TROUBLES DE L'INTELLIGENCE
Il fut un temps où les coups, les blessures graves à la tête, pouvaient développer des aptitudes nouvelles, changer en facultés supérieures des facultés qui, jusque-là, étaient restées au-dessous de la moyenne : ce temps-là n'est plus, et quand nous observons des traumatismes du crâne « ils ne produisent plus ni mathématiciens (Mabillon?), ni musiciens (Gi'élry), ni facultés hors
ligne, mais souvent, au contraire, des imbéciles, des idiots, des épilcptiques, des déments, des aliénés » (Christian ('))!
Les troubles inlellecluels peuvent varier, du simple vertige ou de l'élourdissement, jusquà la perle de connaissance complète. Mais le blessé recouvre, en général, plus ou moins rapidement, l'intégrité de ses facultés. Un symptôme qui persiste souvent pendant plusieurs heures ou plusieurs jours, c'est Vamnésie trnumatiqiic.
La perte de la mémoire se borne d'ordinaire aux faits contemporains, mais elle peut s'étendre à tout ce qui s'est passé antérieurement à l'accident, c'est ['amnésie rétrograde : Calmeil {De la folie, t. I, p. oli."), KaMufen (Ac. de médecine, 1835), Molci {Annales médico-psycli., 1886, t. III, p. 27), Maudsley {Pathologie de l'esprit. Paris, 1885, p. 9, note), Mosso (De la peur. Paris, 1880), ont cité des exemples de ces variétés d'amnésie.
A cette amnésie se joint souvent un état iï automatisme inconscient, pendant lequel le blessé continue à agir, à accomplir des actes, souvent très compliqués, à terminer ce qu'il avait projeté avant l'accident, tout cela dans une sorte de demi-slupeur, et sans qu'il reste aucun souvenir des actes ainsi accomplis (Christian) (^).
Parmi les observations curieuses de cet automatisme inconscient dont Vibert, Motet, Christian, ont rapporté des cas probants, nous citerons le fait suivant :
Rouillard a raconté à la Société médico-psychologique {Annales, 1886, p. 59), la curieuse histoire d'une sage-femme, qui. appelée la nuit, pour faire un accouchement, tombe dans son escalier, se fait une forte contusion à la tète, et perd connaissance pendant près d'un quart d'heure; puis elle se remet, va chez sa cliente, fait l'accouchement (au bout de deux heures), emmaillotte reniant, pratique la délivrance, etc., etc., tout cela avec la dextérité dune vieille praticienne, et cependant elle n'avait aucune conscience de ce qu'elle faisait; elle agissait automatiquement, et elle n'avait ni le souvenir de sa chute, ni celui des événements qui l'avaient suivie (Christian, loc. cit., p. 16).
Tous ces troubles intellectuels qu'on pourrait, avec Christian, appeler primaires, sont de courte durée : ils disparaissent sans laisser de traces apparentes ('■).
La folie trai(mati(jia' existe-t-elle? Bayle, Calmeil, Morel. avaient attiré l'attention sur les rapports entre le traumatisme et l'aliénation mentale, mais c'est de nos jours surtout (pie cette relation a été établie. Pour Criesinger {Traité des maladies mentales. Paris, l8(i,'), p. 211), toutes les plates de la tète, (/raves, ont une influence sur le développement de la folie.
Avec Schliiger (de Vienne) (*), et Skac (*), nous avons dans ce débat, quelques données précises : sur 500 aliénés, Schlager relève i9 cas de folie Iraumaticpie (42 hommes et 7 femmes). Dans 19 cas. la maladie mentale éclata moins d'un
(') (ilIlilsri.VN, .\irli. ilr iiruriildtjir, ii" ."l'J cl ."i.", I.XNU.
{*) Ce .'ioiiuuiinhulinini; trunuKdiqiir, qui poiil durer iiliisiciirs Iiciiros, c[ |ilusi<>urs jours, doit élrc bion connu dos inèdocins lé{j;isl<'s.
(') L.i frayeur, Vrniulion nwrnle ne jouonl aucun rôle d.uis ces accidciils. car le Idessô, frappé à i'iuiprovisle, perd connaissance, sans voir et iiré\(tir le daniicr.
{*) ScMi.AdKH, Zcilsrhrifl der (irseUsrlutft drr Wiener .\erzte. \'I11. p. 454.
(*) Skak, A-nnulcs mcdiru }>sijcliolufji(jucs, IStiT, X, p. îi(iS. (Duniesnil.)
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an après raccident. mais très souvent beaucoup plus tard, et quatre lois après plus de dix ans. Sept fois la folie se manifesta sous forme de paralysie générale. Dans 10 autopsies qu'il put pratiquer, Schlag-er constata l'existence de cicatrices osseuses, d'adhérence de la dure-mère au crâne, etc., etc.
Dans un intéressant mémoire, Kraft-EI)ing- a porté la (jnestion sur le terrain clinique {Ueher die durch Gcliifiiersc/uHU'i-iinf/ loid Kopfvcrlclzung herfovgerufenen psychisrhen KranJilicllcn. Erlangen, 1808). Il distingue trois cas : ceux dans lesquels la folie suit immédiatement le traumatisme; ceux dans lesquels elle survient après une i)ériode prodromique plus ou moins long-ue; ceux enfin dans lesquels le traumatisme ne crée qu'une prédisposition à la folie ; celle-ci n'éclate que plus tard sous l'influence d'une cause occasionnelle.
Christian, dans son important mémoire, auquel nous avons emprunté toutes ces citations ('), a pu réunir cent cas des plus probants d'aiiénation mentale consécutive au traumatisme : tou^ ces faits observés par le docteur Christian lui-même, se répartissent ainsi :
l" AU POINT DE VI K DU TRAUMATISME ET DU GENRE DALIÉNATION MENTALE
Folie
Chute de eheval I
Chute d'un lieu élevé 17
Coups de l'eu, éclat d'obus .... »
Instrunienl contondant ... S
Instrument tranchant ">
Contre-coup, chute sur les pieds. .
Paralysie
gênera
le.
Démence.
Epi
Icpsie.
Total
Folie.
gênera
le.
Démence.
Epi
lepsie.
Total.