DÉPRESSIONS ET FISTULES CONGÉNITALES COCCVGIENNES
mique n'est plus inclus, il repose et adhère en arrière à ces lames. Dans une période plus avancée, apparaît la masse protovertébrale, aux dépens de laquelle se forment les vertèbres. Celle-ci passe en arrière entre le canal vertébral et la lame épidermique, comme elle s'insinue en avant du canal médullaire. Or, au niveau du sacrum, celte masse protovertébrale ne ferme plus en bas le canal sacré et, d'autre part, il ne vient ensuite s'interposer que fort peu de parties molles en arrière, puisque la région est réduite à la peau et au squelette. Il en résulte que le feuillet superficiel, accolé plus tard au feuillet moyen, conserve des rapports plus étroits avec le squelette, et cela expliquerait, d'une part, la formation des dépressions plus ou moins profondes qu'on y rencontre, en second lieu, la présence presque exclusive de cet état anatomique dans la région sacro-coccygienne ».
Comme Lannelongue, Welte insiste sur l'occlusion tardive du canal médullaire à sa partie inférieure, sur l'union primitive de l'épiderme et de l'épithélium neural par des traînées cellulaires, qui se trouvent détruites par interposition des vertèbres. « Supposons, écrit Wette, une persistance anormale de ces connexions; admettons une activité moindre dans l'évolution des lames dorsales, dermo-musculaires que dans celle de la peau invaginée, qui a déjà commencé à manifester sa force spécifique (produisant épitliélium corné, glandes, poils), avant que la séparation soit opérée entre l'épiderme et le névraxe : il devient dès lors facile de saisir la formation des fossettes et fistules sacro-coccygiennes. On comprend aussi que, dans tel cas, nous ayons affaire à une simple invagination de l'ectoderme, encore réduit à ses éléments primitifs, que dans tel autre, nous rencontrions sous le microscope une peau déjà parvenue à son stade de développement parfait. »
En somme, les auteurs que je viens de citer considèrent les fossettes comme le résultat d'une invagination, d'un enclavement du feuillet externe du blastoderme, rattaché aux parties profondes par des adhérences celluleuses ou fibreuses. La théorie de Lannelongue, quelles que soient l'autorité et la compétence de ce maître en pareille matière, ne saurait être acceptée sans contrôle. Elle ne repose, pas plus que celle de Wette, sur des faits anatomiques bien observés; elle s'appuie sur quelques données contestables et ne tient nul compte des connaissances très précises que nous possédons actuellement sur l'extrémité caudale de l'embryon humain. Enfin il est remarquable que Lannelongue fasse jouer un rôle important aux adhérences cutanéo-osseuses, qu'il n'a cependant pu constater dans ses dissections ('). Dire que les dépressions coccygiennes « dépendent d'un trouble survenu dans le développement des lames dorsales de l'embryon et portent seulement sur les parties molles, au lieu de porter à la fois sur les parties molles et sur le squelette, comme dans le spina-bifida » (2), les considérer comme une application, à la région coccygienne, de la théorie générale de l'enclavement, cela constitue, dans l'espèce, une hypothèse simple, séduisante, vraisemblable, je le veux bien; mais, après tout, ce n'est qu'une hypothèse (^).
Il n'en est pas de même pour les opinions qui restent à exposer, et qui se basent sur des constatations, faites par différents embryologistes (Ecker, Tourneux, Mallory).
(') Je sais bien que ces adhérences, nettement constatées par Féré, peuvent exister primitivement et disparaître h une période ultérieure du développement.
n Lannelongue et Achard, Traité des k;/stes congénitaux, 1880, p. 120.
(^) On peut en dire autant de la théorie de Wendelstadt, qui considère ces anomalies comme le résultat de l'occlusion défectueuse du sillon primitif.
[H. RIEFFELI
f»4 AFFECTIONS CONGÉNITALES DE LA RÉGION SACRO-COCCYGIENNE.
D après Ecker, Lawson Tait (*), Tourneux et Hcrrmami, les fossettes, infundibula, fistules de la région postéro-inférieure du tronc dépendent essentiellement de modifications subies par Vérninence coccygienne (Ecker). On sait que celle-ci est le vestige de la queue, dont est pourvu l'embryon humain jusque vers la fin du deuxième mois (fig-. 55) ; quand cet appendice s'atrophie, on voit toujours, suivant Ecker, souvent, d'après Waldeyer (*), la peau qui en garnit l'extrême
Fig. 20.
Région coccygienne d'un fœtus au 5' mois. (Eckei.)
Fig. 21. — Région coccygienne d'un fœtus au G* mois. (Ecker.)
pointe, constituer le centre d'un tourbillon de poils (fig. 20) {tourbillon ou vertex coccygien) très développé. C'est seulement à l'époque de la naissance que le tourbillon disparaît lentement. Mais déjà, vers le cinquième mois fœtal, on trouve, au-dessous du centre de ce vertex, une petite zone lisse (fig. 21), tout à fait glabre {glabelle coccygienne), qui se distingue de la peau voisine par une certaine minceur et une riche vascularisation. Elle est placée vis-à-vis de l'extrémité inférieure du canal sacré et représente peul-ètre, selon Ecker, une espèce de fontanelle inférieure, c'est-à-dire le point d'occlusion le plus tardif du canal vertébral. Cette glabelle n'est bien visible que jusqu'au septième mois, tant que le revêtement pileux du fœtus est très développé. A la naissance, il faut regarder avec attention pour en distinguer l'emplacement ('^).
D'ailleurs, à ce moment, il est habituel de voir sa totalité ou sa partie inférieure transformée en une fossette coccygienne (fig. 22). Celle-ci, pour Ecker, est constante chez le nouveau-né; mais, alors que le vertex et la glabelle s'effacent en général, la fossette persiste sur un grand nombre de sujets. Elle est toujours glabre, tandis que ses bords sont pourvus d'un lanugo abondant. Deux particularités anatomiques expliquent son existence : d'une part, le ligament caudal élaslico-vasculo-conjonctif, qui rattache la glabelle à la pointe
(') Lawson T.\it, Note on tlie occurence of a sacral dimpleand ils possible significance. Nalin\ vol. XIII, 29 août 1878, p. 481.
(-) Waldeyer, Das Berken, 1899, p. 146.
p) Peyramaure-Duverdier note que, dans des cas où la fossette coccygienne est absente, on trouve parfois, chez les enfants, un point distinct par sa coloration. D'autres observateurs insistent sur l'aspect cicatriciel de ce point.