‹ Traité de chirurgie (volume 4)Chapitre 2 sur 162 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Nous ne décrirons dans ce chapitre (jue les véritables tumeurs osseuses, les exosloses ou ostéomes des os. Le terme d'exostose a, en effet, toujours été assez mal défini, il a été ajjplitjué indilTéremment à toute excroissance de nature osseuse inqilantée sur 1(> squelette. Il importe de bien s'entendre sur la valeur des mots, afin d'éviter la confusion.

Cornil et llanvier définissent les tumeurs des productions néoj)lasi(pies ayant de la tendance à [jcrsisler et à s'accroître. Dans cet ouvrage même, M. Quénu s'exprime en termes à peu près équivalents : les tumeurs sont des productions nouvelles de nature non inllammaloire. En adopant l'une ou l'autre de ces définitions, nous pouvons éliminer de notre cadre toutes les productions consécutives à un(! ostéite, (pielque soit la nature de cette ostéite.

Personne ne songe aujourd'hui à désigner sous le nom dexostoses ces masses saillantes, plus ou moins irrégulières, qu'on voit s'élever à la surface d'un os, au voisinage dune fracture, aux alentours d'un foyer d'ostéomyélite tuberculeuse ou staphyhKOccicnne. On sait que ce sont là des lésions secondaires, réaclionnellcs, susceptibles de diminuer dans une certaine mesure avec la cessation de la cause iiiitalive, et on se sert général(Mnent pour les

désigner des mois ostéophjjtes ou hyperostoses. Evidemment, ce ne sont pas là des tumeurs, mais on comprend mal alors pourquoi la plupart des auteurs font une place dans le chapitre des tumeurs osseuses aux productions hyper- Irophiques engendrées par la syphilis. Ouoique l'agent spécifi([ue soil incoimu, lostéite syphilitique ne diitere pas essentiellement de lostéite tuberculeuse. Les produits, au moins au début de leur formation, sont des plus propres à diminuer et à disparaître sous linfluence d'une médication interne. Ce sont là des produits dinnammatiou au sens que Ton attache aujourd'hui à ce mol, et ils doivent être décrits, comme nous l'avons fait avec la syphilis osseuse et non avec les tumeurs des os.

A plus forte raison, doit-on rayer du cadre des exostoses vraies, des productions transitoires que l'on voit se développer sur la paroi interne du crâne des femmes enceintes, pi'oduclions liées à l'état puerpéral et qui disparaissent avec lui.

En résumé, nous pensons que l'on ne doit regarder comme véritables ostéomes des os, aucune des exostoses décrites sous le nom d'exostoses symptomatiques. Il est bien évident, d'autre part, que les tumeurs osseuses situées au voisinage du squelette, mais développées dans les tendons ou dans les muscles, tels que les petits ostéomes du tendon d'Achille ou les ostéomes des adducteurs observés chez les cavaliers (exostoses apophysatres, ostéomes parostéiques de Virchow) doivent être étudiées avec les tumeurs de ces organes. Dans bon nombre de cas, ces « os des cavaliers » suivant l'expression de Billroth, qui ont pour siège habituel les tendons d'insertion au pubis ou à l'ischion des muscles adducteurs, paraissent cependant avoir pour point de départ, un processus ossificateur progressif. L'ossification a i)Our point de départ la surface osseuse normale et s'étend au tissu conjonclif des tendons voisins (Favier, ^4rc/<. de méd. milit., 1888). Ouantaux ossillcalions secondaires qui surviennent dans des tumeurs dont le tissu primaire est dilïérent du tissu osseux, elles ne sont que des accidents d'évolution et n'ont aucun rapport avec l'ostéome des os.

