HERNIE DU CERVEAU OU ENCÉPHALOCÈLE TRAUMATIQUE
La hernie traumatique doit être différenciée de la hernie spontanée, ou congénitale, qui sera étudiée avec tes difformités et h>s vices île confonnatio)i du crâne.
La hernie du cerveau peut apparaître à la suite d'une solution de continuité du crâne osseux, qu'elle soit le résultat d'une blessure ou dune intervention chirurgicale comme la trépanation, ou obstétricale comme l'appliralion <lu forceps (cas de Saint-Germain).
Cette hernie se produit primitivement, immédiatement après le traumatisme, ou quelque temps après {hernie secondaire).
TRAITIC DE rUlRtinOIE. — IIL • .'.ô
514 COMPLICATIONS ENCÉPHALKJUKS DES LÉSIONS TRAUxMATIQUES DU CRANE.
Lencéphalocèle. étant liée au traumatisme, siège au vertex, à la voûte, et surtout aux régions frontales et pariétales : le cas de Holmes d'encéplialocèle troidnnilque de la base est exceptionnel.
Anatomie et physiologie pathologique. — La masse cérébrale\\evn\ëe constitue un champignon rouge, turgescent, dont le volume, en rapport avec la perle de substance, peut varier entre celui d'une noix et d'un œuf de poule; le pédicule de la hernie est étranglé, et la tumeur lornio une sorte de masse étalée sur la paroi crânienne.
La hernie na pas de sac, puis(jue la dure-mère est divisée : l'arachnoïde n'existe plus au niveau du bourgeon cérébral, et ce n'est qu'exceptionnellement (lu'Heinecke a pu trouver cette enveloppe intacte ou cicatrisée.
I*ar suite de conditions circulatoires nouvelles, résultant de l'étranglement de son pédicule, la masse morbide est gonflée, mais molle : cet état congestif, la rend saignante au moindre contact. Les parties superficielles constituées ])ar des bourgeons charnus suppurent et se désagrègent.
Au-dessous, le cerveau présente des lésions inllnnmiatoires, avec tous les intermédiaires depuis la fonte })urulente, jusqu'à l'induration et la sclérose résultant de ce processus inflammatoire. Lewis Lebeau, dans sa thèse, a relevé la coïncidence fréquente (o.'» fois sur iO cas) i\'aJ}cès cérébraux qui provoquaient l'accroissement de la hernie.
Le mécanisme de l'encéphalocèle traumali([ue a donné lieu à plusieurs théories. D'après la théorie phijsiolo(ji(fue, la turgescence de la hernie serait due à l'afflux du sang artériel, et à la gène de la circulation veineuse en retour.
Cette conception trouve un a})pui dans ce fait, que la hernie gonflée et saillante pendant la vie, se llétrit et s'affaisse complètement après la mort.
La tliéorie inflammatoire à laquelle se rattachent les noms de Lallemand, de Foville père, fait jouer le plus grand rôle aux processus irritatifs (pii aboutissent à l'encéphalite.
La théorie mécanique admet le refoulement du cerveau soit par un épanchement interstitiel (Bruns), venlricuJaire (lleinecke), ou même un abcès du cerveau (Ilouzé de l'Aulnois, Lewis Lebeau).
Toutes ces hypothèses sont acceptables : si la tJiéorie )nécanique ne vise que (les exceptions, il faut convenir avec Terrier, que la hernie primitive n'est guère explicable, que par des phénomènes physiologiques de gêne circulatoire, tandis (pie dans la hernie secondaire s'ajoute un nouv(d élément, le ;»-ocesiius in /la mm a toi re.
Symptômes. — La hernie Iraumaticpie du cerveau est constituée par une tumeur olVr.int les caractères de Noliime, de coloration, de vitalité, sur lesquels il a été suffisamment in.sislé d.ins lanalomie palhologi(pi(v Cette tumeur est molle, étalée, animée du double txdtemoit du cerveau :
1" Soulèvement, dCi aux artères de la base de rencéi)hale et isochrone au pouls;
2° MouvenuMit d"exi)ansion en rapport a\«>c la res|)iralion et l'elVoil, cX réglé par la circulation intra-crAni(Mnie.
