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CHAPITRE PREMIER MÉSENTÈRE

Le mésentère est constitué par un repli du péritoine renfermant dans son épaisseur tout le système vasculaire et nerveux de l'intestin grêle : on y trouve, au milieu d'un tissu cellulo-graisseux plus ou moins abondant, les artères mésentériques, les veines mésentériques, les chylifères et leurs ganglions, enfin les plexus nerveux. Le mésentère est à la fois le pédicule et le hile de l'intestin, il sert en même temps à sa fixation et à sa nutrition; on peut donc prévoir que les altérations qui l'atteignent doivent surtout se traduire par des troubles dans le fonctionnement du tube intestinal; aussi est-il maintes fois malaisé de dissocier la pathologie de l'intestin de celle du mésentère, et cette dernière, malgré son importance causale, passe-telle souvent au second plan. Il est difficile, d'autre part, de distraire les plaies et contusions du mésentère du reste des lésions traumatiques de l'abdomen ; l'étude des perforations et des ouvertures anormales du repli mésentérique se rattache tout naturellement à l'histoire de l'occlusion intestinale. Nous arrivons ainsi (après nous être borné à quelques lignes sur les épanchements sang-uins) à ne conserver dans ce chapitre que les kystes et les tumeurs du mésentère.

Les hémorragies qui se produisent entre les lames mésentériques peuvent aboutir à l'infiltration ou à la collection sanguine. Ces hémorragies sont, les unes d'origine traumatique, les autres spontanées; les premières résultent d'une plaie étroite ou d'une contusion; on observe spécialement les autres dans les étranglements herniaires, dans les affections du cœur, à la suite d'efforts de vomissements, etc., c'est-à-dire dans tous les cas où la circulation des mésaraïques subit une gêne considérable ('). Il convient de séparer le véritable hématome du kyste sanguin. Dans le premier, le fait initial a été l'effusion sanguine, l'enkystement ne s'est produit que secondairement; dans le second, la surface d'un kyste préexistant est devenue le siège d'une hémorragie.

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KYSTES DU MÉSENTÈRE

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Historique. — Les premières observations de kystes du mésentère appartiennent à Horstius, Bénéviéni, Tulpius, Balonius, Ruysch, Morgagni, Bonnet, etc. A Lieutaud revient le mérite d'avoir réuni tous ces faits épars, et c'est à Portal que nous devons la première élude d'ensemble sur ce sujet. Après lui, la confusion reparaît, les kystes mésentériques reprennent place dans l'histoire du carreau. Plus près de nous, on trouve de nouveaux faits ; ce sont ceux de Tallard, Barth, Mesnet, Legroux, Vulpian, Rokitansky, Cruveilhier, Brïickner, Richet, Michalski, Winiwarther; celui plus célèbre de Panas, qui guérit à la suite d'une simple ponction, et ici se clôt une première période, toute médicale comme l'appelle Augagneur.

Avec Péan (1880) commence une seconde phase, chirurgicale par surprise, pourrions-nous dire avec Braquehaye. C'est presque toujours un kyste de l'ovaire ou une occlusion intestinale de cause inconnue que le chirurgien s'attendait à trouver; il tomba sur un kyste du mésentère. Péan, pour sa part, en comptait trois exemples, tous trois traités par marsupialisation, et pris auparavant pour des kystes ovariques. A leur suite prennent place une foule de cas, ceux de Hahn, de Bramann, de Gusserow, de Bruckner, de Sutherland, en Allemagne, de Lawson Tait, de Spencer Wells, de Robinson, en Angleterre, de Blanchi en Italie, de Fenomenoff, en Russie, etc. Chez nous, la question entrait aussi à l'étude. Pendant que Tillaux et Millard s'efforçaient de tracer de cette afTection les principaux traits cliniques, Merklen recherchait les caractères anatomopathologiques. La thèse de Collet (1884), et tout particulièrement l'excellente thèse d'agrégation d'Augagneur, 1886, aujourd'hui devenue classique, résument tous les travaux de cette époque.