Ces éliminations faites, il nous reste à parler des exostoses dites idlupalldques, c'est-à-dire des exostoses de développement ou exostoses ostéogéniqiies. Elles seules, en effet, répondent à la définition des tumeurs que nous avons adoptée. Ce sont bien des ostéomes, puisqu'elles sont formées du môme tissu que l'os normal. Ce sont de véritables tumeurs, car elles s'accroissent et persistent indéfiniment. Leur origine n'est liée à aucune inflammation au sens clinique de ce mot, enfin, elles sont dues à une anomalie, à une monstruosité de développement, ce qui, pour un certain nombre d'auteurs, est le propre de toutes les tumeurs de l'économie.

Exostoses ostéogkmouks. — A. Cooi)ei* les a signalées un des premiers sous le nom à'exostoses, de périostoses ca)-tilagin,eusex. Dans le Compeiulium, elles sont décrites sous la rubrique exostoses épiphysaires. \'irchow et A'olkmann les appellent exostoses cartilayineuses. Broca enfin, et Soulier, dans sa thèse de 1864 [Du parallélisme parfait entre le développement du .•<(jn<'lette et celui de certaines exostoses. Th. de Paris, 1864), leur ont donné le nom d'exostoxes ostéogéniqiies ou d' exostoses de développement.

4 DKS EXOSTOSES OU OSTÉOMES.

Anatomie pathologique. — Elles se présentent sous la forme de masses saillantes à la surface d'un os. Leurs rapports avec le squelette sont variables : tantôt elles sont pédiculées, tantôt elles sont sessiles.

Leur volume oscille entre la grosseur d'un pois, d'une noisette et celle d'une tête de fœtus. Les excroissances, dit Virchow, forment parfois la plus grande masse, tandis que la plus petite appartient aux os primitifs.

Elles peuvent alTccter toutes les formes. Tantôt ce sont des aiguilles, de minces stalactites, tantôt de véritables apophyses plus ou moins volumineuses. Il en est qui sont recourbées en forme de crochet, à la façon de l'apophvse coracoïde. Souvent ce sont des masses arrondies, irrégulièrement sphériques, leur surface est pres([ue toujours inégale et rugueuse.

Ces tumeurs sont habituellement multiples, elles ont une tendance assez marciuéc à cire symétriques. Dans ï Encyclopédie internationale de chirurgie, t. IV, p. 571, nous avons rapporté l'observation d'un malade, chez lequel plusieurs exostoses avaient le volume du poing. Siégeant surtout aux extrémités des os long, elles formaient des masses dures, éburnées, qui avaient apparu seulement vers l'Age de vingt et un ans, et s'étaient développées de dix-neuf à vingt trois ans (exostoses osléogéniques tardives), alors que la taille du sujet s'accroissait, dans ce laps de temps, de o à 4 centimètres (Desgranges, Lyon méd., 1872). Sur un squelette du Musée de la Faculté de médecine, A. Pic (') n'a pas compté moins de 194 exostoses (voy. fig. 1 et 2) de forme, de vohime des i)lus variables, occupant de préférence les régions juxta-épiphysaires et les insertions nuisculaires ou tendineuses. Il s'agit là d'une hyperarlivité ostéogéniqiie, dont la pathogénie nous échappe. On pourrait songer en pareil cas. à une sorte de dystrophie régulière dans l'ossification, le squelette perdant en longueur, en volume, ce qu'il gagne en néoformations. Cette hypothèse n'a pas été jusliliéc par les mensurations d"Et. Rollct (^).

Recouverics par le périoste, les exostoses sont séparées des parties molles voisines par une couche du tissu conjonctif lâche. Quelquefois les frottements répétés déterminent la production d'une véritable bourse séreuse (exoslosis hursata) renfermant de la synovie. Rindfleisch admet une autre origine pour ces bourses séreuses. D'après cet auteur, l'exostose peut être, au début, située dans la cavité arliculaire, et ce sérail un diverliculum de la synoviale qui persisterait autour de la tumeur. Dans une semblable bourse séreuse, il a trouve une fois 38 corps étrangers libres et cartilagineux, analogues aux corps étrangers arliculaii'es. Une observation semblal)le a été rapportée récemment par Fchleiscn. Quoi qu'il en soit de cette hypothèse, il esl cerlain que ces bourses séreuses communiquent parfois avec les cavités articulaires voisines.

