‹ Traité de chirurgie (volume 4)Chapitre 36 sur 162 · C. — LUXATION DU CUBITUS SEUL EN ARRIERE · texte numérisé non relu

C. — LUXATION DU CUBITUS SEUL EN ARRIERE

CooPER, Dislocations nnd fractures. ^»ier. Edil., 18W, p. 090. — Boudant, Revue médicale, 1850, t. I, p. 75, rapporté par Sédillot. — Sédillot, Gazette médicale, 1859, t. VII, j). 569. — DiDAY, Idem, p. 595. — Brun, Trois cas. Idem, 1844, p. .^80. — Robert, Gazette des hôpitaux, 1847, p. 272. — Von Pitha, Pitha und Billroth's Chirurgie, t. IV, p. 87. — ISIalgaigne, Luxations, p. (351. — Duguet. Bulletin de la Société, anat., 1865, p. 278. — Mathieu, Gazelle des hôpit., 1860, p. 550. — Watermann, Boston med. and surg. journ.. 1869. t. LXXXI, p. 187. — WiLSON, Canada journal of Ihe med. sciences, 1880, t. V, j). 546. — Waters. Maryland med. journal, 1885, t. X, i). 402. (Stiinson.)

A. Cooper avait fourni une dissection. Boudant et Pages une relation de luxation isolée du cubitus en arrière, mais ce fut à partir du mémoire de Sédillot que cette variété de luxation du coude fut admise sans conteste. Bien que la description de Sédillot ait été reproduite par tous les auteurs, de nombreux doutes se sont élevés sur la réalité de ce déplacement.

Les dissections de pièces anciennes, au nombre de trois, montrent bien l'apophyse coronoïde dans la fosse olécranienne, mais dans celle de Cooper une fracture ancienne de la trochlée est au moins présumable. Dans celle de Bobert, la tête radiale était en même temps déplacée en arrière, et la pièce fut considérée par Malgaigne et Lenoir comme un exemple de luxation des deux os de l'avant-bras en arrière. Enfin, dans le cas de Dugnel, le déplacement du radius en avant répond à la description dune luxation divergente (Pingaud). De telle sorte (|u'analomiquement la variété de luxation qui nous occupe

n'est pas démontrée. D'autre part, si l'on recourt à l'expérimentation cadavéri({ue, il est facile de voir que le déplacement supposé dans lequel l'apophyse coronoïde reposerait dans la fosse olécranienne, tandis que la tête du radius conserverait sa position normale, déplacement ligure par Duplay (fig. 08), est impossible sans une dislocalioii totale de l'avant-bras avec déchirure de toute l'étendue du liganiciil inl(M'osseux, ce (pii n'est pas admissible (Nélalon, Pingaud).

« Nous persislons donc à croire (pie la jiiiipaii des observalictns données comme des exenijtlcs de la hixaiion isolée vl coniplèle du cubitus en arrière, sont des erreurs de diagnostic, et ({ue toujours le radius est en même temps déplacé (it leiiioiité sur l'Iiumérus; (jue toutes l(>s hixalioiis véritablement

Fi(.. 08.

Luxation ilii ciibiliis <'ii nrricro, (Follin cl Duiiliiy.)

isolées du cubitus sont incomplètes, et quelles s'accompagnent d'une fracture de la coronoïde ou de la trochlée » (Pingaud).

Bclli;y. Gazelle inédir<dc. l8iL p- GfiG. et Thèse de Porquier. Paris. 1800. — Michaux, rapporté par Debruyn dans les Annales de chir. franraise et étrangère, 184ô, t. IX, p. 52. — Mayer, Gazette des l'iôpit., 18i8, p. '252. — Pitha und Billi-utlis Chirurgie, t. IV, Abt. ii B, p. 78.

— Chevalier. Arch. méd. belges, oct. 1870; rapporté jiar Bardeleben, Chirurgie, t. II, p. 750.

