EMPHYSÈME DES P A EPIE RE S
L'emphysème des paupières est, dans la grande majorité des cas, le résultat d'une fracture, qui permet à l'air contenu dans les fosses nasales ou les sinus du voisinage de l'orbite de passer dans le tissu cellulaire sous-cutané. En même temps qu'une solution de continuité osseuse, il faut donc qu'il y ait aussi déchirure de la muqueuse. Dans certains cas, il suffit de la déchirure des parois
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du sac lacrymal. La dccliirurc du conduit laciyuial inréiieur par l'oxlrémilé delà sonde, dans la dilatation du canal nasal par la méthode de Bowmann, donne lieu quelquel'ois aussi à cet accident. On sait que certains individus peuvent l'aire refluer par les points lacrymaux la fumée de tabac. Chez eux, l'orifice inférieur du canal est disposé de manière à permettre ce reflux. Mais s'il existe en même temps une atrésie des conduits ou des points lacrymaux, on comprend que, dans l'action de se moucher, les parois distendues du sac lacrymal cèdent à la pression de l'air et que celui-ci passe dans le tissu cellulaire des paupières.
Les os dont la fracture expose le plus à l'emphysème palpébral sont les os propres du nez. La fracture des parois des cellules ethmoïdales, du sinus frontal et du sinus maxillaire peut aussi y donner lieu.
Le même accident se produit quelquefois chez les scrofuleux atteints d'affections nécrosiques des os.
Gosselin a cité [Compend. de chir., III, p. 137) un fait de développement tardif de l'emphysème, dix ans après une fracture des os du nez.
L'emphysème survient dans un effort, ou encore lorsque le malade se mouche. Il détermine un gonflement plus ou moins marqué de la peau des deux paupières dont la coloration n'est pas changée. Ce gonflement analogue pour l'apparence à celui de l'œdème en diffère par ce fait que la pression du doigt y détermine une crépitation gazeuse caractéristique sans laisser de dépression persistante. Si, en même temps, on exerce une percussion de la peau à l'aide d'une chiquenaude on constate de la sonorité. Ce moyen que recommande particulièrement Panas assure le diagnostic et ne permet pas de confondre la crépitation gazeuse avec la crépitation de l'épanchement sanguin qui l'accompagne quelquefois.
L'emphysème gêne les mouvements des paupières, mais n'entraîne pas d'autre trouble fonctionnel. Il s'accompagne parfois d'un peu d'exorbitis, par suite de la présence dans le tissu cellulaire de l'orbite d'une petite quantité de gaz.
C'est une affection sans gravité, par elle-même.
Elle guérit par la compression exercée sur la région avec un tampon d'ouate maintenu par un bandage. En même temps, le patient doit éviter de faire des efforts et de se moucher. Lorsque l'emphysème s'est produit dans le cours d'une affection chronique des parois des fosses nasales, la guérison est plus longue à obtenir, et le malade est exposé à des récidives.
Elles résultent, comme dans les autres régions, de l'action d'instruments piquants, tranchants ou contondants. Elles sont superficielles ou profondes, simples ou compliquées.
Plaies par instruments piquants. — Les instruments piquants de très faible diamètre, s'ils blessent les paupières sans atteindre le globe oculaire et sans se briser dans la plaie, ne déterminent qu'une solution de continuité insignifiante, qui guérit ordinairement sans laisser de trace. Les piqûres produites par le dard des insectes de nos pays (moustiques, abeilles, guêpes) s'accompagnent de tuméfaction souvent considérable et de démangeaisons vives, mais n'ont pas de gravité.
C'est un fail absolument exceptionnel de voir, comme dans un cas cité par Zeis, une morsure de sangsue produire une fistule conjonctivalc persistante de la paupière.