Les exostoses de (lévelo|)|)eineul se rencontrent de préférence sur les os longs d(?s niend)res, |)rincii)al(Mii(Mit sur le fénmr, le tibia et llunuérus. C'est le |)lus habituellement à l'union delà diaphyse et de l'épiphyse qu'elles prennent naissance, mais Icui- siège peut être modifié par la croissance de l'os. Si le point (riMq)lantati(tn esl entre le eai'tilage de conjugaison et l'extrémité articulaire, elles restent l;i [lendanl toute la vie. Si (>lles sont nées, au contraire, du

(') A. Pic. Noir sur un sijiielcllc (illrlnl d'crostofscft oslco(jcnl</ucs inullij)lcs. (luz. Iiclxiou)., (-) I!t. Iîui.i.it. l)i' lu iiirnm.ritliiDi dru as loiuja (tes niciiihres, 'Ilièso do I.yoïi. 18^'8.

côté dn corps de l'os, dans la portion juxta-cpiphysaire l'accroisseraent les repousse de plus eu plus loin et on peut alors les trouver à quelques années

FlG. 1.

Fie. 2.

y.f. 1 cl '^ — Exosloses oslcoiîôniqucs de formes, de Uimcnsions variées, depuis le volume trnn Train de millet, dïm pois, jas-iu'à celui du poing, nu nombre de 19i. (Squelette api.artcnanl au Musée d'analomie pathologique de la Faculté de Lyon, recueilli par M. le Prof. Pun-rel.)

de leur début en pleine diaphysc. Elles se développent ordinairement sur

l'<>\livnuté la plus ierlile (lui >e soudo aussi la dernière au corps de l'os {pxlrémilés voisines du yenou au membre inférieur, extréruÀlés éloignées du coude au membre supérieur, lois d'OUirr).

On en trouve également sur les os plats, l'omoplate et les os iliaques. Dans le dernier cas, elles donnent naissance au bassin épineux des accoucheurs, et sont pai'I'ois une cause puissante de dystocie. C.itons encore les exostoses des vertèbres et des os du crànc. Elles peuvent alors faire saillie dans l'intérieur des cavités rachidi(Mmes et crâniennes (exoslosc^ internes) et déterminer des accidents plus ou moins graves de compression. On les observe encore sur les os courts, sur le calcanéum de préférence, où elles ne laissent pas que de gêner la marche. Chez un jeune homme de vingt ans, porteur de deux exostoses douloureuses de ce dernier os, qui s'opposaient au port d'une chaussure haltituclle, nous avons dû recourir à l'extirpation.

La structure de ces tumeurs est exactement celle du tissu osseux. Non seulement on y trouve toutes les variétés du tissu osseux, mais elles passent par tous les états qui caractérisent l'ossification physiologicjue. C'est ainsi qu'on y l'cncontre ordinairement, en allant de l'extérieur à l'intérieur du périoste, une couche cartilagineuse, et au centre, de l'os sous différentes formes. Quand elles sont petites, elles peuvent consister simplement en une substance osseuse assez compacte, ivippclant la couche corticale de l'os. Mais, lorsqu'elles ac(|uièrent un cerlain ^()lume, elles deviennent spongieuses dans leur intérieur. Il se forme des espaces médullaires qui s'agrandissent et qui luiissent par communiquer avec la cavité médullaire de l'os. Un os long, porteur dune pareille exostosc, est alors," suivant la comparaison de Virchow, comme un arbre auquel pousserait une forte branche. Quelquefois les exostoses sont constituées par des noyaux très denses, éburnées, tout à fait comparables à (le l'ivoire : nxléonica île l'orbite, r/rs fosses )irisales, etc.

Étiologie. Pathogénie. — Les exostoses ostéogéniques appa-

raissent avant le conq)let développement du squelette. C'est entre dix et vingt ans qu'on les voit le plus souvent survenir. Elles peuvent cependant être beaucoup plus précoces, Dupuytren, Ilutchinson, Rebel ont cité des cas dexosloses congénitales.

