CORPS ÉTRANGERS, CALCULS, CONCRÉTIONS
Les conduits lacrymaux, l'inférieur surtout, sont parfois obstrués par des corps étrangers venus du dehors, tels que des cils, des barbes de plume ou d'épis de blé, de petits fragments métalliques. Ces corps étrangers déterminent des phénomènes d'inflammation, de la tuméfaction et une sécrétion muco-purulente qu'on fait refluer par le point lacrymal.
Les calculs ou dacryolithes formés dans le conduit lacrymal inférieur peuvent y acquérir exceptionnellement le volume d'un petit pois. Peu consistants, en général, ils se laissent écraser assez facilement. Ils sont blanchâtres ou gris jaunâtre. Un de ces calculs, analysés par Wurzer, renfermait :
Eau. 3
Phosphate de chaux 47
Carbonate de chaux 8
— de magnésie 1
Chlorure de sodium 6
Graisse 12
Mucus 20
Cette composition est assez différente de celle qu'avait trouvée Bouchardat dans l'analyse citée précédemment (voy. p. 428).
Les calculs bien étudiés par Desmarres, mais observés bien avant lui, révèlent leur présence par le larmoiement, la tuméfaction du canalicule, la rougeur du point lacrymal qui, plus ou moins dilaté, laisse suinter du pus. Un stylet
[B. DELENS.}
inlroduil par l'orifice permet de sentir le calcul, mais la sensation perçue est rarement celle que donnerait une véritable pierre.
Des concrétions d'un autre genre et d'origine végétale ont été rencontrées dans les conduits lacrymaux. De Graefe en observa un cas {Arcliiv fur Ophthalmologie, I, p. 284) chez une jeune femme et reconnut que la masse était formée par des champignons fdiformes.
Conheim, en 1869, constata que ces filaments étaient ceux d'un Leptothrix semblable au LeptotJirix buccalis. A la même époque de Wecker observa une de ces masses distendant le conduit inférieur chez une jeune fille; elle mesurait 12 millimètres sur 7 et présentait l'aspect de tabac à priser comprimé. Nous avons observé une de ces concrétions chez une femme d'un trentaine d'années. Au moment où elle se présenta à nous, il y avait tous les signes d'une inflammation vive et d'une suppuration au niveau du conduit lacrymal inférieur du côté gauche. Par une perforation spontanée de la paroi de ce conduit faisait saillie une masse brunâtre du volume d'un petit pois, qui fut facilement extraite. Le microscope y montra les filaments du leptothrix.
Il ne semble pas que la coloration brune soit caractéristique de la présence du leptothrix, car Gh. Robin, qui avait examiné une masse retirée par Desmarres du sac lacrymal et composée surtout de filaments de leptothrix, l'avait trouvée de couleur blanchâtre.
Fôrster pense, non sans raison, que le leptothrix ne se développe dans les voies lacrymales que par suite de l'habitude qu'ont certains malades d'humecter leurs paupières avec leur salive.
Les signes qui révèlent la présence du leptothrix dans les conduits lacrymaux sont analogues à ceux que détermine la présence des calculs. jNlais le stylet ne rencontre pas la même résistance, et par le point lacrymal dilaté on peut quelquefois reconnaître la coloration brunâtre de la masse, coloration qui, il est vrai, n'est pas constante.
Le traitement des corps étrangers, des concrétions et des calculs des conduits lacrymaux consiste avant tout dans leur ablation. L'extraction des cils, des barbes d'épis, lorsqu'ils font encore saillie par le point lacrymal, se fait aisément à l'aide d'une pince. L'extraction des concrétions, des calculs et des corps étrangers inclus dans le canalicule exige la dilatation préalable du point lacrymal et presque toujours l'incision de la paroi postérieure du conduit. On la pratique avec le couteau de Weber ou, à défaut de celui-ci, avec un bistouri ordinaire, si la saillie du calcul offre un guide suffisant.