Il arrive parfois ([ue des corps d'un certain volume, lelsque fleurets, chevilles de bois, atteignent les paupières, les perforent, pénètrent dans l'orbite et s'y brisent même, sans laisser dans le tissu de la paupière autre chose qu'une très jietite déchirure assimilable à une simple piqûre. On connaît le fait de Nélaton dans lequel l'extrémilc d'un parapluie pénétrant dans l'orbite par la paupière inférieure, alla jusque dans le crâne déchirer la carotide interne dans le sinus caverneux.
Panas, en énucléant le globe oculaire chez un jeune homme, a retrouvé dans l'orbite un morceau de fil de fer de 5 centimètres dont le passage à travers la paupière n'avait laissé qu'une trace imperceptible.
Ces faits, tout exceptionnels qu'ils soient, doivent toujours être présents à l'esprit du chirurgien lorsqu'il se trouve en présence d'une plaie de la paupière.
Plaies par instruments tranchants. — Elles sont transversales ou plus ou moins perpendiculaires à la direction du bord libre.
Lorsqu'elles n'intéressent que la peau et le muscle orbiculaire, elles ne déterminent qu'un écartement modéré des bords et guérissent sans laisser de difformité notable.
Les plaies qui intéressent toute l'épaisseur de la paupière entraînent des consécjuences plus graves.
La section de l'aponévrose d'insertion du releveur est suivie d'un ptosis, auquel on devra chercher à remédier immédiatement par la suture comme l'a fait Green dans un cas [Transactions of the American Society, 1875).
Les plaies verticales ou obliques s'accompagnent d'un écartement plus ou moins marc|ué des bords, avec tendance aurecroquevillement et laissent, si elles ne sont pas réunies, un coloboma artificiel. Quelquefois même, la plaie oblique est assez étendue pour que la paupière forme un lambeau détaché et pendant sur la joue.
Plaies contuses. — Elles se distinguent des précédentes parleur irrégularité, par leurs bords dentelés et par la plus grande fréquence des complications inflammatoires. Les plaies par projectiles de guerre sont très souvent compliquées de la blessure du globe oculaire et de la présence de corps étrangers.
Complications. — Les complications primitives des plaies des paupières sont : J° Vhémorragie qui ne se rencontre guère que dans les plaies par instruments tranchants et est rarement abondante; 2" les lésions de l'appareil lacrymal.
Parmi ces dernières, la section ou la déchirure des conduits lacrymaux est la plus fréquente. Elle a beaucoup préoccupé les chirurgiens qui ont cherché à prévenir l'oblitération de ces conduits. L'expérience cependant a prouvé que l'oblitération d'un seul conduit lacrymal n'est pas forcément suivie d'épiphora.
Les lésions de la glande lacrymale portant sur sa portion palpébrale ne paraissent pas non plus avoir de gravité particulière.
Nous avons signalé plus haut la section du tendon du releveur comme s'accompagnant de ptosis immédiat. Celle du tendon de l'orbiculaire a des effets moins fâcheux au premier moment, mais est susceptible d'entraver ultérieurement les fonctions du sac lacrymal.
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Les complications consécutives sont le phlegmon, Vérysipèle, la gangrène.
Le phlegmon et l'érysipèle sont dangereux surtout lorsqu'ils s'accompagnent de suppuration du côté de la cavité orbitaire. Consécutivement à la thrombose des veines ophtalmiques, non seulement la propagation aux sinus cérébraux est à craindre, mais il se produit quelquelbis une névrite par compression du nerf optique et une atrophie terminale.
La gangrène s'observe surtout dans les plaies contuses; elle entraîne parfois la destruction de l'une ou de l'autre paupière et ne laisse de ressource que dans une autoplastie. Il ne faut pas cependant se hâter de recourir à celle-ci, car on cite quelques faits qui prouvent que la paupière restante peut arriver à remplacer l'autre pour la protection du globe oculaire. Mackenzie a vu la paupière supérieure s'allonger au point de suppléer l'inférieure détruite.
Comme suites éloignées des plaies des paupières nous signalerons le coloboma, les fistules persistantes, le symblépliaron, Ventropion, le trichiasis et Vectropion.