Elles seraient })lus frécpientes chez les garçons (pu^ chez l(>s tilles.

ii'liérédilé est souvent inditpiée dans les observations, surtout lorsijue les tumeurs sont multiples.

Broca a démon! n'' (pie la production des exostoses était en ra])port avec le développemeni du s(pieletle. On sait que l'os s'accroît en longueur grâce à la I)roliféralion de son cartilage (pii, jiar suite d'un vice de développement, d'une exagération du Irvail d'ossification, phénomènes dont la nature intime nous échappe, (lonne naissance aux exostoses. Dans la très grande majorité des cas, il est facile d'établir une relation entie la tumeur et le cartilage d'accroissement. C'est ce qui a lieu notammeni |tour les exostoses des os longs des mend>res chez les jeunes sujets.

Mais on peu! se demander si le cartilage de conjugaison est seul capable d'amener le dé\(doppement des exostoses. Rinddeisch, à propos des cas que nous avons ra|)poi-|és plus haut, cl a\rc lui Eehleisen allribu(Mit le nuMue l'ôlc

FiG. 5. — Exostuses iikiiiil-Iiiiurh':

chez un sujet non sypliilititjuc.

côté lie la face interne.

(le la \()ùle crânienne, — Aucune cxoslose du

au cartilage articulaire. Le fait est contestable, car, au point de vue physiologique, le cartilage articulaire est impropre à loss^tication.

Il n'en est pas de même du périoste et de la moelle qui Ions deux peuvent produire des ossifications.

Relativement au périoste, nous savons, dit Vircliow, (juil est des circonstances où il donne également naissance à du cartilage. Cette néofonnation cartilagineuse se produit notamment, après les fractures, dans la formation du cal. Il n'est donc pas impossible que, sans déviation aucune du développement cartilagineux, il se forme dans le périoste à une époque ultérieure de la vie, une production ostéo-cartilagineuse du genre des exostoses que nous étudions. Ce mode de formation est d'autant plus plausible, qu'à l'inverse du cartilage de conjugaison qui disparaît à un certain âge, le périoste garde son activité et produit de l'os pendant toute la vie. ^'ircllo^v cit<' à l'appui de cette manière de voir un cas de Regnoli dans lequel , chez un portefaix de

quarante-trois ans, il se développa, sans cause connue, une exostose cartilagineuse sur la branche descendante de l'ischion. Un certain nombre des exostoses que Soulier appelle autogéniques, parce qu'elles sont d'après lui, indépendantes du développement de l'os, s'expliqueraient par ce mécanisme. Il en est de même des exostoses non syphilitiques de la voûte du crâne, où le tissu osseux, comme on le sait, se forme au sein du tissu filïreux, sans l'intervention d'aucun processus cartilagineux.

Les mêmes considérations peuvent s'appliquer à la moelle osseuse. Les exostoses, cest-à-dire les tumeurs osseuses qu'on rencontre dans le canal médullaire, s'expliquent très bien par une aberration dans les procédés d'ossification médullaire. Certains ostéomes orbitaires, qui paraissent prendre naissance dans le diploé pour gagner de là les cavités du crâne et de la face, reconnaîtraient la même origine. Citons encore Virchow qui appuie cetle hypothèse de sa grande autorité. « Il est assez surprenant, dit il, que la pluparl de ces tumeurs (ostcomes orbitairai) se trouvent chez des individus jeunes, chez des femmes principalement, et que beaucoup se soient développées dans les premières années de la vie, de sorte qu'elles sont probablement en rapport avec un trouble dans le développement de l'os. »

En étendant ainsi au périoste et à la moelle la théorie établie par Broca pour le cartilage de conjugaison, il serait donc possible de faire rentrer dans le cadre des exostoses ostéogéniques ou de développement, un certain nombre de tumeurs osseuses pour lesquelles on est tenté d'invoquer une cause générale comme la syphilis et le rhumatisme, ou même quelque chose de plus vague encore, la diathèse ossifiante.

s DES EXOSTOSES OU OSTEOMES-

Symptômes. — Marche. — En dehors des considérations de forme, d© volume, de situation, de mulliplicilc, de symétrie, que nous avons signalées en traitant de l'anatomie pathologique, les exostoses par elles-mêmes offrent peu de symptômes. Elles sont en général indolores, sauf quelquefois pendant la période de leur accroissement. Certaines exostoses conservent pendant toute la vie une semibilité spéciale que réveille le plus léger choc.

