‹ Traité de chirurgie publié sous la direction de Simon Duplay [et] Paul ReclusChapitre 83 sur 260 · SYMBLÉPHARON · texte numérisé non relu

SYMBLÉPHARON

Vautrin, De l'adtiérence anormale des paupières entre elles et avec le globe de l'œil. Thèse de F*aris, 1856. — Clech, Étude sur le symblépharon et les divers moyens d'y remédier. Thèse de Paris, 1874.

Le symblépharon, constitué par des adhérences anormales entre les paupières et le globe de l'œil, est presque toujours cicatriciel, c'est-à-dire acquis. Nous avons vu que l'existence du symblépharon congénital est contestée.

Les adhérences entre la conjonctive palpébrale et la conjonctive oculaire ou la cornée résultent de plaies dont la cicatrisation a été mal surveillée, ou de brûlures par les liquides bouillants, les métaux en fusion et les caustiques accidentellement projetés. Dans d'autres cas, elles sont le résultat de cicatrices succédant à des inflammations ulcéreuses. C'est ainsi qu'on les voit produites par l'ophtalmie purulente, la conjonctivite granuleuse. Elles s'accompagnent souvent d'ectropion, et dans quelques cas elles immobilisent l'œil dans une position anormale, d'où un strabisme fixe, cicatriciel.

Les adhérences sont tantôt partielles et forment de simples brides ou ponis jetés entre la face interne des paupières et la conjonctive bulbaire, tantôt totales, envahissant et supprimant les culs-de-sac conjonctivaux et s'avançant sur la cornée qu'elles recouvrent en partie sous forme d'un ptérygion cicatriel.

Dans le cas de symblépharon total, on comprend que les troubles fonctionnels soient très accusés, car non seulement la cornée est souvent comprise en partie dans la cicatrice, mais les points- et conduits lacrymaux se trouvent presque toujours déviés sinon détruits. Il en résulte un obstacle à l'écoulement naturel

DIFFORMITÉS ACQUISES DES PAUPIÈRES

(les larmes, cPoù épipliora. Si la plus giande partie de la conjonelivc a été (léli'uile, il se produil au eonlrairc du xérosis.

D'après l'apparence extérieure des adhérences, on a déciil un symblépharou sairoûialeux et un symblépharon membraneux ou fdjreux. A la longue, les adhérences lendenl à prendre cette dernière Ibrme et à s'organiser en cicatrices minces et rélracliles.

Le IraiU'inciU du symblépharon varie suivant qu'il est paitiel ou total et plus ou moins compliqué. Loi'Siju'il n'existe qu'une simple bride allant de la face interne de la paupière au globe de l'œil, il suffit de la sectionner et d'écarter lré(|uemment la paupière, dans les jours qui suivent, pour assurer la cicatrisation isolée des deux extrémités. Si la bride est épaisse, cependant, on fera bien de la réséquer et d'assurer par la suture la cicatrisation des lèvres de la conjonctive bulbaire.

Lorsque l'adhérence comprend le cul-de-sac conjonctival, il faut avoir recours à d'autres procédés, et les opérations les mieux combinées ne donnent pas toujours le résultat attendu.

Fabrice de Ililden avait eu l'idée, lorsqu'il existe une bride comprenant le cul-de-sac conjonctival, de traverser la base par un fil et de faire la section après rétablissement d'un trajet permanent autour du fil.

Himly s'est servi d'un fil de plomb laissé à demeure pendant un mois.

La section est faite ensuite d'un seul coup avec des ciseaux, ou progressivement par torsion du fil. Ce procédé toutefois ne paraît pas avoir donné de résultats aussi satisfaisants qu'on pourrait le croire.

Von Ammon a proposé, dans le cas d'adhérences de la partie moyenne d'une

des paupières, de faire à droite et à gauche de ces adhérences une incision verticale comprenant toute l'épaisseur de la paupière et divisant celle-ci en trois portions. Les deux portions latérales sont réunies l'une à l'autre par une suture entortillée par-dessus la portion médiane. Lorsque la réunion est obtenue, on dissèque cette portion médiane et adhérente et on l'excise.