Ces difformités, qu'il faut toujours tâcher de prévenir par un affrontement exact des parties divisées et par une surveillance attentive de la cicatrisation, sont généralement curables au moyen des opérations que nous étudierons plus loin.
On n'observe pas après la cicatrisation des plaies des paupières ces névralgies réflexes et ces amauroses dont il a été question à propos des plaies des sourcils.
Traitement. — Un lavage minutieux de la région avec une solution antiseptique, telle que la solution d'acide borique, de sublimé ou de cyanure de mercure doit toujours être pratiqué ; il permet de s'assurer si la plaie n'est pas compliquée de la présence d'un corps étranger et assure le succès de la suture. Pour les plaies transversales peu étendues et n'intéressant que la peau, l'affrontement des bords se produit souvent spontanément et la suture n'est pas nécessaire. Des bandelettes étroites de taffetas d'Angleterre régulièrement imbriquées suffisent dans ces cas.
Pour les autres plaies par instrument tranchant, qui intéressent toute l'épaisseur de la paupière, la suture est indispensable. Elle doit être faite avec des fils de soie aseptique, de préférence gux fils d'argent. Dans le cas où les conduits lacrymaux ont été sectionnés, on cherchera à obtenir l'affrontement aussi exact que possible. Mais faut-il essayer d'en rétablir la continuité à l'aide d'une soie de sanglier, ainsi qu'on le conseillait autrefois, ou d'une fine sonde de Bowmann, comme on l'a fait depuis? Si l'introduction de cette sonde est facile, nous pensons qu'il faut la tenter. Dans un cas de ce genre, nous avons placé un fil de catgut en guise de sonde, sans obtenir toutefois le rétablissement définitif du conduit.
Dans les plaies contuses, la suture devra être encore soigneusement appliquée pour réunir les bords de la plaie et, malgré l'irrégularité de celle-ci, on s'abstiendra d'exciser aucune partie, à moins que le sphacèle n'existe déjà, auquel cas on régularise et on avive en sacrifiant la plus petite quantité possible du tissu palpébral. On a conseillé, si les points de suture exercent une traction un peu forte, de pratiquer des débridements à distance pour faciliter la réunion. Ces incisions ne doivent comprendre que l'épaisseur de la peau.
Les points de suture coupent* assez rapidement le tissu très mince des paupières. La section est souvent effectuée au bout de quarante-huit heures. Mais,
par crainte d'une désunion totale, il est préférable de les laisser plus long-temps en place, alors même ({ue la section des bords est en partie efl'ectuée.
Dans le cours de la cicatrisation des plaies contuses des paupières, la greffe dermique ou épidermique trouve souvent son emploi et remédie à l'inconvénient des rétractions cicatricielles ultérieures.
Un bandeau légèrement compressif est toujours utile pour assurer la fixité du pansement et Timmobililé des paupières.
4» BRULURES DES PAUPIÈRES
Les brûlures de la face en général, et celle des paupières en particulier, sont assez fréquentes. Elles résultent du contact avec des corps en ignition, de l'action de liquides caustiques ou bouillants ou de la déflagration de la poudre.
Les enfants et les épileptiques, en tombant dans le feu, se font généralement des brûlures profondes et étendues à d'autres régions de la face.
Les ouvriers des fabriques de produits chimiques sont particulièrement exposés aux brûlures par les caustiques alcalins ou acides. Enfin, il est fréquent d'observer des brûlures par l'acide sulfurique ou l'acide nitrique projeté à la figure dans un but de vengeance.