Par les progrès de leur développement, elles peuvent ctre la cause daccidents. variables avec la région qu'elles occupent; aux membres: troubles lonclionncls, compression des vaisseaux et des nerfs, irradiations douloureuses, inflammation de la bourse séreuse qui les enveloppe, phlegmons, etc.; enfin, dans les cas de volume exagéré, ulcération des téguments, telles sont les principales complications que l'on doit, redouter. Xous avons vu (Lyon mécL, p. 265, 1887) des exostoses volumineuses de l'extrémité inférieure de l'humérus, s'opposer à peu près complètement aux mouvements de l'articulation du coude.

Les complications sont plus graves, lorsque l'exoslose occupe une cavité splanchnique. On connaît des observations de compression des centres nerveux par des exostoses du crâne et de la colonne vertébrale, d'exophthalmie et de perte de la vision dans le cas d'exostose orbilaire, etc. Ces accidents seront décrits avec les tumeurs de ces régions. Signalons encore la gène fonctionnelle, les douleurs queniraîne chez les enfants, l'cxostose de la lubérosité antérieure du tibia, si bien décrite par Bouilly. Nous avons vu celte cxostose rester douloureuse à la pression pendant des années, empêcher le sujet de se mettre h genou, et simuler à diverses reprises une arthrite de larticula-

tion voisine. Chez une fillette de treize ans, l'ablation s'imposait parles soufrances que provoquaient les mouvements et la plus légère pression.

- La marche des exostoses est progressive, tant que le squelette n'est pas forme, telles cessent généralement d'augmenter, lorsque la croissauce générale du sujet est Iciininée, et, à partir de ce luomcnt, elles restent stationnaires. Dans la grande majolité des cas, elles sont très bicMi supportées par le malade, et les complications signalées plus haut sont,, en somme, rares.

L'cxostose est un(> tumeur çssenlicllriiKMit bénigne, qui ne se généralise jamais et ne récidive pas lorsqu'elle a été enlevée.

Onaiit aux exostoses sous-unguéales des orteils, des doigts, elles seront

I ■' 1. FiG. 5.

I'i(i. l cl :». — Kxosloscs sous-iiiiguéalcs dos deux gros orteils clic/, une jeune lillo de di.vsciil iiiis.

DES EXOSTOSES ou OSTEOMES. .9

décrites avec les maladies de ces organes. Nous ferons cependant remarquer qu'elles constituent des maladies de la croissance (Gosselin) et que leur structure libro-cartilagineuse, osseuse parfois, les place dans le cadre des cxostoses ostéogeniques. Quelle que soit, du reste, au point de vue anatomique, la structure de ces productions sous-ung-uéales, leur apparition surtout pendant la période de développement, parfois leur symétrie, etc., comme nous en rapportons un exemple (fig-. i et 5), les assimilent aux cxostoses proprement dites.

Diagnostic. — Quand la tumeur est superlicielle, le diagnostic est, en général, facile. Sa dureté caractéristique, l'époque de son apparition, sa marche parrallèle au développement du squelette, la présence fréquente d'autres tumeurs semblables, permettront de la distinguer des autres néoplasmes du tissu osseux. Les seules difficultés proviennent de la bourse séreuse (jui parfois les enveloppe; distendue par du liquide ou enflammée, cette bourse séreuse peut masquer les caractères de la tumeur située au-dessous d'elle.

