‹ Traité de chirurgie (volume 3)Chapitre 173 sur 218 · KYSTES DU PANCRÉAS · texte numérisé non relu

KYSTES DU PANCRÉAS

sentait vis-à-vis de l'amidon et des graisses les réactions caractéristiques du suc pancréatique.

Au point de vue du siège, les kystes de la queue du pancréas paraissent les plus fréquents, du moins cela ressort des statistiques d'Hagenbach et de Bœckel.

Il suffit d'avoir présents à l'esprit les rapports de la glande pour deviner la situation exacte des kystes vis-à-vis du péritoine : ils occupent l'espace rétropéritonéal et font saillie dans l'arrière-cavité des épiploons, se mettant de la sorte en connexion avec la face postérieure de l'estomac, avec le grand épiploon et le mésocôlon transverse. Lorsque la poche est volumineuse, elle passe entre l'estomac et le côlon qu'elle refoule en bas et finit par atteindre la paroi abdominale. Parmi les organes susceptibles d'être comprimés, il faut citer : le duodénum, le cholédoque, l'aorte et la veine cave inférieure, la veine porte et ses branches d'origine splénique et le mésentérique, enfin le plexus solaire.

Étiologie et symptômes. — Nous savons peu de chose sur l'étiologie de ces kystes, c'est le plus souvent à l'âge adulte qu'on les observe.

Les symptômes du début sont généralement assez obscurs, ce sont des douleurs abdominales occupant surtout la région épigastrique et survenant sous forme d'accès à intervalles plus ou moins éloignés (*). Chez un malade de Kocher(^) les crises douloureuses éclataient tous les deux ou trois mois. Il peut s'y joindre des troubles dyspeptiques, des vomissements et même des hématémèses, mais d'ordinaire les digestions restent normales et tout se borne aux phénomènes gastralgiques que j'ai signalés. A une période plus avancée, mais avant que la tumeur ait fait encore son apparition, d'autres troubles apparaissent, qui sont l'indice d'une abolition plus ou moins complète de la fonction pancréatique : ce sont l'amaigrissement, le diabète sucré, les selles graisseuses et la diarrhée. Ces symptômes, du reste, ne sont pas particuliers aux kystes, ils s'observent dans tous les cas où la glande pancréatique est plus ou moins complètement détruite. L'amaigrissement (') est rapide et parfois excessif, antérieur au diabète, mais accru par lui.

Le diabète est rare d'ailleurs dans les kystes, ce qui s'explique bien d'après les expériences de Minkowski(^) et Von Mering, confirmées par celles de Lépine. En effet, ces observateurs ont montré que pour produire expérimentalement le diabète il fallait pratiquer l'extirpation totale du pancréas, et que, si peu qu'on laissât du tissu glandulaire, la glycosurie était absente. Or, dans les kystes il est ordinaire que des portions de glande persistent intactes, et c'est précisément dans les 4 cas où la totalité était détruite que la présence du sucre dans l'urine fut constatée (').

"L'apparition dei^ selles graisse^ises ou stéarrhée est un signe intliqué déjà par Kuntzmann, en 1820, dans les affections cki pancréas; il a une valeur considérable, mais nullement pathognomonique de ces affections. La graisse quon observe dans les selles n'est autre que celle des aliments qui n'a pas été éniulsionnée et absorbée : elle forme des taches huileuses à la surface des liquides diarrhéiques,

(') A^cvralgies rœliaques de Friedrcicb.

(-) KocuEU et Lardy, Correspoudenzblalt fiir srinv. Aerzte, 1888.

(^) D'après Friedreich raniaigrissemenl serait surtout prononcé lorsqu'il existe en même temps (ju'une maladie du pancréas, des complications du côté du foie ou de la vésicule biliaire.

(*) Communication à la Société des naturalistes et médecins de Strasbourg, 1889.

(^) Cas de Nichols, de Goodmann et deux cas de Recklinghausen, cités par Bœckel.

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