Presque toujours, dans ces diverses circonstances, la conjonctive et l'œil luimême sont plus ou moins atteints par la brûlure. Il est plus fréquent de voir la déflagration de la poudre n'atteindre que les paupières seules. Mackenzie, dans ces brûlures, signale des effets différents, suivant que la déflagration de la poudre a eu lieu à l'air libre ou par explosion dans un espace limité. Dans le premier cas, la flamme produite par la déflagration brûle les cils et les sourcils, mais n'atteint pas profondément la peau ; en outre, les grains de poudre projetés avec peu de force ne s'incrustent guère dan« le derme. Dans le second cas. la force de projection des grains de poudre est beaucoup plus grande et ils pénètrent plus profondément dans la peau.
Tous les degrés de la brûlure, depuis la simple rubéfaction jusqu'à la destruction complète, s'observent aux paupières.
La brûlure au premier degré est caractérisée par la rougeur, la douleur et un certain degré de tuméfaction, mais elle guérit en quelques jours sans laisser de traces et n'exige que des applications réfrigérantes sur les paupières ou des onctions avec la vaseline.
Au deuxième degré, la rougeur du premier moment est suivie d'une réaction vive et de la formation de phlyctènes qui devront être percées pour en évacuer le liquide, mais ne laisseront pas de traces permanentes et n'entraîneront pas de difformité.
Si des grains de poudre sont incrustés dans la peau des paupières, ils devront être soigneusement extraits à l'aide d'une aiguille à cataracte, car, après guérison, ils formeraient autant de taches noires indélébiles.
Bien différentes sont les conséquences des brûlures au troisième degré. Sans parler des cas où la paupière est complètement détruite dès les premiers instants, la formation et l'élimination des escarres, même lorsqu'elles ne comprennent que la peau et s'arrêtent au tissu cellulaire sous-cutané, déterminent toujours une cicatrice rétractile.
TRAITÉ DE CHIRURGIE, 2* édil. — IV. 24
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De là la production de brides et de toutes les difformités qu'on étudie sous le nom (.Vectropirm, (ïentropion, (.Vankyloblépharon et de symblépJiaron.
Pendant la durée de la suppuration, les pansements doivent être faits avec le plus grand soin. On cherchera, en interposant entre les paupières et le globe de l'œil des bandelettes de protection, à prévenir les adhérences au moment de la formation des bourgeons charnus, en pratiquant des greffes cutanées ou épidermiques pour hâter la cicatrisation et surtout prévenir la rétraction, cause si fréquente d'ectropions étendus.
Pour s'opposer au renversement des paupières, aucun moyen ne vaut la suture temporaire du bord libre de celles-ci, ou blépharorraphie, imaginée par Mirault (d'Angers). Il y a malheureusement des cas où elle n'est pas possible, du moins dans les premiers temps, alors que la fonte du globe oculaire atteint par la brûlure a créé, en arrière des paupières, un foyer de suppuration abondante.
1° Dermatoses des paupières
La plupart des dermatoses peuvent s'observer aux paupières, mais le plus souvent elles s'y développent secondairement par extension du mal des parties voisines et leur existence à la face cutanée des paupières n'entraîne pas d'accidents spéciaux pour l'appareil de la vision.
Beaucoup sont d'origine parasitaire (voy. A.-J. Cuenod, Baclériologie et parasitoîogie cliniques des paupières. Thèse de Paris, 1895-1894).
Il suffît de rappeler que Vérythème, Yeczéma, le pityriasis, le psoriasis, Yherpjè.s simple, Vurticairc, le pemphigiis se montrent aux paupières en même temps que sur les autres points de la face. Chez les jeunes enfants, la fréquence de l'eczéma impétigineuxest très grande et l'ensemble des lésions qui le constitue est facilement reconnaissable au mélange de suppuration et de croûtes brunâtres au pourtour des paupières, aussi bien qu'à la coexistence de lésions semblables à l'orifice des narines, aux commissures des lèvres, au pavillon de Toreille et au cuir chevelu. Il ne faut pas négliger de traiter l'eczéma impétigineux de la face par l'emploi des pommades au goudron, à l'oxyde de zinc, après avoir détaché les croûtes par des applications de cataplasmes de fécule. La guérison de l'affection cutanée est presque toujours suivie dune rapide amélioration des lésions de la conjonctive et de la cornée qui accompagnent le plus souvent les gourmes de la face.
