DÉPRESSIONS ET FISTULES CONGÉNITALES COCCYGIENNES
Fio. 22.
Région coccygienne d'un garçon nouveau-né. (D'après Ecker.)
coccygienne, d'autre part, la direction, presque verticale chez le fœtus, du sacrum et du coccyx. Quand la courbure sacro-coccygienne apparaît, le ligament caudal déprime en entonnoir la peau de la glabelle.
Tourneux et Herrmann, tout en prenant pourpoint de départ l'opinion d'Ecker, la développent et la modifient. Voici les conclusions essentielles de leur travail, sur lequel j'aurai à revenir dans le prochain chapitre : « Au commencement du troisième mois lunaire de la vie fœtale, le tube médullaire se prolonge en bas jusqu'à l'extrémité de la colonne vertébrale, dans l'éminence coccygienne ; son segment terminal, répondant à la dernière vertèbre du coccyx, est légèrement renflé et contracte des adhérences par sa face postérieure avec les couches profondes de la peau. Vers la fin du même mois, la colonne vertébrale, se développant plus rapidementque les parties molles, entrahie avec elle la partie attenante du tube médullaire, dont l'extrémité continue à adhérer au tégument externe. Il résulte de cette inégalité de croissance que la portion terminale ou coccygienne du névraxe se recourbe et décrit une anse, dont la branche profonde est en rapport avec la face dorsale des vertèbres coccygiennes {segment coccygien direct), et dont la branche postérieure se dirige obliquement de bas en haut et d'avant en arrière {segment coccygien réfléchi). Dans le courant du quatrième mois. le segment coccygien direct s'atrophie et disparaît, le segment dorsal ou réfléchi continue à évoluer : nous proposons de donner aux amas cellulaires qui le constituent le nom de vestiges coccygiens du tube médullaire. »
Et voici comment Tourneux et Hermann expliquent la production de la fossette coccygienne : les vestiges coccygiens, qui se portent de la dernière vertèbre coccygienne à la peau, sont accompagnés par des faisceaux lamineux, ({ui leur constituent une sorte d'enveloppe et qui unissent l'extrémité inférieure de la colonne vertébrale à la face profonde du derme (ligament caudal de Luschka et Ecker). Au moment (cinquième mois) où s'opère le redressement de l'extrémité inférieure du tronc, provoqué par un développement exagéré des parties molles (pannicule adipeux, muscles, etc.), l'éminence coccygienne s'efTace: la peau, située en regard des vestiges, maintenue par le ligament caudal, se trouve débordée progressivement par les parties avoisinantes. Si les fibres du ligament ne se prêtent pas à l'extension de celles-ci, la peau peut s'invaginer et constituer alors une dépression infundibulii'orme plus ou moins profonde (Tourneux et Herrmann).
Il n'y a donc pas, comme le répètent quelques auteurs, insertion directe des vestiges coccygiens à la face profonde du derme. C'est à leur gaine mésodermique, au ligament caudal, que revient la part prépondérante dans la formation des fossettes coccygiennes. Et ce ligament, simple terminaison des surtouts
[H. RICFfrL]
vertébraux communs antérieur et postérieur, forme chez l'adulte les ligaments sacro-coccygiens antérieur et postérieur, dont on a pu (') suivre l'insertion de la dernière vertèbre caudale à la face profonde de la peau chez les singes anthropoïdes, qui présentent, eux aussi, une dépression coccygienne.
L'existence du ligament caudal rend compte de diverses particularités. II suffit d'admettre que, parmi ses faisceaux éparpillés, les uns persistent, tandis que d'autres s'atrophient, pour comprendre le siège un peu variable des fossettes, la possibilité de leur apparition en nombre multiple. Ces caractères anatomiques seraient plus difficiles à interpréter si les dépressious,infundibula, etc., résultaient du simple effacement de l'éminence coccygienne. Et, d'ailleurs, c'est seulement en saisissant le rôle du ligament caudal qu'on peut expliquer ces anomalies bizarres, dans lesquelles on a vu et bien observé (Féré, Freund) (^) l'existence simultanée d'une fossette coccygienne et d'un appendice caudal. Je me rallie, pour ma part, à l'opinion d'Ecker, modifiée par Tourneux et Herrmann.
Des dépressions et fistules coccygiennes congénitales, il faut nettement distinguer, au point de vue pathogénique, les fistules de la région sacrée et de la
région lombo-sacrée , sur lesquelles Terrillon (^) a appelé l'attention.
Elles sont très rares et encore peu connues; elles existent seules ou concurremment avec une dépression coccygienne. On les a signalées en divers points. Lannelongue et Achard en représentent plusieurs variétés. Elles ne sont, pour ainsi dire, jamais rétro-sacrées et s'observent de préférence dans l'aire de l'espace losangique, intermédiaire aux épines iliaques postérosupérieures. Tantôt il n'y en a qu'une, médiane ou latérale; tantôt il en existe deux, soit médianes superposées (fig. 23), soit latérales et symétriques', etc. Ces malformations se présentent à l'état de dépressions, d'infundibula, de fistules, et Terrillon a pu suivre des adhérences qui les réunissaient au périoste de la première vertèbre sacrée. Leur mode de production n'est pas connu. Il est possible qu'elles s'expliquent par un enclavement du tégument externe. Peut-être ne faut-il voir, dans quelques-unes d'entre elles, que des fos-
Fig. 23. — a, fistule coccygienne. — b, fistule lombo sacrée. — c, dépression lombo-sacrée. (D'après Lannelongue et Achard.)
(*) Gegenbaur, Traité d'analoynie humaine, 1889, p. 177.
(*) Dans le cas de Féré {loc. cit.), l'infundibulum semblait placé sur une éminencc coccygienne; dans celui de Freund {Ueber Schivanzbildung beim Menschen. Arch. fiir path. Anat., 1886, t. CIV, p. 551), un enfant de cinq ans portait une queue molle, longue de I centimètre 1/2, dont le tiers interne de la face supérieure était occupé par une foveola eoccygea. On voyait cheminer dans l'épaisseur de la queue un faisceau lamineux, qui allait de la pointe du coccyx à la foveola.
(') Terrillon, Fistules congénitales de la région lombo-sacrée. Bull, de la Soc. de ehir., 25 janv. 1882, p. 55.