HERNIE DU CERVEAU OU EXCÉPHALUGÈLE TRAUMAÏIQUE. 515
La tumeur, réductible pendant une première période, devient bientôt irréductible, étranglée et fixée, au niveau de la plaie osseuse qui lui a livré passage : c'est Vencéphalocèle acquise, de Bergmann.
La tentative de réduction est le plus souvent impuissante, mais est suivie de phénomènes de compression cérébrale et même d'attaques apoplectiformes (Terrier).
La masse herniée est indolente, et lorsque survient de la sensibilité, on a à redouter des phénomènes inflammatoires, la méningo-encéphalite circonscrite ou ditîuse : suivant la zone cérébrale herniée se montrent des troubles convulsifs, paralytiques ou aphasiques. Le délire, le coma, appartiennent surtout aux encéphalocèles compliquées de méningo-encéphalite.
Le diagnostic est facile en tenant compte des commémoratifs et de l'évolution de la tumeur : privé de ces renseignements et en présence de cette masse saignante, végétante à l'extérieur, se détruisant par places, la confusion avec une néoplasie cérébrale est possible (A. Paré. Louis Bérard).
Pronostic. — Les blessés, ainsi atteints, peuvent guérir dans la proportion de 1/5, d'après Lebeau. Bergmann a pu citer 21 cas de guérison ('). La destruction et l'élimination de la masse morbide peuvent être suivies d'un bourgeonnement aboutissant à la cicatrisation de la substance cérébrale, qui s'affaisse peu à peu et disparaît.
La guérison est rarement totale, et si les blessés échappent à la méningoencéphalite qui constitue la complication fréquente, ils conservent de leur grave blessure des impotences motrices, de Vaphasie, de la cécité, des attaquei^ d'épilepsie : leurs facultés intellectuelles sont toujours plus ou moins compromises. Tous ces accidents ultérieurs sont moins le fait de la hernie, que de la destruction de la substance encéphalique et de la cicatrice consécutive.
Traitement. — La désinfection du bourgeon cérébral, la protection de la masse herniée avec lui pansement antiseptique, iodoformé, sublimé-ouaté, constituent deux indications formelles : surveiller et favoriser l'élimination des produits sphacélés, de façon à éviter les abcès ; cautériser superficiellement. et assez souvent la surface de la masse herniée, sont les meilleurs moyens d'obtenir la cicatrisation. (*) Ces actes opératoires doivent être prudents, el nous ne conseillons, en pareil cas, niVexcision, ni la ligature, qui n'ont jamais fourni de bons résultats.
Si la hernie persiste définitivement (encéphalocèle ac(iuise de Bergmann). on pourra imiter la pratique de Kusmin {Saint-Petersb. me<l. Woch., 1878, n^' 17). et d'Adams, qui en pareil cas se contentèrent de refaire, par des grelTes à la Bcverdin. une protection cicatricielle à la hernie cérél)rale.
(') Pendant la période pré-antise|iti<iiio-cc pronostic t'Iail beavieoup plus; grave. En Crimée, tous les blessés de PirogolT atteints de prolapsus cérébral snccond)èrent. Podrazki constate (pi'à l'Académie Josejjh.tà Vienne, on vit mourir de IS.'iià 1870 pres(pie tous les cas de prolapsus du cerveau. (WJener méd. Woclu, 1871.) Dcmme, pendant la guerre d'Italie, n'a vu (pie 5 guérisons sur 21 : pendant la guerre américaine 7 l)lessés seulement guérirent sur iô. (FoHGUE, lor. rit.)
(-) llack [DeiUsdie Zeilsclirift fiirChir., 1878, B. X, S. 17.'î) a ol>leuu en dix-sept jours, par ('antisepsie, la rétraction complète d'une hernie cérébrale gangrenée.
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