblie et principalement le sexe féminin. On l'a observée sur plusieurs membres d'une même famille.

La pathogénie de cette déformation est fort obscure. Elle résulte d'un défaut d'équilibre entre la résistance de la cornée et la pression intra-oculaire. Mais, en réalité, il n'y a pas, comme de Graefe le pensait, augmentation absolue de la pression ni phénomènes glaucomateux. La pression intra-oculaire est plutôt affaiblie.

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154 MALADIES DE LA flORNÉE.

La dérormalioli semble résuller (Tuiie atrophie cenlralo de la cornée. Mis et de Wecker ont en efï'et vu se ]îroduireune déformation analogue au kéralocone en lésant avec une aiguille à cataracte la face postérieure de la cornée vers son centre.

Symptômes. — La déformation se produit généralement sans phénomènes inflammatoires et sans douleur.

Au début, la forme conique est peu accusée, mais après un temps variable, ordinairement plusieurs années, la forme conique devient des plus évidentes. Elle est facile à constater si l'on regarde l'œil de profd. Lorsqu'on le regarde de face, le sommet du cône réfléchit fortement la lumière et présente un aspect étincelant.

Le sommet du cône répond presque toujours au centre de la cornée; exceptionnellement on l'a vu oc-

FiG. 65. — Kéralocone. i .■ i »' i t ' i u i u i

cuper une situation latérale. La cornée reste habituellement transparente. S'il existe une opacité elle est légère et siège au sommet du cône; pour la découvrir il est utile de faire usage de l'éclairage latéral. La chambre antérieure est plus profonde qu'à l'état normal. Les troubles fonctionnels sont très marqués dans le kératocone. Il y a d'abord une myopie résultant de l'allongement antéro-postérieur du globe de l'œil et de l'augmentation de réfraction que produit la forte courbure de la cornée. Cette myopie atteint un degré souvent excessif et les malades ne peuvent plus distinguer que les objets les plus rapprochés et presque au contact de leur œil. Il y a en même temps un astigmatisme irrégulier plus ou moins prononcé. Les malades cherchent à en atténuer les inconvénients en clignant fortement les paupières. On signale aussi parfois de la polyopie : les objets sont vus doubles, triples.

L'amblyopie résultant de la courbure anormale de la cornée et, sans doute aussi, d'altérations plus profondes atteint souvent un degré extrême; l'acuité visuelle peut tomber à I/oO et 1/50 de l'état normal.

Marche. — Le kératocone met ordinairement deux à trois ans pour arriver à son summum. On l'a vu cependant évoluer d'une manière beaucoup plus rapide. Il atteint parfois les deux yeux successivement et, une fois constitué, il ne rétrograde jamais. D'autre part, on ne voit pas la perforation de la cornée se produire.

Diagnostic. — Au début, le diagnostic est difficile. On peut confondre le kératocone avec une myopie simple. Pour reconnaître cette affection, il faut recourir à l'emploi du kératoscope de Placido qui met en évidence la déformation des images. Le miroir plan montre aussi le jeu des ombres qui caractérise l'astigmatisme irrégulier. Enfin, si l'on éclaire le fond de l'œil avec le miroir concave, on voit la papille déformée sur ses bords.

Pronostic. — Très grave autrefois, le pronostic du kératocone est devenu moins mauvais depuis qu'on a pu arrêter par certaines opérations la marche progressive de la déformation cornéenne. Cependant ces opérations ne laissent

LÉSIONS NON IXFI.AMMATOIIÎHS DE LA CDIîXLE.

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Traitement. — On a cherché à pallier les inconvénients du kéralocone par

remploi lie vei'res cylindriques, parabolicpies. ou coniques ou eiirore jiarrusaiie de lunettes sténopéiques (Donders).

KalL après Fick. a proposé d'appliquer sur la cornée une coque de verre taillée de manière à corriger le vice de réfraction et Sulzer a perfectionné ces cupules. Malheuinnisement ces coques ne peuvent être tolérées longtemps par l'œil. Bowmann a créé par l'iridési^ une pupille ayant la forme dune fente contractile. Tous ces moyens ne sont que des palliatifs insuffisants.