— Gripat. Bull, de la Soc. anal., 1872, [>. 170. — Arnozan. Bordeaux indd., 1875, p. 402. — TiLLAUX, Gazette des hôpitaux, 1877, p. 786. — Mimcii, Lo Sperinientale, 1880, rapporté par Poinsot. — Mason, New-Vork med. Record, 1880. t. X^TL p- 507. — Scott. British med. and rhir. journ.. mars 1880. p. 5<). — Porouier, Thèse de Paris. 1800. — (Stimso.n.)

Caractérisées par le déplacement de chacun des deux os de l'avant-bras dans un sens différent, les luxations divergentes ont été pour la première fois décrites par Michaux et Debruyn en 18 i5. Un bon nombre d'observations mettent aujourd'hui hors de doute la réalité de ces luxations. Stimson a pu en réunir 1 1 cas, auxquels on peut ajouter celui de Auffret, présenté en 1888, à la Société de chirurgie.

On distingue deux variétés de luxations divergentes :

1" Luxation dans le sens antéro-postérieur, cubitus en arrière, radius en avant :

!2" Luxation transverse, cubitus en dedans, radius en dehors.

Luxations antéro-poslérleures, cubitus en arrière, i-adius en avant. — Ses causes sont variées, mais presque toutes réalisent les deux conditions suivantes : très grande violence; force appliquée sur le coude écarté du tronc.

C'est une personne qui tombe d'une très grande hauteur (Michaux, Pitha), d'un train en marche (Bulley). Un enfant est précipité en bas d'une charrette (Arnozan). Enfin, dans un cas rapporté par Tillaux, il s'agit d'une domestique qui, en frottant une allumette sur la muraille, avait violemment heurté du coude un meuble placé derrière elle, elle avait perdu connaissance et était tombée sur le coude écarté du tronc.

Anatomie pathologique. Les deux dissections de cette luxation, faites par Pitha et Gripat, ont établi que tous les ligaments sont déchirés, que la coronoïde est fracturée et que l'extrémité inférieure de l'humérus s'engage comme un coin entre les deux os de l'avant-bras qu'elle sépare. Ceux-ci remontent d'ailleurs plus ou moins haut, radius en avant, cubitus en arrière.

Le mécanisme de ce déplacement a été expliqué de la façon suivante par Denucé : « Je suppose un mouvement de torsion extrême imprimé à lavantbras dans le sens de la pronation, qui non-seulement produise la pronation forcée, mais la rotation du cubitus sur son axe. Premier effet correspondant à la pronation forcée, rupture des ligaments externe et annulaire, tendance du radius à passer en avant. Second effet correspondant à la rotation du cubitus, tlégagement de l'apophyse coronoïde et tendance à la luxation du cubitus en arrière. Dans ce mouvement l'extrémité inférieure de l'humérus est comme de champ placée entre le cubitus qui se luxe en arrière et le radius qui se luxe en

avant, le ligament annulaire est rompu ; l'humérus, par sa vitesse acquise ou par le poids du corps, s'enfonce entre les deux os. Il suffit, comme on le voit, d'une chute sur la main dans la pronation forcée, poiw produire cette luxation. »

r/est là un des mécanismes qui conduisent à la luxation divergente, mais ce n'est probablement pas le seul.

Les symptômes sont les suivants : la déformation et legondemenl sont considérables; l'avanl-bras, légèrement fléchi, est dans la pronation ou dans la supination (Arnozan). Les mouvements communiqués de llexion et d'extension sont possildes, mais bornés et douloureux, les mouvements de latéralité sont très étendus. Le membre est raccourci, le diamètre antéropostérieur du coude augmenté, le radius fait saillie en avant, au-devant de lépicondyle. le cubitus en arrière.