Le diagnostic est beaucoup plus difficile quand l'exostose fait saillie dans une cavité inaccessible à la vue ou au toucher. Celles de l'orbite, des cavités crâniennes ou rachidiennes sont dans ce cas. Si l'on arrive à porter le diagnostic de tumeur, ce n'est guère que par exclusion qu'il sera permis de penser à la présence d'une exostose.

Traitement. — Le seul traitement curatif est l'ablation de la tumeur. Les craintes, qui arrêtaient autrefois le chirurgien, ne sont plus fondées depuis l'antisepsie et il ne saurait être question, comme Roux l'a proposé jadis, de pratiquer d'abord la section sous-cutanée du pédicule, puis d'extirper la tumeur une fois la plaie osseuse cicatrisée. On mettra franchement l'exostose à découvert, et l'on se comportera alors suivant les circonstances. Si elle est pédiculée, on sectionnera le pédicule avec le ciseau et le maillet; si elle est sessile, on l'attaquera avec les mêmes instruments, avec la goug-e, et on l'enlèvera par fragmentation.

■ Mais il ne faut pas oublier que les cxostoses sont le plus souvent très bien tolérées. Une opération est justifiée lorsque la tumeur est gênante par son volume, lorsqu'elle est la cause de douleurs persistantes, de troubles fonctionnels et lorsqu'il survient une des complications dont nous avons parlé.

Les cxostoses sous-unguéales des doigts, du gros orteil, où on les observe le plus souvent, nécessitent l'avulsion de l'ongle et la large ablation avec un bistouri à lame courte et solide du tissu pathologique.

Cette intervention s'impose dès le début, aussitôt le diagnostic posé; la lésion ne saurait, en effet, rétrocéder sous l'influence d'un traitement quelconque, et l'affection peut s'accompagner de douleurs, d'ulcérations, de troubles fonctionnels. Chez une femme de trente ans que j'ai opérée d'une exostose sous-unguéale du pouce droit, l'affection datait de dix-sept ans, elle entretenait depuis cette époque des accidents inflammatoires donc la cause avait été méconnue et (pii disparurent complètement avec Tablai ion de l'exostose.

10 DES HYPEROSTOSES.

DES HYPEROSTOSES

Nous (léfinirons les lujperostoses : toutes déformations constituées par une augmenlalioii notable de volume d'un ou de plusieurs os accrus dans toutes» leurs dimensions. Gomme pour les exostoses, nous laissons de côté les hyperosloses d'origine franchement inflammatoire, ou mieux encore symptoma- Ikjiic'S. Ce genre dhyperostose a été précédemment étudie avec les inflammations du tissu osseux.

L'histoire des hyperosloses forme un des chapitres les moins bien connus de l'osléopalhologie, et aussi un de ceux qui doit le plus aux travaux contemporains. Elles comprennent une série d'altérations ou mieux de difl'ormités, d'origine extrêmement variable, d'interprétation souvent encore douteuse. Elles présentent comme caractère, d'être très rarement limitées à un seul segment osseux et d'occuper soit toute une moitié du corps, soit la totalité ou une partie d'un meml)re ou d'une région, etc.

Dans un très grand nombre de cas, elles sont associées à des troubles de développement frappant les tissus ambiants.

On peut les diviser en hyperostoses congénitales et hyperostoses acquises.

HveÉROsTOSES CONGÉNITALES ('). — La transition entre les os normalement développés et ceux qui sont atteints d'hyperostose vraie nous est fournie par le fait actuellement bien connu quentre les os de chaque membre correspondant d'un individu normal, il peut exister des différences de longueur dépassant pour le membre inférieur 2 et o centimètres.

Depuis longtemps on a signalé (Devouges, Ollier, Trélat et Monod, etc.) les augmentations considérables de volume atteignant un certain nombre d'os dun côté du corps f)u d'un membre. Très. généralement associés à d'autres vices de conformations : hypertrophie totale du membre, varices artérielles, na'vi, etc.; ces hyperostoses peuvent atteindre un degré considérable: le memijrc inférieur, le })lus souvent atteint d'ailleurs, a présenté sur son congénère un allongement de 0,1 U.

