‹ Traité de chirurgie (volume 3)Chapitre 127 sur 218 · G44 PATHOGÉNIE · texte numérisé non relu

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pation, les autres, plus nombreux peut-être, de la diarrhée ou des alternatives de diarrhée ou de constipation. II n'est pas rare, lorsqu'on pratique chez eux la résection de l'appendice, de constater une dilatation du cœcum et du côlon, et plusieurs fois j'ai noté une ptôse très prononcée du côlon transverse. Dans des cas beaucoup moins exceptionnels qu'on ne l'a dit, l'appendicite éclate chez des sujets atteints de colite muco-membraneuse. Je possède un grand nombre d'observations probantes à cet égard, avec examen histologique de l'appendice. J'en ai, du reste, communiqué plusieurs à Paul Reclus qui les a utilisées, à côté de celles qui lui sont personnelles, dans la discussion engagée à l'Académie de médecine avec le professeur Dieulafoy. Sans doute le nombre est restreint de ceux qui, atteints de colite muco-membraneuse, sont frappés d'appendicite, mais il est certain qu'une notable proportion des malades atteints d'appendicite ont de la colite muco-membraneuse. On ne peut s'empêcher de voir là plus qu'une simple coïncidence.

Talamon(') trouve dans sa statistique que, 25 fois sur 80 cas, soit dans près du tiers des cas, il y a association de symptômes appendiculaires et intestinaux. Le rôle pathogénique de la fièvre typhoïde, bien établi dans plusieurs cas, n'est pas cependant ce que l'on pourrait croire, étant donnée l'analogie des plaques de Peyer et du tissu lymphoïde de l'appendice. Contrairement à l'opinion de Sonnenburg qui considère que l'ulcère lyphique se rencontre communément dans l'appendice, Mlle von Mayer, qui a examiné de près, à ce point de vue, un très grand nombre d'observations, relève dans les antécédents des malades atteints , d'appendicite, la fièvre typhoïde dans la faible proportion de 2 à 5 pour 100. Et encore y a-t-il entre la fièvre typhoïde et la première attaque d'appendicite, 2, -4, 8, 10 cas, si bien qu'il est difficile d'admettre une relation de cause à etïet entre la première et la seconde maladie. Je ne puis accepter cette proposition, car l'appendicite typhique, quoique rare, ne saurait être mise en doute.

Pour la dysenterie, Mlle von ÎNIayer n'en trouve aucune mention dans toutes les observations qu'elle a compulsées.

En résumé, je pense que, dans la majorité des cas, l'infection de l'appendice et son inflammation résultent de la propagation d'une infection intestinale. La structure de l'appendice, sa richesse en follicules clos, aussi bien que sa disposition en long canal étroit terminé en cul-de-sac, expliquent comment il ne peut, une fois infecté, se débarrasser des agents infectieux. Reclus a très justement insisté sur l'importance de la situation déclive, des coudures, torsions, rétrécissements de l'appendice qui en font un lieu de sta;/natio)i, sorte de fistule borgne interne, avec tous les accidents qu'elle peut provoquer {Bull, de la Soc. de chi)-., 9 décembre 1896, p. 787) (-).

(') Talamon, Bull, de la Soc. méd. des liupit., 1897, p. 561.

(-) Paul Reclus a donné de l'appendicite une théorie générale et qui, d'après lui, s'apjilique à tous les cas particuliers. Il dislingue trois variétés étiologiques : les appendicites de causes locales, provoquées par la présence de cori)S étrangers; les appendicites par inflammation de l'intestin propagée à l'appendice, entérites, entéro-colites, enfin les appendicites de causes générales survenues à la suite d'une fièvre éruptivc quelconque, d'une grippe, d'une amygdalite. Dans ces trois cas, les lésions de l'appendice, érosions superficielles, descjuamation épithéliale, ulcérations de la muqueuse, hypersécrétion glandulaire, provoqueraient, dans le vermium, tous les symptômes graves de l'appendicite, à cause de la structure anatomique de ce vermium : sa longueur, son étroitesse. sa déclivité, ses courbures, sa terminaison en cul-de-sac, sa richesse en follicules lymphatiques. L'appendice constitue un diverticule issu d'un diverticule, un cfecum du ca?cum, dans lequel les liquides stagnent. On sait l'influence de la stagnation sur les liquides : grâce à elle, ces liquides s'infectent, et leur virulence s'exalte, règle générale dont la démonstration est si fréquente