La réduction de la luxation paraît avoir été simple, lorsque les tentatives ont été faites immédiatement après l'accident. Les manœuvres diffèrent à peine de celles de la réduction d'une luxation en arrière. Mais très vite les difficultés de réduction deviennent considérables : Tillaux ne put réduire au bout de huit jours, Mayer au bout île quatorze.

La seconde variété de luxations divergentes est la luxation transverse, elle est représentée par le seul fait de Guersant- Warmont (').

Il s'agit d'un gareon de quinze ans, (pii tomba d'un arlu'c liaui (h> i mètres sur la paume de la main gauche. La tète du radius formait une saillie considérable en dehors et au-dessus de lépicondyle. Le déplacement en dehors était si prononcé qu'un intervalle semblait exister entre celte lèle et lépicondyle. Le crochet cubital, déplacé en dedans, encadrait l'épitrochlée. lùilre l'olécrâne et le i-adius se trouvait rexlrémité inférieure de l'humérus

Fn.. ()",). — Luxation simiilliiiiéc du nibilus en arrière (1 «lu radins en avant.

i.u.\.\Ti().\s .\N(;ii;\m:s

Anatomie pathologique. — Le déplacemenl des surfaces arlicidaires rsl sui\i :

\° De la formai ion de (•avit(''S de récej)li()ii nnuNclies pour les exlréuiilés osseuses déj)lac(''es;

!2" De la production de saillies exubéraulcs (|ui circonsi iiv(Mil ((^s cavités;

Ti" Di" la déformaliou cl de l'oidilériil ion par du tissu librcux des surfaces articulaires normales.

Dans la liixaliou (hi ('(Hide en arrière", l'apopliysc" coroiu/ide se creuse une rainure profonde sur la pail ic ])oslérieure de la poulie lininérale. la tèle du

(') licDue inéfUro-rliiini'jicale, t. .\\ I. |i. TiO"

radius une excavation sur la partie postérieure du eondyle (pièces de Gely et de Cooper).

En même temps rextrémilc supérieure du cubitus se dél'oruic au contact de l'extrémité inférieure de l'humérus; une cavité sig-moïde nouvelle se crée au-devant de l'ancienne qui se rétrécit. Cette cavité nouvelle est limitée en arrière par l'apophyse coronoïde repoussée vers 1 olécràne, en avant par l'ossi-

FiG. 70. — Cavité sigmoïdi' iinii\ t.llc IdinKc ;ii!- (levant de l'ancienne : ou avani f-l une apnphyse nouvelle formée i)ar l'cissilicalin]! du bracliial antérieur. (Maigaigne.)

tication du tendon du lu'achial antérieur dont les insertions ont été plus (ui moins arrachées (fig. 70.)

Lorsque la luxation permet aux mouvements de se continuer dans une certaine mesure, les surfaces anormalement en contact finissent par se mouler l'une sur l'autre. Cesl ainsi que sur la pièce de Poumet, on voit au niveau rlu eondyle humerai une véritable poulie de glissement en rapport avec le crochet sigmoïdien, tandis que la trochlée abandonnée est considérablement rélrécie (voy. fig. 59).

Outre ces déformations analogues à celles de toute luxation, il y a au coude quelque chose de tout à fait spécial. Dans la luxation en arrière, Gruveilhier, Malgaigne, Benj. Anger, Marc Sée, Poulet, ont reuconlré une production osseuse, véritable os sésamoïde, développée au-devant de l'extrémité inférieure de l'humérus, dans l'épaisseur des débris du ligament antérieur de l'articulation, ou dans l'épaisseur des fibres profondes du muscle brachial antérieur. Cette coque osseuse est généralement assez étendue et permet plus ou moins les mouvements de ilexion et d'extension de la jointure.

Lorsque la luxation est plus jeune et que la production osseuse n'existe pas encore, on trouve à sa place un épais rennemenî fibreux intimement uni à la face antérieure de l'épiphyse humérale, dont // est l'art >lif/lcUc de le séitarer.

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