En dehors de la seule dilVornn'té, (le telles lésions entraînent des déviations rachidiennes (Mortonj, des claudications, etc. Nous avons dit (ju'elles coïncidaient d Oi'dinaii-e avec d'autres (roubles fra])|)anl soil la totalité des tissus, soit seulement les vaisseaux : dilatations vaseulaires plus ou moins ér<>ctilesde la peau, augmentation notable des tempéi'atur<'s locales, etc.

Oii a proposé diverses hypothèses pour explit^uer les hyperostoses congénitales, l'.arwell, Trélat et Monod les ont atti-ibviées à des influences nerveuses, l)u/ea, aux lésions vaseulaires même (pii les ac('onq)agneid ; l>ull, i'oUosson à des trr)ui)les de la circulation lymphati(jue.

La série des travaux récents (pii nous ont ré\élé h^s hyperostoses acquises

(') Voy. la l)il)liut;r;i|(liic (loniirc |i,ir l{r,ij\itii. Arrh. ilc m<'il . ISIMI. cl Hoi.i.i'.t, hir.cil.

DES HYPEROSTOSES. 11

n'a pas beaucoup avancé nos connaissances relativement à la-pathogénie de ces désordres curieux. Il semble bien cependant, d'après l'examen des faits, que la totalité des lésions qui atteignent soit le tissu osseux (Busch), soit les tissus mous d'un de ces membres relèvent dune cause générale unicjue, encore inconnue.

Rappelons avant de passer à l'étude des hyperosloses acquises que ^^'itlelsbofl"el•. Holmes ont proposé de traiter ces hy|)ertropbies congénitales par l'application de la bande d'Esmarcli, Morton (de Pliiladelpbiej par l'élongation du sciatique. En général, on se bornera à pallier les déformations d'un membre d'ordinaire utile et susceptible d'un fonctionnement satisfaisant.

Hyperostoses acquises. — Ces hyperostoses sont localisées, ou généralisées à la plus grande partie du système osseux. Le type des hyperosloses localisées à une seule région nous est foin-ni par Ylli/perostose diffuse des os de la face. On peut ramener les hyperostoses généralisées à deux types morbides, l'un et l'autre presque complètement créés par P. Marie : Vacromc'i/alie elVostéoarthropalhie hype rt rophiante pneumiqne .

Ihjperostose diffuse des os de la face{^) (Leontiasis ossea de Virchow.) Il s'agit d'une maladie rare observée et remarquée autrefois. Son histoire est édifiée d'après une dizaine d'observations connues (Ribell, Virchow, Ilg, Le Dentu, etc.). L'hyperostoscqui envahit progessivement la totalité ou la majeure partie des os de la face débute le plus souvent en un point quelconque du maxillaire supérieure (Poisson, de chaque côté du nez: Le Dentu, au niveau d'une molaire, etc.). Survenant ordinairement à un âge peu avancé, entre dix et quinze ans, elle évolue progressivement et lentement pendant une durée qui a atteint cinquantecinq ans (Ribell j et vingt-deux ans (Rickersteht).

Rarement elle commence par le maxillaire inférieur. Une fois, elle a débuté par le frontal ; jamais elle n'est restée limitée à un seul des os de la face.

L'anatomie pathologi([ue a montré que la lésion consistait en une ostéite raréfiante simple. Cette donnée vient à l'appui de l'idée de Virchow. qui, on le sait, considérait le leontiasis ossea comme un véritable éléphantiasis des os de la face. D'ailleurs les observations montrent bien la réalité de la cause occasionnelle inflammatoire, la malade de Ilg avait eu de nombreux érysipèles, celui de Poulet avait reçu un coup de pied de cheval, etc., ceux de Stanley, de Poisson étaient également des érysipélateux.