Actuellement, les chirurgiens sont familiarisés avec les kystes du mésentère. Dans les communications de Terrillon à la Société de chirurgie 1890, dans les

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mémoires récents de Blanchi, de Goggans, de Fraentzel, de Tuffier, de Gross, de Binaud, de Braquehaye, etc., que reflètent les thèses de Arekion, de Delmez, de Defîains, de Klefsiad Sillonville, on discute les deux modes de traitement dont dispose l'opérateur : la marsupialisation ou l'extirpation totale. On voit donc que les kystes du mésentère sont loin d'être une rareté; en 1892, Braquehaye en compte 104 cas.

Division. — Anatomie pathologique. — On a observé dans le mésentère des kystes hydatiques, des kystes séreux, des kystes chyleux et des kystes dermoïdes.

Ky>i'es hydatiques. — Les observations d'hydatides limitées au mésentère sont assez rares : Hahn n'en connaissait que deux, celles de Portai et de Panas ; nous pouvons y joindre celles de Fremy, de Sutherland, de Cimbali, de Carter, de Malins. Dans une observation de Lejars ('), trois kystes hydatiques furent énucléés du mésocôlon. Dans une autre de Schmidt, le kyste avait envahi le mésocôlon transverse et le méso-iliaque; au cours de l'extirpation, l'uretère fut sectionné. Plus souvent les hydatides du mésentère se trouvent associées à d'autres kystes occupant le foie, l'épiploon et le reste du péritoine.

Kystes séreux et cliyleux. — Je réunis à dessein ces deux variétés, car elles paraissent liées toutes deux à une altération d'une portion du système lymphatique. Ces kystes ont un volume qui peut atteindre et dépasser le volume d'une tête de fœtus à terme ; leur forme, régulièrement sphérique ou allongée, est peut-être conforme aux expériences de Gérard-Marchant {la Collet). Ayant injecté du suif entre les feuillets mésentériques, cet auteur remarqua que ces feuillets sont décollables au niveau du pédicule, et que ce décollement reconnaît pour limites les espaces compris entre les départements artériels et les plicatures. Aussi sont-ils souvent encerclés d'arcades vasculaires, et ces connexions avec les gros vaisseaux les rendent parfois difficiles à extirper ou dangereux à ponctionner (obs. de Cartes, Terrillon, Gusserow, Mikulicz, Thornton, Millard et Tillaux, Delagenière) ; dans ce dernier cas, une veine atteignait le volume du pouce; leur paroi, souvent libre d'adhérences, présente une structure conjonctive. Carson leur décrit trois couches : une couche externe fd^reuse, une couche moyenne également conjonctive renfermant des vaisseaux sanguins, du tissu lymphoïde et des follicules lymphatiques, enfin une couche endothéliale. Cette dernière n'est pas constante, elle manquait en elïet dans les cas de Tillaux et de Werth (•■■).

Le contenu, parfois fluide, acquiert souvent une consistance crémeuse, sa coloration est jaunâtre, brune ou rosée, suivant la quantité de sang qui s'y mêle; dans plusieurs observations, on le compare à du lait ou à de la craie délayée dans de l'eau.

Dans une analyse de Bremer ('), la densité était de 1014, la réaction alcaline, le liquide contenait de l'albumine, pas de fibrine. Au microscope, on trouvait de larges cellules en voie de dégénérescence graisseuse, des gouttelettes graisseuses analogues à celles du lait et des cristaux de chlorures de sodium, de carbonates et de sulfates.

(') Lejars, in Damany, Bull, de ta Soc. anat., 1895.

(^) SciiMiDT, Kyste liydalique du mésentère. Deuisrhe med. Wocli., 1801.

(^) Werth, Ai^cli. de gynécol. Berlin, 1880. — Augagneur et Terrillon (Soc. de chir., ISS'l) ont tort de généraliser et de faire de l'absence de C endoUielium un caractère de ces kystes. (*) Obs. dans Ann. med. Assoc. Neu> Yorlc med. Rec, 1887 (cité par Carson;.

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