Mais, outre ces lésions cutanées en quelque sorte vulgaires qu'on observe aux paupières en même temps qu'en d'autres points des téguments, on y voit se développer aussi quelques affections cutanées spéciales. De ce nombre sont : Véphydrose, la chrornhydrose, la séborrhée, l'acné miliaire, le xanthélasma, Vélép)hantiasis, la lèpre.
ÈPHYDROSE
Uéphydrose ou sueur localisée aux paupières, est une affection très rare
observée seulement quatre fois par de Gracie. Elle est caractérisée par l'hypersécrétion des glandes sudoripares et apparaît sous la forme de fines gouttelettes transparentes à rorilice de ces glandes. Le plus souvent, la sécrétion s'étale à la surface delà peau des paupières et y forme une couche visqueuse <[ui se mélange aux poussières et aux produits de desquamation. Les paupières prennent alors un aspect sale. Cette sécrétion anormale s'altérant au contact de l'air ne tarde pas à irriter la peau et la conjonctive oculaire et à déterminei- une véritable conjonctivite.
L'éphydrose doit. être rapprochée des cas plus fréquents où l'on observe des sueurs localisées aux pieds, aux mains, à une partie de la face, mais l'éliologie de l'éphydrose n'est pas mieux connue que celle de ces dernières affections.
Le traitement de l'éphydrose consiste, d'après de Wecker, dans l'emploi de l'huile de cade pure ou mélangée d'esprit-de-vin, et dans celui des pommades usitées contre les blépharites. Il y ajoute l'hydrothérapie.
CHROMHYDROfiE
Cette affection, très rare également, consiste dans l'apparition à la surface des paupières d'une sécrétion colorée en noir ou en brun. W. A. Foot n'a pu réunir que 46 observations de cette maladie, dont 6 chez l'homme et 40 chez la femme. Elle s'observe presque toujours chez des femmes dysménorrhéiques ou hystériques, et, dans plus d'un cas, la simulation a été soupçonnée ou reconnue. Il paraît cependant établi que les sécrétions des glandes sébacées ou sudoripares peuvent, dans des conditions encoreindéterminées, être mélangées d'une matière noire à laquelle les recherches de Ch. Robin et de Gubler ont assigné des caractères différents de ceux des pigments ordinaires et aussi des poussières minérales ou végétales auxquelles on a voulu l'assimiler. Cette matière se présente sous la forme de plaques à contours irréguliers. Ordonez, qui l'a étudiée, a trouvé qu'elle offrait des analogies avec la matière colorante de la mélanose.
Le Roy de Méricourt {Annales cfocidist., t. L, p. 110) a fait une étude intéressante de cette affection. Plus récemment, W. A. Foot, dans un travail communiqué à la Société royale de médecine cV Irlande (janvier 1887), a attribué la formation du pigment à l'oxydation de l'indican éliminé par les glandes de la peau. Il se pourrait, d'après lui, que la transformation se produisît par l'action <run micro-organisme spécial; on sait, en effet, que le bacteriwn cyaiiogenes ei le bacteriwn prodigiosum donnent lieu en se développant à certaines colorations.
Les paupières, surtout la paupière inférieure, présentent une coloration bleu foncé, plus marquée au niveau des plis. Si l'on frictionne avec un corps gras la peau des paupières, la coloration s'enlève en tachant le linge, mais elle se reproduit au bout d'un certain temps. Il n'y a pas d'autre altération de la peau, à part peut-être une légère dilatation des veines.
Cette affection n'entraîne d'autre inconvénient que l'aspect bizarre résultant de la coloration des paupières. On a noté cependant la fréquence de la constipation et l'aversion des patients pour toute nourriture animale.
