‹ Traité de chirurgie (volume 4)Chapitre 150 sur 162 · TRAITEMENT DE TUMEURS DU RACIIIS · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DE TUMEURS DU RACIIIS

La nature des autres tumeurs est bien difficile à reconnaître; cependant, en l'absence de tout symptôme faisant penser à un cancer, on doit songer à la syphilis. S'il y a des antécédents syphilitiques, si l'on trouve, à la surface du corps, d'autres lésions attribuables à cette diathèse, si enfin on peut reconnaître par la palpation la présence d'exostoses sur les côtés des gouttières vertébrales, on doit soupçonner la véritable nature de l'alTection. Il faut aussi se rappeler que des tumeurs primitivement développées en dehors du rachis, peuvent, en venant user le tissu osseux, ou, en pénétrant dans le canal vertébral par les trous de conjugaison, déterminer des phénomènes de compression. De ce nombre sont les anévrysmes de l'aorte et les kystes hydaliques. Pour les anévrysmes, l'examen général du système artériel, la palpation profonde de l'abdomen, l'auscultation, permettront d'arriver au diagnostic. Certains kystes kydatiques venant former à l'extérieur des poches fluctuantes, et coïncidant avec des déformations du rachis, ont pu être pris pour des maux de Potl. La ponction de la poche permettra de reconnaître la véritable nature du liquide.

Reste à préciser le siège du néoplasme. Les notions anatomiques nous permettent de déterminer, d'après la répartition des phénomènes douloureux et paralytiques, le point précis de la moelle sur lequel porte la compression. Enfin, il faut arriver, autant que possible, à savoir s'il s'agit d'une tumeur intra ou extra médullaire. William White (') fait remarquer avec juste raison que les tumeurs intra-spinales donnent surtout lieu à des troubles sensitifs et moteurs, tandis que les tumeurs primitivement développées en dehors de la moelle se traduisent })lutôt par des symptômes d'irritation, tels que des douleurs, des atrophies, des contractures. B]n présence d'une paralysie s'étant développée peu à peu, précédée par des signes d'irritation nerveuse de longue durée, l'extension de la paralysie d'un membre à celui du côté opposé s'étant faite lentement et après un espace de temps considérable, le diagnostic de compression médullaire par une cause siégeant en dehors de l'organe peut être porté avec certitude.

Traitement. — A part les cas d'exostoses syphilitiques, les tumeurs du rachis et de la moelle otTrent bien peu de prise à la thérapeutique. Sans doute, s'il s'agit de syphilis, le traitement spécifique peut procurer la guérison. Encore ne faut-il pas oublier que la compression longtemps prolongée a pu déterminer du côté de la moelle des altérations anatomiques que le traitement est impuissant à modifier. Dans la plupart des cas, on sera réduit à un traitement purement palliatif. On devra chercher, avant tout, à atténuer les souffrances atroces de la paraplégie douloureuse des cancéreux. Tous les calmants seront mis en œuvre, mais surtout les injections hypodermiques de morphine, qui présentent l'avantage de pouvoir être continuées pendant fort longtemps sans entraver les fonctions de l'estomac. Les révulsifs superficiels le long de la colonne vertébrale, et en particulier les pointes de feu. dont nous avons déjà parlé à propos du mal de Pott, pourront rendre des services. On doit souvent se préoccuper de lutter contre les fâcheux etïets de la contracture qui presse fortement les genoux l'un contre l'autre, et peut déterminer des

(*) J. \\'iLLi.\M White, The surgcry of the spine. Annals of surgevy, juillet 1889.

eschares. On y arrivera en interposant des coussins entre les deux genoux.

Jusqu'à ces dernières années, il semblait que le traitement des néoplasmes spinaux fût purement médical, et que l'intervention chirurgicale ne dût jamais trouver l'occasion de s'exercer en pareil cas. Cependant, dès 18S!2, M. Byron Bramwell (d'Edimbourg), pose en principe dans son ouvrage sur les maladies de la moelle, la possibilité d'intervenir contre certains néoplasmes spinaux. La première opération de ce genre est celle qui a été publiée par MM. (iowers et Horsley ('). Elle a trait à un homme de quarante-deux ans qui présentait une paralysie motrice et sensitive, avec contracture, commençant au niveau Ac la (V' ou de la 7^" paire dorsale. Le malade avait, en outre, de la rétention durinc avec un peu de cystite. Il ressentait de violentes douleurs en ceinture au niveau de la G"" vertèbre dorsale. Il y avait évidemment compression de la moelle par un produit morl)ide. L'histoire du [malade faisait rejeter l'idée du mal de Pott; bien que possible, un anévrysme était peu probable. Le dia- <ï-nostic hésitait surtout entre une tumeur osseuse et un néoplasme des enveloppes médullaires. L'opération fut faite par le docteur Horsley : après quelques difficultés, la tumeur fut mise à découvert et enlevée avec de minutieuses précautions antiseptiques. La plaie guérit par première intention, le malade fut peu à peu débarrassé de ses douleurs, il recouvra le mouvement et la sensibilité; le rectum et la vessie reprirent leurs fonctions. L'opéré reste en parfaite santé. La tumeur enlevée était un fibro-myxome.

Mais les résultats n'ont pas toujours été aussi satisfaisants. Ainsi, dans le cas de Lloyd et Deaver (-) où un gonflement existant sur la région latérale o-auche de la colonne cervicale, avait fait penser à une tumeur partant du canal rachidien, on ne trouva rien pendant l'opération. La mala<le ayant succombé trois jours plus tard, on constata dans l'épaisseur de la moelle un vieux fover hémorrhagi([ue, expliquant la paralysie du coté gauche constatée pendant la vie.', Le résultat fut encore malheureux dans un cas de Sonnenburg qui intervint contre un ostéosarcome du rachis. Le malade avait été brusquement atteint de paraplégie avec paralysie de la vessie et du rectum et violentes douleurs. Sonnenburg réséqua les lames vertébrales de la 9'- à la 12'' dorsale. Mais on trouva que la tumeur naissait de la face antérieure de la 12'- dorsale, l'opération ne pouvait donc avoir un résultat curatif; les douleurs furent soulagées, mais la paraplégie persista.

Du moment où il existe un néoplasme sur lecpud la tliéra|)(nili(pu^ médicale ne saurait avoir aucune prise, et qui doit fatalement aboutir à la mort du malade par la désorganisation de la moelle et de ses enveloppes, il est indii|ué de l'enlever. La seule réserve à faire a trait à la diificullé du diagnostic, conrpi-nant la nature exacte cl le siège précis de la tumeur. Les faits précédents moidrent que, si le succès est |)ossil)le, on est exposé, d'autre jtart. à de nombrevix échecs. Ouoi qu'il en soit, les interventions de cette nature soid encore en trop petit iiomore et (h' (l:d(> lro|» réccMitc |)oui- (pTon puisse formulera leur étfard un jugeujenl. C'est à l'avenir (piil n|)|tail icnl de nous démontrer leur véritable valeur.

(') GowKUS anil Huhslkv, The Laurel. 1(3 juin ISSS. p. llitl.

(*) Lloyd cl Dl.vvkk, .4»«t. joiiru. of med. srinires, <locoml)i'o 1888.

Page 1