Arlt a décrit et pratiqué deux procédés pour la cure du symblépharon. Le deuxième est très analogue à celui qu'avait imaginé Laugier {Comptes rendus de VAcad. des sciences, 1855). Un fil armé de deux aiguilles est passé à travers le sommet du symblépharon. Celui-ci est disséqué de son sommet vers sa base en rasant exactement le tissu de la cornée et de la sclérotique jusqu'au cul-de-sac conjonctival. Les deux aiguilles armées de fil sont alors passées de ce cul-de-sac vers la peau de la paupière où les

Fui. 200.

- Opération du symblépharon.

(Procédé d'Himly.)

FiG. 201. — Opération du symblépharon. (Procédé de Arlt.)

[E. DELENS.}

extrémités du fil sont nouées sur un corps étranger. De cette manière, le sommet de la Lridc cicatricielle se trouve fixé dans le cul-de-sac conjonctival et sa face antérieure devient postérieure et regarde le l)iill)e de l'œil. Les bords de la plaie conjonctivale sont, autant que possible, réunis par un ou deux points de fines sutures.

Ce procédé, d'une exécution assez simple, donne un bon résultat immédiat, mais dans les deux cas où nous l'avons appliqué, nous avons vu, à la longue, les adhérences se reproduire. Il n'est pas, d'ailleurs, applicable aux symblépharons

un peu étendus.

Tavlor {Med. Times and Gaz., 1876) a proposé de tailler dans la peau de la paupière un petit lambeau à base interne que Ton engage dans le cul-de-sac de la conjonctive à travers une incision verticale. Ce lambeau est appliqué par sa face saio-nante sur la perte de substance laissée à la face interne de la paupière par la dissection et l'excision du symblépharon ; sa face épidermique répond à la conjoncUvite bulbaire et ne tarde pas à prendre tous les caractères d"une

muqueuse.

Lorsque les adhérences ont des dimensions un peu considérables, il faut recourir soit aux procédés décrits par Teale {London ophthalm. Hosp. Reports, t. III, p. 955) et par Knapp {Arch. f. Ophthalm., t. IV, p. 270), qui sont de véritables autoplasties conjonctivales, soit aux procédés de greffe muqueuse essayés dans ces dernières années.

Le procédé de Teale s'applique particulièrement aux cas d'adhérences comprenant le bord libre de la paupière inférieure et empiétant sur la cornée. Une incision est pratiquée au niveau du bord inférieur de la cornée sectionnant transversalement le triangle cicatriciel, dont le sommet s'atrophiera plus tard

FiG. 202.

FiG. 205.

Fia. 20i.

FiG. 202. — Symblépharon cicatriciel empiétant sur la cornée.

FiG. 203. — Opération. (Procédé de Teale.) — Dissection des lambeaux.

FiG. 20i. — Suture des lambeaux de la conjonctive.

une fois privé de ses connexions. La base du triangle et toutes les parties adhérentes sont disséquées au niveau du bulbe et réséquées jusqu'au cul-de-sac, laissant ainsi une surface plus ou moins régulièrement quadrangulaire qui met à nu le tissu sclérotical. C'est cette perte de substance que Teale comble par deux lambeaux empruntés aux parties internes et externes de la conjonctive. Les figures ci-dessus (fig. 203 et 204) montrent le tracé des lambeaux et la manière dont ils sont suturés l'un à l'autre. Le lambeau externe s'applique au bord inférieur de la cornée, le lambeau interne se place parallèlement au-dessous de lui et arrive par son bord inférieur au niveau du cul-de-sac conjonclival à reconstituer. Les pertes de substance laissées par la dissection des deux lambeaux sont comblées en rapprochant par la suture les bords de la section conjonctivale, ce que permet habituellement la laxilé du tissu cellulaire sous-

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