Avant de diagnostiquer la chromhydrose, il faut s'être assuré par tous les moyens possibles qu'il n'y a pas de supercherie de la part des malades. Le meilleur moyen consiste incontestablement à attendre que la matière colorante enlevée par une première friction se reproduise sous les yeux mêmes du chirurgien.
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572 MALADIES DKS PAUPIÈRES.
La durée de la chromliydrose est généralement longne et aucun Iraitemenl n'a paru, jusqu'ici, capable d'en abréger la durée.
SÉBORRHÉE
L'hypersécrétion des glandes sébacées des paupières a reçu le nom de séborrhée; elle est d'ailleurs rarement limitée aux seules paupières.
On distingue la séborrhée fluide, dans laquelle le produit de sécrétion forme un vernis gras et brillant à la surface de la peau, et la séborrhée sèche, dans laquelle la desquamation épidermique, mêlée à la sécrétion fluide, se concrète en minces écailles analogues à celles du pityriasis.
Les poussières de l'atmosphère, en se mélangeant à la matière sébacée, s'accumulent dans les replis des paupières et y deviennent une source d'irritation. Cette irritation, dans la forme sèche, porte surtout sur les parties quiavoisinent le bord libre des paupières et y prend les apparences de la blépharite ciliaire. Les cils eux-mêmes s'altèrent à la longue et tombent.
On a dit que la séborrhée se développe particulièrement chez les femmes dysménorrhéiques et chez celles qui sont atteintes de troubles du côté des organes sexuels. Cette étiologie n'est pas démontrée, mais il est certain que la séborrhée des paupières se rattache à une altération de la santé générale. Les Israélites et les Orientaux paraissent y être plus particulièrement sujets.
Le traitement consiste d'abord à débarrasser les paupières de leur enduit par des lotions savonneuses chaudes. On cherche ensuite à modifier la sécrétion en faisant des applications quotidiennes d'un liquide alcoolique tel que l'eau de Cologne, dans la forme humide, et de glycérine dans la forme sèche. 11 faut avoir soin pendant ces applications d'éviter, par l'occlusion des paupières, que le topique se trouve en contact avec la conjonctive.
ACXË. — MILLET
La peau des paupières est parfois le siège dune éruption d'acné qui ne diffère pas de celle qu'on observe en d'autres points du visage et qui évolue de la même façon. On voit aussi se développer dans les glandes sébacées qui sont annexées aux poils très fins des paupières, de petites tumeurs arrondies d'un blanc jaunâtre, ressemblant à des grains de millet et résultant de l'accumulation des produits de sécrétion dans les culs-de-sac de ces glandes. Ces petites masses sont parfois assez nombreuses pour donner à la peau des paupières une apparence désagréable et, comme elles persistent indéfiniment, les malades demandent à en être débarrassés.
Il suffit pour les détruire de les percer avec la pointe d'une épingle ou d'une aiguille à cataracte et d'en extraire le contenu. Cette petite opération demande à être renouvelée pour chaque tumeur et exige généralement un certain nombre de séances. Nous nous servons, dans les cas où elles sont assez peu nombreuses, de la pointe fine d'un galvano-cautère.
Le moUiiscum sébacé s'observe encore aux paupières et là, comme en d'autres points du corps, on lui a reconnu* des caractères contagieux niés cependant par Hébra. La glande sébacée qui est le siège de cette altération s'hypertrophie, fait
saillie à la sui-raee de la peaii et leiul à se pédiculiser. Elle Ibrme alors une petite tumeur polypeuse d'aspect corné au sonunel d(^ hupielle on voit Toiùfice du l'ollicule dilaté.
Lorsque ces petites tumeurs sont nettement pédiculées, il est très facile de les exciser d'un coup de ciseaux. Dans le cas contraire, on peut se contenter de les écraser entre les mors d'une pince pour en exprimer le contenu.
