ANOMALIES DE LA REFRACTION STATIQUE
saillie du globe de l'œil est hal^iluelle chez le myope. On remarque aussi une certaine tendance à la divergence des axes optiques, qui donne à la physionomie une expression particulière. Le clig-nemenL des paupières est fréquent ; il a pour but de diminuer les dimensions de la pupille et par suite la grandeur des cercles de ditïusion des images rétiniennes. La pupille est, en efTet, le plus souvent dilatée, chez le myope.
Les troubles fonctionnels sont généralement bien indiqués par le myope, qui se plaint de ne pas voir nettement les objets éloignés, et distingue parfaitement les objets rapprochés. Cependant les sujets jeunes sont parfois incapables de rendre compte du trouble qu'éprouve leur vision. Ils accusent seulement les phénomènes de Vasthénopie musculaire. Celle-ci est causée par l'insuffisance des muscles droits internes. Elle se révèle, après un travail quelque peu prolongé, par une sensation de tension du globe oculaire et par une douleur sus-orbitaire. En même temps les caractères se brouillent, les lignes et quelquefois les pages se dédoublent, et la lecture devient impossible.
L'acuité visuelle est bonne dans la myopie stationnaire ; elle est même quelquefois supérieure à la normale. Mais, dans la myopie progressive, elle baisse considérablement. A cet affaiblissement de l'acuité visuelle se joint la perception de mouches volantes et d'autres troubles sous la dépendance des lésions de la choroïde, de la rétine ou du corps vitré.
Diagnostic. — Le diagnostic exact de la myopie peut être établi par différentes méthodes qui se contrôlent réciproquement. Ces méthodes, dont nous avons déjà parlé à propos de l'examen de la réfraction (voy. Notions préliminaires, p. 29 et suiv.), sont : la méthode de Donders, l'examen à Vimage droite., l'emploi de Voptomètre et l'étude des ombres ou kératoscopie.
La méthode subjective de Donders est celle à laquelle on a toujours recours, en dernière analyse, puisqu'elle fait connaître, en même temps que la mesure de la myopie, le verre qui doit être prescrit pour la corriger.
Elle consiste, comme on sait, à essayer successivement les verres concaves en commençant par les plus faibles. Le verre le plus faible avec lequel le sujet arrive à lire à 5 mètres la dernière ligne de l'échelle de Snellen donne la mesure de sa myopie.
Les indications de l'optomètre sont plus rapides que celles données par la méthode de Donders: mais, quoique généralement concordantes, elles ne dispensent pas de recourir à cette' dernière.
Les méthodes objectives de détermination de la myopie par Tophtalmoscope (procédé de Vimage droite et étude des ombres) permettent de mesurer la myopie sans avoir à tenir compte des réponses du sujet. Elles sont surtout précieuses dans l'examen des enfants, des illettrés et des individus qui ont ({uelque intérêt à tromper le médecin.
La kératoscopie a pris depuis quelques années une grande place dans la pratique pour la détermination des amétropies, et elle mérite la préférence en raison de sa simplicité, de la rapidité de son exécution et de la netteté de ses résultats.
Nous rappelons que l'image renversée fournie par lophtalmoscope dans les myopies de 5 dioptries et au-dessus, est visible sans interposition de la loupe et qu'elle offre pour caractère essentiel de se déplacer en sens inverse des mouvements de l'observateur.
[E. DELENS.'\
Le diagnoslic de la myopie progressive est établi \)i\r les commémoralifs, j)nr la diminution de l'acuilé, et par les résultats de l'examen oplilalmoscopi(jue qui montre le staphylome postérieur à bords dentelés, se rapprochant de la macula, el les plaques d'atrophie clioroïdienne disséminées dans le voisinage de cette dernière région.
Parmi les causes d'erreur dans l'appréciation de la myopie, nous signalerons le spasme de l'accommodation qui en augmente le degré. Le spasme du muscle ciliaire s'accompagne généralement de myosis et s'observe surtout chez les jeunes sujets. Pour en neutraliser les elï'els, il faut avoir recours aux instillations du collyre à l'atropine.
Pronostic. — Le pronostic de la myopie stationnaire n'est pas grave. C'est une infirmité facile à corriger dans ses degrés faibles et moyens. Mais la myopie forte constitue une infirmité très gênante.
La myopie j^rogressive comporte un pronostic grave. Nous avons signalé le ramollissement du corps vitré, les corps flottants et le décollement de la rétine comme des complications fréquentes de cette forme de myopie. Elle aboutit souvent à la perte presque totale de la vision.
Avec les progrès de l'âge, la myopie simple se modifie, par suite de la réduction du pouvoir accommodateur. On dit généralement que la vue des myopes s'allonge. En réalité, pour eux, les inconvénients de la presbytie se font sentir plus tard que pour les yeux emmétropes, et dans les degrés élevés de myopie ils n'existent jamais. Un myope de 5 dioptries ayant son remotum à 20 centimètres, n'a pas besoin de faire intervenir son accommodation pourlireà cette distance. Il ne ressentira donc à aucune époque de sa vie les effets de la presbytie. Un myope de 2 dioptries dont le remotum est à 0™,50, devra au contraire faire usage de verres convexes pour pouvoir lire à la distance de 0"\oO, lorsqu'il ne possédera plus d'accommodation, c'est-à-dire quand il aura passé la soixantaine.
Traitement. — La prophylaxie de la myopie a préoccupé à juste titre les ophtalmologistes depuis un certain nombre d'années. C'est en améliorant les conditions d'éclairage et d'installation dans les écoles et en surveillant attentivement la position des écoliers pendant le travail qu'on peut espérer diminuer le nombre toujours croissant des myopies acquises.
La lumière doit arriver largement et autant que possible du côté gauche. Les tables sur lesquelles les écoliers écrivent doivent être inclinées d'environ 50 degrés. Les livres imprimés en caractères trop fins seront rejetés. Si l'on constate un accroissement rapide de la myopie, on fera interrompre les études, et, pour paralyser l'accommodation, on instillera le collyre à Tatropine.
La correction de la myopie se fait par l'usage des verres concaves déterminés par la méthode de Donders. Le principe qui guide dans la prescription du numéro du verre nécessaire est que, d'une manière générale, la myopie ne doit pas être corrigée en totalité. Si la myopie est inférieure à 3 dioptries, il est inutile de faire porter des verres concaves pour la vision de près, et, pour la vision de loin, on se contentera de prescrire un numéro inférieur à celui qui mesure la myopie.
Dans les myopies moyennes on corrigera la moitié ou les deux tiers de la myopie pour la vision à distance et l'on prescrira l'usage des lunettes pour le travail de près.