A. MÉTUODE AYANT POUR BASE LA MOBILISATION DES JOINTURES ENTORSEES
Les mouvements communiqués préconisés depuis fort longtemps par Fabrice d'Aquapendente. Ravaton, Ribes, puis par Bonnet, sont aujourd'hui généralement abandonnés.
La crainte d'imprimer des mouvements à une fracture, si par hasard une solution de continuité osseuse complique l'entorse, et de provoquer ainsi une arthrite intense l'a fait généralement repousser.
Cependant les mouvements communiqués sont probablement la principale source des résultats merveilleux obtenus parfois par les empiriques. Bonnet rappelant les observations de Hey, d'A. Cooper, et ses faits personnels, nous a montré comment les mouvements communiqués pouvaient dégager les cartilages semi-lunaires déplacés dans l'entorse du genou, corriger les déplacements insensibles dans l'entorse du coude et de l'épaule, ou bien dégager une portion de synoviale pincée entre deux surfaces articulaires, anormalement rapprochées dans une jointure quelconque.
g2 DE L ENTORSE KN GENERAL.
Les inouvemcnls communiqués donnent en revanche de médiocres résultais dans les entorses du pied et du poignet qui précisément s'accompagnent souvent d'arrachements et de fractures. On est donc conduit à dire avec Panas que \a méthode des mouvements communiqués doit être conservée dans la i)ratique, nuiis qu'elle ne doit pas être appliquée à tous les cas. Laissée de côté pour les entorses tibio-tarsiennes et radio-carpiennes, elle sera appliquée plus particulièrement aux entorses des énarihroscs.
Opendant même dans les enarthroses le pincement de la synoviale ou les déplacements intra-arliculaires ne représentent point la lésion analomique la plus fréquente. L'accident le plus commun est lépanchement sanguin qui se fait soit dans les mailles du tissu cellulaire péri-articulaire. soit dans l'intérieur même de l'article, et les mouvements communiqués n'ont plus alors defficacité thérapeutique. Aussi le traitement qui a son indication la plus o-énéralc est-il le massage, qui aura pour etîet de favoriser la résorption de cet épanchement en le divisant, en l'étalant en quelque sorte.
Le massage employé probablement de toute antiquité fut pour la première fois conseillé et scientifiquement défendu par Bonnet; mais si les travaux du chirurgien de Lyon avaient fait quelques adeptes, la méthode qu'il préconisait était loin d'être passée dans les usages, lorsque la pratique de Lebatard et de (lirard, en 1856, rappelèrent l'attention sur elle. Adoptée par Nélaton, Malo-aigne, Broca, Servier, elle fit. nous dit Reclus, son entrée triomphale dans la médecine officielle ('). Le massage devint alors le sujet d'un grand nombre de publications parmi lesquelles je ne citerai que les mémoires de Ouesnoy, de Rizet et les thèses d'EUeaume et tl'Estradère.
Puis le massage ne fut plus en France lobjet d'études spéciales, et les principaux travaux sur ce sujet dans ces dernières années nous vinrent de Metzger d'Amsterdam, de Witt (-), de Norstrôm. Cependant, tout récemment encore, la (pieslion du massage appliqué au traitement des fractures articulaires ou péri-articulaires a été reprise et défendue par Lucas-Championnière ("').
Il existe toute une technique du massage et des descriptions de procédés variés applicables à chaque articulation en particulier. La position à donner au membre au commencement de la manipulation, la manière de placer les niiiins autour de l'articulation, d'exercer les pressions, etc., sont réglées. Nous ne saurions entrer ici dans tous ces détails; qu'il nous suffise d'indiquer les grandes règles de la méthode :
1" Les i)ressions doivent être exercées avec les mains enduites d'un corps gras dans une direction unique, celle de la circulation veineuse;
2" Elles doivent être très légères au début, cl iirogressivement augmentées. L'absence ou le peu de douleur provo(pu'>e par les manfcuvres est l'indication cpii permet le plus sûrement au chirurgien (l'augmeulei- la t'orce avec I.Kpicllc il passera de l'effleurement de la jjeau à des pressions véritablement f()i-|('S (pii lui pei-mcllronl de pétrir cl de niala\<M- les régions les plus profondes ;
7>» La séance de massage sera continuée aussi longtemps cpiil sera néces-
(') Reclus, ISull. viéd., 1X')0.
(*) Witt, Arrh. f. Iclhi. Chir.. WIII, IS7."). i». 2i:y.
('•) Lfr..\s-('.iiAMi'l{>NMi:i!i;. linll. <lr lu Soc. de rhiv.. ISS7, p. ".V.).