XAXTHÈLASMA
Larraidy (E.), ÉIulIc <ur le xaiithclasma. Thèse de Paris, 1877. — Gendre (Ferdinand). Du xanlhélasma. Thèse de Paris. 1880. — Duroselle (P.), Étude sur le xanthélasma. Thèse de Paris, 1884-1885.
Sous ce nom on désigne aujourd'hui une altération des paupières, caractérisée par la formation de taches jaunes irrégulières dans le tissu cellulaire sous-cutané
FiG. 168. — Coupe d'une plaque de xanthélasma de la paupière. (D'après Poncet.)
I. épithélium des gaines d'un poil. — II, gaine connective saine. — III, poil. — IV. nodule de xanthélasma. — V, couche cornée de l'èpithélium. — VI. épithélium profond pigmenté. — VII. zone sous-épithéliale avec petits vaisseaux et taches de pigment noir (hématique). — VIII, vaisseau profond autour duquel se voit, IX. le dépôt de cellules xanthélasmiques. — X. faisceaux concentriques de tissu connectif.
qu'elles arrivent à envahir quelquefois presque complètement et auquel elles donnent un aspect étrange.
Le xanthélasma s'observe surtout chez les femmes d'âge moyen et. dans près de la moitié des cas. il paraît se relier à une atïection hépatique et à un ictère antécédent. Ouinquaud a signalé la plus grande proportion de graisse et de cholestérine et la diminution de l'hémoglobine dans le sang des sujets atteints de cette affection.
Les taches se montrent, au début, au-dessus du ligament palpébral interne: elles ont une coloration ocreuse ou jaune citron, et une forme ovalaire à contours irréguliers. Elles ne forment qu'un relief à peine appréciable. De nouveaux groupes de taches appai^aissent successivement et dessinent un demi-cercle à la paupière supérieure d'abord et ensuite à la paupière inférieure sans cependant arriver à se joindre au niveau du ligament palpébral externe. L'atïection existe très souvent des deux côtés.
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Lanalomie pathologique du xanthélasma est encore peu connue. Waldeyer l'a trouve constitué par une liyperplasie du tissu conjonctif avec dégénérescence des cellules autour des bulbes pileux, des glandes, des vaisseaux et des nerfs. Poncet (de Cluny) admet que la gaine des vaisseaux est le siège principal des altérations; il signale la présence d'une matière graisseuse spéciale et de cellules géantes à noyaux et nucléoles multiples. D'autre part Geber et Simon ont décrit une hypertrophie des glandes sébacées en partie distendues par de volumineuses cellules épithéliales. Ces altérations n'ont pas été rencontrées par Waldeyer et Poncet, d'où il faut conclure qu'il existe plusieurs variétés de xanthélasma.
Chambard {Bulletins de la Soc. anat., 1878) a trouvé, en même temps que les
FiG. 169. — Éléments isolés et nodules de xanthélasma. Grossissement de 400. (D'après Poncet.)
I, élément jaune vert, avec granulations en groupes et trois gros nojaux, dont un en voie de division. II, III, IV^, V, différentes périodes d'altération. — \'I, nodule xanlhélasmique.
lésions des vaisseaux, des altérations nerveuses qui rendent compte des troubles de la sensibilité au niveau des plaques de xanthélasma.
De Wecker donne le nom de xanthélasma planiim à la première, et celui de xanthélasma tuberosnm à la seconde, dans laquelle les glandes sébacées sont altérées. Mais cette distinction n'est pas admise par tous les observateurs.
L'envahissement des paupières par cette affection ne détermine pas habituellement de troubles fonctionnels et s'arrête de lui-même au bout d'un certain temps pour persister ensuite indéfiniment.
Aucun traitement n'a réussi à faire rétrocéder les plaques une fois qu'elles sont développées. Dans le cas seulement où elles constituent des saillies limitées, on est autorisé à céder aux sollicitations des malades et à en pratiquer l'excision. La réunion primitive de la peau très mince qui les recouvre doit être assurée autant que possible pour prévenir les difformités ultérieures.