Partant de l'idée contestable, d'ailleurs, que le kératocone est dû h une augmentation de la pression intra-oculaire, on a conseillé l'iridectomie et la sclérotomie. De Wecker dit avoir depuis longtemps recours aux instillations d'ésérinc ou de pilocarpine et à l'adminislralion du sulfate de quinine.

Panas (Arcltives d'ophtalmologie. 1885. p. 548) a obtenu une guérison complète par l'emploi de la compre^don prolongée combinée avec les myotiques (collyres ou pommade contenant '2 pour lUU de nitrate de pilocarpine).

C'est surtout aux opérations destinées à modifier la courbure de la cornée que l'on s'est adressé dans ces dernières années. De Graefe pratiquait l'excision d'un lambeau au sommet du cône, et faisait suivre cette excision, qui n'ouvrait pas d'abord la chambre antérieure, de la formation d'une fistule permanente. Il appliquait ensuite le bandeau compressif,

Gayet a employé le galvano-cautère dans le même but. Depuis ces tentatives, on a surtout cherché à agir sur le cône pour provoquer une rétraction cicatricielle, mais en s'éloignant de son sommet (Galezo^vski). En etïet. dans le procédé de de Graefe. il reste une cicatrice opacjue qu'il faut ensuite tatouer et qui gène beaucoup la vision.

^TAPHYLOME PELLUCIDE GLOBUEEUX

Le stophyloitie globuleux, cornée globuleuse,' kératoglobe. résulte de la distension égale dans tous les sens de la cornée qui prend la forme d'une demi-sphère sans perdre sa transparence.

On a attribué la production du kératoglobe à l'augmentation de la pression intra-oculaire et on l'a décrit autrefois comme une hydrojjisie de la diambre antérieure. ^lais il faut évidemment que la résistance de la cornée soit modifiée en même temps, car. dans le glaucome où la pression intra-oculaire est souvent très élevée, c'est un aplatissement et non une distension de cette membrane que l'on observe. Dans certains cas, une kératite vasculaire généralisée a préparé le défaut de résistance de la cornée.

Le plus souvent, le kératoglobe accompagne la buphtalmie. affection congénitale, dans lacjuelle la sclérotique et les autres membranes de l'œil présentent une dilatation générale.

La cornée globuleuse reste presque toujours transparente. La chambre anté-

FiG. i5'3. — Stapliylonie globuleux.

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l'ieure paraît cl est réellement plus profonde, riiumeur aqueuse restant claire. L'iris a un aspect terne; il est élargi, quelquefois même tremblotant. La pupille un peu dilatée ne réagit plus sous rinlluence de la lumière. Lorscjue la dilalalion de la cornée atteint un haut degré, les paupières ne peuvent plus la recouvrir. On comprend combien est modifiée la physionomie des sujets lorsque rafl'eclion arrive à ce degré.

La vision est en général profondément troublée, quelquefois à peu près nulle, ce qui dépend évidemment de raltération des membranes profondes, et en particulier de la choroïde. On observe dans certains cas une excavation de la papille.

Le kératoglobe a une marche lente. Il cesse parfois de progresser, mais n(.' rétrocède pas. Dans d'autres cas, il progresse indélinimcnt, sans qu'on ait cependant observé la rupture de la cornée.

Le pronostic de cette déformation est grave, en raison surtout de l'affaiblissement rapide de la vision qu'elle entraîne.

Le traitement a peu d'action sur la marche du kératoglobe, et l'on n'a pas même la ressource du traitement palliatif, car l'emploi des verres concaves ou sténopéiques ne procure pas d'amélioration de la vision.

La sclérotomie, l'iridectomie, les ponctions répétées, le drainage de la chambre antérieure associés à l'emploi du bandeau compressif ne font que ralentir la marche de l'affection et sont quelquefois le point de départ de complications inflammatoires. Lorsque la déformation a atteint un degré considérable et que la vision est perdue, on a la ressource de faire l'excision totale du kératoglobe comme s'il s'agissait d'un staphylome opaque total de la cornée.

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