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CHAPITRE III

CHONDROMES

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Les citondromes osseux sont les plus fréi/ueiits des choiulrouies. La statistique de Heurtaux donne une proportion de T) cliondromes des os pour 1 chondrome des parties molles.

Les diondromes du squelette ont de véritables sièges de prédilection; les os des mains et des pieds, notamment les phalanges des doigts et les os du métatarse, voilà les parties les plus souvent atteintes. Viennent ensuite les extrémités des grands os longs : humérus, tibia, fémur dans un rapport assez égal, le péroné beaucoup plus rarement. Parmi les os de la face et du trt)nc on trouve en tôtc de l'échelle de fréquence les maxillaires, les os du l»assin el l'omoplate, puis les côtes et la base du crâne ; les vertèbres, les clavicules, le sternum sont frappés exceptionnellement (Airchow).

Les néoplasmes son! souvenl multiples au niveau des phalanges et îles métacarpiens, au niveau du bassin également. Ailleurs ils sont habituellement solitaires.

Anatomie pathologique. — Formes diverses. — Chondrome malin. - iNous n'insisterons pas sur V histologie des cliondromes osseux, d(\jà faite dans la description des chondromes en général, ni sur leur transformation graisseuse, l<ysti({ue, crétacée, etc.

Le chondrome peut se développer dans léijaisseur mènu> de l'os, c'est Vencltondrome proprement dit, chondrome interne de Virchow ; ou bien il naît du périoste. périrliDndronie de ('ruv<Mlli(M\ chondrome externe d(^ \'ir(how (').

(') .Midier a décrit sous le nom de luineurs oslcoidcs des tumeurs formées ]iar ini tissu, se rapprochant du tissu osseux vrai, mais n'en présentant pas tous les caractères. Virchow a signalé des tumeurs send)lal)les où, à côté du tissu ostéoïde on trouve des îlots de cartilage; ce sont les rlwndromc.i uulcaïdes qui paraissent être des chondromes avec inlilti'alioii calcaiic plus nu moins étendue.

CHONDROMES. 39

Uencliouh'ome wrr// naît souvent delà substance médullaire elle-même, « aussi doit-on regarder la tumeur comme un développement hétéroplasique procédant du tissu médullaire » (Virchow). Parfois cependant la tumeur se développe aux dépens du tissu compact lui-môme, du tissu osseux proprement dit, et Weber a suivi dans la production de l'enchondrome la métamorphose immédiate du tissu osseux en tissu cartilag-ineux.

Le chondrome interne peut rester longtemps latent. En s'accroissant, il arrive à faire plus ou moins saillie à la surface de l'os; on a alors une véritable tumeur osseuse, tumeur non seulement formée par l'extension périphérique du chondrome qui arrive à refouler la coque osseuse environnante, mais constituée aussi en partie, comme A. Cooper et Virchow l'ont noté, par de nouvelles couches osseuses apposées sous le périoste, et dues à la prolifération irritative de ce dernier. Plus tard cependant, le chondrome envahissant sa coque ambiante, cette coque finit par s'user, se perforer par places, et on ne trouve plus que quelques écailles osseuses dissiminées à la surface de la tumeur.

Enfin l'enchondrome continuant de s'accroître, refonte les organes voisins, tendons, nerfs, vaisseaux et envoie même des prolongements dans les tissus environnants. Il ne faut pas croire en etïet, comme le fait remarquer Virchow, que l'enchondrome reste toujours plus ou moins circonscrit; certaines formes malignes s'étendent au loin dans le tissu connectif, se sèment de proche en proche comme des tumeurs envahissantes, et envoient dans diflerents sens des nodules accessoires partis du nodule-mère primitif.

Les périchondromes n'ont pas tous le périoste pour origine, ils peuvent naître directement des couches corticales de l'os; la limite n'est donc guère tranchée comme point de départ entre enchondromes et périchondromes, mais leur physionomie clinique est réellement différente.

Les périchondromes siègent de préférence sur la ceinture pelvienne, l'omoplate, les grands os des membres, tandis que Venchondrome se développe surtout au niveau des os courts et spongieux de la main et du pied. Les chondromes périostiques ne restent pas latents comme les enchondromes; ils proéminent rapidement à la surface de l'os qu'ils compriment et usent dans ses couches superficielles, en même temps quils s'épanouissent au dehors en produisant des compressions de voisinage et des déformations accentuées. Les périchondromes du bassin sont graves à ce point de vue, notamment par les accidents de dystocie qu'ils entraînent à leur suite. Les néoplasmes de volume monstrueux (1 mètre, 2 mètres de circonférence) qu'on a signalés, appartiennent plutôt aux variétés périostiques qu'aux enchondromes vrais. Parfois cependant les périchondromes sont fort petits, limités, et ne dépassent pas les dimensions d'une noisette, d'une noix par exemple.

A côté des tumeurs formées de tissu cartilagineux pur on doit signaler des tumeurs mixtes : diondrosarcomes, myxoclwndromes, etc., ce sont ces formes qui évoluent à la manière de tumeurs malignes, envahissent et s'incorporent les tissus voisins, récidivent après l'ablation et se généralisent. Mais le chondrome le plus pur peut se comporter de la même façon, et après les faits signalés par Paget, Richet, Virchow. comme le fait remarquer ce dernier.

