CA TARA C TE COXGÊNI TA LE
Morand, Recherches sur la cataracte congénitale. Thèse de Paris, 1858. — Ruck, Des cataractes congénitales. Thèse de Paris, 1867. — Denis (Paul), De la cataracte congénitale, Thèse de Paris, 1873. — Durand (Alphonse), Essai sur les cataractes lenticulaires spontanées de l'enfance. Thèse de Paris, 1874. — Dolard, La cataracte chez les jeunes sujets. Thèse de Lyon. 1889-1890.
Les opacités du cristallin développées pendant la vie intra-utérine ou constatées, du moins, peu de temps après la naissance, sont décrites sous le nom de cataractes congénitales. Elles ont été attribuées, soit à des arrêts de développement, soit- à des inflammations de l'appareil oculaire antérieures à la naissance.
La cataracte congénitale totale ou partielle représente 0,3 pour 100 du nombre total des cataractes dans la statistique de de Wecker.
L'hérédité a sur son développement une influence bien établie. Elle a été observée pendant plusieurs générations dans la famille royale d'Angleterre (White Cooper). Les Indes, la Russie et l'Irlande paraissent en fournir des cas plus nombreux que les autres pays. Le rachitisme et certaines altérations de l'émail dentaire signalées par Horner semblent aussi devoir figurer, avec les
afl'cctions cérébrales convulsives (Arlt, Ilorner), au nombre des causes de cette variété de cataracte.
La cataracte congénitale se présente sous la forme complète ou incomplète.
Cataractes complètes. — Elles sont molles ou liquides. Elles donnent à la totalité du champ pupillaire un aspect uniforme, blanc laiteux, comparé à celui de l'amidon cuit. Le cristallin est peu volumineux, à l'inverse de ce qu'on observe pour la cataracte liquide de l'adulte, et l'iris conserve sa mobilité. A la longue même, le contenu peut se résorber et il ne reste plus que la capsule doublée de masses graisseuses ou de dépôts crétacés {cataracte aride siliqiceuse) .
La cataracte nucléokdre, signalée par de Graefe, s'observe aussi à la naissance. Elle présente cette particularité que, malgré l'absence d'un noyau à cet âge, sa consistance est notable et va en augmentant de la périphérie au centre, ce qui la rapproche de la cataracte sénile.
Cataractes incomplètes. — Le type de ces cataractes est la cataracte zonulaire ou stratifiée.
Elle est caractérisée par l'existence d'une zone d'opacités périnucléaires, le noyau et les couches périphériques restant transparentes. La figure ci-jointe (fig. 87) montre les principales dispositions des opacités sur une coupe verticale antéro-postérieure du cristallin.
Cette disposition stratifiée appartient en propre à la cataracte congénitale.
De Wecker, cependant, a observé un
cas où elle serait apparue après la naissance. Arlt la rattachait aussi aux convulsions de l'enfance. Elle serait peut-être, d'après Terrier, une manifestation de la syphilis congénitale. Dans tous les cas, elle coïncide fréquemment avec des malformations rachitiques du squelette.
Si l'on dilate la pupille par l'atropine, on constate l'existence d'une opacité arrondie, discoïde, qui occupe les parties centrales sans atteindre la périphérie. Autour du disque opaque existe une zone transparente répondant à l'équateur du cristallin. La couleur de l'opacité est grisâtre et plus foncée à la périphérie Vers le centre, on retrouve les traces de la disposition en étoile des fibres du cristallin et souvent une petite plaque d'un blanc éclatant. De la périphérie du disque se détachent des dentelures irrégulières, et quelquefois de fins prolongements atteignant l'équateur du cristallin.
L'éclairage oblique permet de reconnaître que la face antérieure de l'opacité est convexe, et que derrière elle existe une autre zone opaque à concavité antérieure répondant aux couches périnucléaires postérieures.
L'ophtalmoscope montre le disque central d'un rouge brun, plus foncé vers les bords et entouré d'une zone annulaire transparente, qui permet d'apercevoir le fond de l'œil avec sa coloration ordinaire.
Fig. 87. — Cataractes zonulaires.
TRAITÉ DE ClURURGIE, 2^ édit. — IV.
[E. DELETfS-\
194 MALADIES DU CRISTALFJX.
La cataracte zonulaire s'accompagne souvent de myopie et de nystagmus. Elle atteint les deux yeux, le plus ordinairement, et reste stationnaire; mais elle peut se compléter dans la vieillesse.
La vision est meilleure dans une demi-obscurité qu'à une lumière vive, et s'améliore encore lorsqu'on dilate la pupille par l'atropine.
On a décrit d'autres formes de la cataracte congénitale : la cataracte jjonctiiée, dans laquelle de fines opacités sont groupées au voisinage du pôle postérieur cl du pôle antérieur formant parfois une étoile à trois branches ; la cataracte fusiforme (Knies) dont la disposition est figurée plus haut (B, fig. 87), combinée avec une double opacification zonulaire.
La cataracte ^njramidale est parfois observée à la naissance. Elle appartient à la classe des cataractes capsulaires et, à propos de ces dernières, nous indiquerons le mécanisme de sa formation.
Traitement. — Le traitement de la cataracte congénitale varie suivant la variété dont il s'agit; mais, d'une manière générale, la cataracte congénitale doit être opérée de bonne heure, à moins de complications graves du côté des membranes profondes.
La discïsion convient aux formes molles et, pour la cataracte liquide, on peut recourir à Vaspiralion.
La cataracte nucléolaire, d'ailleurs rare, doit être traitée par Vexlraction.
Lorsque l'opacité de la cataracte zonulaire est très circonscrite, une iridectomie ou la simple section du sphincter pupillaire suffisent pour permettre aux rayons lumineux d'arriver plus largement au fond de l'œil. Dans le cas d'opacité étendue, on aura recours à l'extraction. Horner a même conseillé d'extraire le cristallin dans sa capsule, ^lais cette opération, toujours périlleuse, ne peut être conseillée d'une manière générale.