ENTORSE DES ARTICULATIONS DES PHALANGETTES
Bien que nous n'en connaissions pas d'exemple, il est probable que les mouvements forcés de latéralité imprimés aux phalangettes s'accompagnent (pielquefois de déchirure de l'un des deux ligaments latéraux; on produit en effet très facilement cette lésion sur le cadavre sans qu'il y ait forcément luxation.
Seul le mouvement forcé de flexion de la phalangette des quatre derniers doigts détermine une lésion et des symptômes particuliers qui ont été bien étudiés par Segond(').
Une des causes de cette entorse a été indi<piée par Segond : une infirmière voulait prendre de force un objet à un malade. « Celui-ci pour lui faire lâcher j)rise lui saisit entre le pouce et l'index l'extrémité fléchie du petit doigt. Prenant alors point d'appui, d'une part sur l'extrémité supérieure de la phalangine, d'autre part sur l'extrémité libre de la phalangette, il imprima aux deux seg^ments osseux ainsi coudés un mouvement de pression brusque dont le résultat inévitable était la flexion forcée de l'articulation phalangino-phalangettienne. »
Segond a depuis lors observé un deuxième cas absolument semblable au premier; Busch, Polaillon, Delbet (-) en ont signalé plusieurs. J"ai rencontré moi-même deux faits analogues et mon ami Picqué en a observé un autre.
Expérimentalement Segond a démontré que la flexion forcée de la phalangette sur la phalangine s'accompagnait d'une lésion constante : l'arrachement des deux languettes d'insertion phalangettienne du tendon extenseur. Ces deux languettes tendineuses emportent en général avec elles une lamelle osseuse de quelques millimètres, mais sur les sujets âgés la parcelle osseuse est souvent beaucoup plus considérable.
(') Segond, BuU. de la Soc. anal., 1879, \\. 7'2i.
(*) W. Busch, CentralbJalt fiir Chimrcjic, 1881, p. !. — Polaillon. .-irl. DoiiiT liii Dirt. rnr.. \). 1G5. — Dklbet, Soc. anal., ISOO.
THAITÉ DE CIIIKUIUIIE. — III.
Symptômes. — Les symptômes sont caractéristiques : au moment de l'accident le malade éprouve une douleur vive et immédiatement après il lui devient impossible d'étendre la phalang-ette. cej)endant l'extension de la phalani^e et de la phalanm'ine est parfaitement conservée. La phalangette reste donc fléchie à anc^le droit sur la plialanj^ine étendue; le doigt a alors la forme d'un petit marteau. On peut redresser la phalangette et l'étendre, mais dès (pi'on l'abandonne à elle-même, elle retombe brusquement en flexion comme mue par un ressort. L'articulation légèrement tuméfiée présente quehpiefois une petite ecchymose sur sa face dorsale. Il existe un point douloureux très limité et très net au niveau de l'insertion phalangetlienne de l'extenseur.
Dans les dill'érents cas observés, le diagnostic s'imposait. La contracture (In fléchisseur ou la paralysie de l'extenseur ne pouvait expliquer la flexion (le la phalangette en raison de la conservation des mouvements des deux autres phalanges et de l'état d'intégrité des muscles moteurs des doigts.
Le pronostic doit être réservé en ce qui concerne le retour des fonctions de l'articulation. Car dans le premier cas de Segond la malade n'ayant point voulu se soigner conserva la phalangette définitivement fléchie, et chez une de mes malades la raideur persista indéfiniment.
Le traitement consiste à immobiliser le doigt à laide dune petite attelle; on aura soin de forcer légèrement l'extension de la phalangette de façon à obtenir la réparation de l'arrachement osseux.
Sclnvart/. a fait dans ces derniers temps la suture de l'extrémité du tendon extenseur arraché à la phalangette. Deux fois il a obtenu ainsi le rélablissement des mouvements d'extension (communication orale).
ENTORSE DES ARTICULATIONS PHALANGO-MÉTACARPIENNES ET PHALANG0-PHALANGINIENNE3
Le mémoire de Lagrange (') qui ti'aite de l'arthrite traumaticpie des doigts est le seul travail où se trouvent (pielques indications relatives aux lésions (pii accompagneni ICnlorsc" de ces afli(iilnti(»ns ; nous lui ferons de nond>reux emprunts.
L entorse jn(''l;i(ar|t()-|)Iialauj4iciine ou phalango-|)halaugini(Mnie succède à dos ti'aumatismcs (pii ont pour elVel d'exagérer le mouvement d abduclioii des doigts ou bien de provoipier leur extension forcée.
Lagrange a cherché ;i établir par des expériences faites sur le ca(la\re (piels étaient les désoi'dres |)roduits par ces mouvements anormaux. \'oici ce (pi il a constaté : I" a|>rès I inilexion latéi'ale forcée des doigts (•ond)inée avec une légèi'c i(»talion. il y avait décliii-ure des ligaments latéraux. Cette décbil'ure liganxMitcu'-e ne s accompagne d'aïu'ès lui d'aucun arrachement osseux: ti" en renveisani le doigt dans ICxlension sur la face dorsale de la main par une poussée brns(pie im |»eiil ci'a(piement se fait enlendre cl la dis>.iection
(') l,A<;HAN(ii;. Hcvnr i.lr rlill-in;iir, IXN-J, p. |(l(l.