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Infection par voie sanguine. — L'idée de rinfection par voie sanguine appartient à Bland Sullon et -à Sutherland : Bland Sutton('), frappé parla richesse de l'appendice ou tissu adénoïde, l'avait comparé à l'amygdale. Sutherland (-) reprit l'assimilation de Bland Sutton et fit remarquer que non seulement l'amygdale et l'appendice ont la même structure lymphoïde, mais qu'on observe les mêmes particularités dans les accidents inflammatoires et suppuratii's auxquels ces deux organes sont exposés. Il discuta l'association, fréquente suivant lui, de l'appendicite et du rhumatisme et examina la question de savoir si un poison circulant dans le sang ne pourrait pas agir sur l'appendice de manière à l'enflammer chroniquement ou d'une façon aiguë.

En ce qui me concerne, les faits qui m'ont porté à admettre l'infection appendiculaire par voie sanguine sont les suivants : j'ai observé un certain nombre d'appendicites qui débutaient par un état général plus ou moins grave avec fièvre, courbature, embarras gastrique et symptômes abdominaux insignifiants; dans quelques cas, une angine très nette avait précédé l'apparition des phénomènes appendiculaires: j'en ai vu d'autres éclater pendant la rougeole, la varicelle, les oreillons, et je me suis demandé si, pour les cas de cette catégorie, il s'agissait d'une infection de l'appendice spéciale pour chacune de ces maladies, ou si l'infection ourlienne, rubéolique, etc., n'avait fait qu'exalter la virulence des microbes contenus dans l'appendice à l'état latent. Un autre cas m'avait aussi beaucoup frappé : une jeune fille est prise d'accidents aigus d'appendicite et présente en même temps une synovite radio-carpienne; au bout de six jours, les phénomènes abdominaux et articulaires disparaissent brusquement et les deux parotides s'engorgent.

Cette hypothèse de l'infection par voie sanguine que j'ai soutenue avec quelques réserves dans la séance du 2 décembre 1896 à la Société de chirurgie, tend aujourd'hui à être acceptée et de nouveaux faits qui la démontrent juste ont été apportés par d'autres observateurs. Merklen (^) a communiqué l'histoire de trois malades atteints d'appendicite précédée ou accompagnée des phénomènes généraux et des manifestations catarrhales de la grippe. Carron de la Carrière a publié l'observation d'un enfant pris simultanément d'appendicite et d'amygdalite. Mon ami R. Lacaze (de Montauban) m'a récemment cité le cas d'une dame qui, atteinte d'abord d'une angine herpétique, fut prise au bout de quelques jours d'une appendicite. Enfin, un médecin russe, Goluboff ("), ayant observé dans un collège de Moscou 7 cas d'appendicite, presque en même temps, a supposé que l'appendicite pouvait prendre parfois les allures d'une maladie épidéraique et infectieuse. E. Apolant(^) ayant vu, lui aussi l'angine folliculaire

dans les voies urinaires. Aussi les lésions superficielles de lappendice, qui en tout autre point du tube digestif auraient été sans gravité et facilement guéries, s'exaspèrent comme elles le foraient dans un clapier, dans une fistule borgne dont l'appendice est ici le parfait équivalent. De là le nom de théorie de la siagnalion et de la fhtide borgne nalv.retle que Reclus donne à sa théorie. On le voit, la théorie du rase clos n'est qu'un cas particulier de cette théorie générale de la stagnation : en effet la stagnation est à son maximum lorsque, à la fistule borgne naturelle qu'est l'appendice normal, s'ajoute une coudure brusque, une torsion, une oblitération quelconque qui emprisonne les sécrétions dans un segment de rapi)endice. (Communication écrite.)

(') Bland Sutton, Trans. cliniral Society of' Londun, 1." fév. 1891. vol. XXIV, p. 122.

(-) Sutherland, Appendicite et rhumatisme. The Lancet, 24 août 1895, p. 457.

(^) Merklen, Société méd. des hôpitaux, 19 mars 1897.

(*) GoLUBOFF {Médecine moderne, 189i5, p. 588, et Berl. kiin. Woch., 4 janvier 1897).

(*) E. Apolant, Therap. Monats., fév. 1897, n° 2, p. 92.

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