Rien jusqu'à présent n'autorise à accepter l'opinion de Ilushche, qui voit dans cette affection une manifestation rachitique. Le Dentu pense que la maladie débute par de la périostose avec ossificalion des couches sous-périosticpies de nouvelle formation. Cette théorie cpii ferait du /.t'ou//cY.s/.s' ossea une simple maladie de développement, est inacceptable, car à toule période de son évolution l'hyperostose présente la même dureté.

Mieux vaut jusqu'à présent la ranger avec ^'ircho^v parmi ces ces hyperplasies conjonctives dont l'éléphantiasis ordinaire, secondaire aux poussées érysipélateuses répétées, constitue le type vulgaire.

Hyperostoses (/énéralisées. — Ainsi (pie nous l'avons dit, elles peuveni

(') Voy. l'excellent orlicle île Poisson (de Nantes^ Semaine mcd., IS'.U).

12 DES HYPEROSTOSES.

alTecler deux modes, lun el lautre décrits, fixés par P. Marie et ne différant d'ailleurs entre eux que par des distinctions assez faibles pour qu'ils puissent être regardés comme les manifestations variées d'une maladie singulière, dont la nature nous échappe encore complètement.

L'acromégalie{') « est essentiellement caractérisée par une augmentation véritablement énorme des extrémités inférieures, supérieures et céphaliques, (Marie). » Les autopsies ont montré qu'en dehors de la série des déformations dues au développement exagéré et dévié des parties molles, on constate une hypertrophie simple, siégeant sur les os des extrémités et à Vextrémilé des os. Le maxillaire inférieur est l'un des os le plus précocement atteint. Toutes les saillies du crâne sont fort exagérées. Presque toujours on constate un certain degré de cyphose cervico-dorsale. La molililé et l'intelligence sont intactes. En dehors d'une augmentation notable de lappélit, l'affection ne paraît pas entraîner d'autres troubles subjectifs que des céphalalgies parfois 1res violentes et la gêne mécanique causée par la difformité des doigts, par le «léveloppement exagéré de la langue.

L'acromégalie n'est jamais congénitale. Elle apparaît entre dix-huit et vingt-six ans, elle évolue très lentement et progessivement. !Marie insiste sur la terminaison consécutive au développement extrême du corps pituitaire.

L'étiologic en est complètement inconnue. Relativement à sa fréquence, nous remarquerons que l'affection ne doit pas être très rare. P. Marie qui, au mois de décembre 1889 en connaissait r>7 observations, en avait vu pour sa part 8 cas depuis quatre ans.

L'acromégalie vraie se différenciera assez facilemeni de la maladie osseuse de Paget, mais beaucoup moins bien d'une seconde entité morbide qui en a été séparée j)ar P. ]\Lnrie lui-même.

h'ostéo-arthropathie hypertropJnante (-) diffère de ï arromégaUe en ce que le j»rocessus hypcrtrophicpie est pi'csque exclusivement limité aux os et respecte le développement des tissus mous.

Ce sont surtout les os des mains et des pieds, les phalanges, (pii sont augmentés de volume. En même temps que l'allongement des os des membres, on constate un élargissemeut considérable au niveau du poignet ou du coude-pied. Les articulations paraissent gonflées, raides, les ongles sont défor mes, recroquevillés. La face n'est prise qu'exceplionnellement (maxillaire supérieur).

iMifin Marie insiste sur ce fait (pie cette maladie coïncide très fréquemment avec des lésions pulmonaires de nature variée, lésions pulmonaires auxquelles il se croit en droit d'attribuer une influence pathogène très marquée.

Xous ne pouvons décrire plus conq)lètement ces alVections du squelette, encore mal connues et sur lesquelles l'attention esl, depuis peu de temps, appelée; elles constituent du reste, des affections beaucoup i)his médicales <|U(' rhiruigicidcs.

('J On Iroiivcni tous les (locuiiiciils iclnlifs ;i Vnrroinr</<tlic dans rinipoiiaiil travail do

S(Uiz;t Loilo (Paris, l«!M)), cl d;,ns iini> comiMiinicalion do P. !\Iaii<> cl C. Maiincsco an

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