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« le beau rêve de lenchondrome considéré comme type de tumeur bénigne doit sévanouir ». Il existe donc un véritable cancer carlilagineiix.

Walsdorlï", dans sa thèse ('), a fait une très bonne étude de ces types malins du ohondrome. Le chondrome malin existe surtout de dix-huit à trente-cinq ans. A part rinfluence néfaste du traumatisme qui hâte l'évolution des chondromes, comme de toutes les tumeurs en général, on ne relève pas de causes bien nettes dans la production des chondromes malins, et il est impossible de dire pourquoi dans un cas la tumeur se comporte d'une façon bénigne, tandis que dans l'autre elle se rapproche des cancers. Le sexe, l'hérédité n'ont aucune influence (-).

11 est, du reste, fort difficile détablir cliniquement si un chondrome doit évoluer vers le type bénin ou devenir malin; aucun caractère extérieur ne permet de pronostiquer la marche de la tumeur cartilagineuse. Seul le caractère fœlal du cartilage rencontré sur un chondrome pur, par l'analyse microscopique, peut faire supposer la malignité du néoplasme (Ranvier). Plus tard, quand l'enchondrome est ulcéré, sanieux, quand il s'accompagne d'infection ganglionnaire, de cachexie, il est facile cliniquement d'affirmer l'existence «l'un cancer carlilagineux.

Le cancer cartilagineux récidive sur place, se diffuse aux parties voisines et se généralise. La généralisation se fait surtout du côté des poumons. Richet ("') a publié un cas remarquable où le chondrome avait donné lieu à l'apparition d'une trentaine de tumeurs semblables, de la grosseur d'un grain de mil jusqu'à celle d'une noisette, à la surface et dans la profondeur du poumon droit. Forster, Raum, ^^'eber ont noté des cas analogues; Volkmann, Mulcrt ont observé aussi des noyaux secondaires, non seulement dans le poumon, mais dans la rate et dans le foie.

Le chondrome malin produit des végétations infectieuses, des masses eachondroraateuses nouvelles dans les vaisseaux sanguins et hjmpliatiques. Paget, Virchow en rapportent des exemples très démonstratifs. Les ganglions lymphatiques correspondants deviennent aussi enchondromalcux.

Le chondrome bénin ne se généralise pas, l'absence de généralisation le différencie essentiellement de la forme maligne. Mais lui aussi peut récidiver, ou plutôt repulluler sur place si on ne l'a pas enlevé en totalité, et du reste il s'étend, il se sème, ainsi (jue l'a montré Virchow, comme par une véritable conlagion des tissus ambiants. Des nodules-mères part une série de nodules accessoires, toujours plus nombreux, dont chacun envoie ensuite d'autres nodules secondaires dans les régions voisines, et « chaque chondrome, quelle que soit l'apparence d'unité qu'il révèle, est ainsi indubitablement un produit Minltiplc » (Virchow).

Étiologie. — ■ L'éliologie des chondromes des os n'est guère dilïérenle de celle des chondromes en général, et à leur propos on poiu'rait répéter toutes

(') Clinndromc ninlin. Tlii'SP <le Paris, 1878.

(*) Dans robsorvalioii d'eiiclioiidroinaloso mulliplo «le Kast (lor. rit.) \o dôbiil dos lumonrs osseuses romoiilail à la priMiiièie enfance. On conslalail de plus, en certains endroits de la peau des angiomes caverneux. Pour Ueckiingliausen, il exisLail un rapjiort pallioyéni(pie entre les deux variétt's de néoplasies, encliondroines et angiomes.

(■"') Uaz. des liiipit., ISôf).

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les théories pathogéniques émises dans les généralités sur les tumeurs. Les causes invoquées sont toutes plus ou moins sujettes à caution, elles s'adressent à des faits particuliers plutôt qu'elles ne sappliquent à l'ensemble des cas. Le Iraumatisme cependant paraît jouer un rôle actif dans la production des chondromes osseux, et la contusion agit ici, par ses suites plus ou moins éloignées, comme un facteur étiologique de première importance. Virchow cite une série d'observations dues à de Herz, Nélaton, Gluge, Langenbeck, et qui ne laissent aucun doute à cet égard. Tantôt c'est un choc qui, reçu longtemps auparavant, a été le point de départ du néoplasme; tantôt il s'agit d'anciennes fractures, dans le foyer desquelles se développe ultérieurement l'enchondrome.

Virchow a insisté sur les rapports qui lui paraissent unir le rachïtmne et la diathèse enchondromateuse. Le chondrome ne naît jamais « d'un cartilage légi time c'est-à-dire d'un cartilage qui a le droit d'occuper la place où il se rencontre » (Virchow) ; il naît de la moelle ou du périoste d'une diaphyse, mais en dehors du cartilage conjugal; toutefois, comme la diaphyse a été cartilagineuse à une certaine période de son évolution, on peut toujours se demander si quelques fragments du cartilage primitif ne sont pas restés inclus dans le squelette définitif, lors du développement de celui-ci, ou si un travail morbide comme le rachitisme, n'est pas venu troubler l'ossification et créer du cartilage là où il devait faire défaut.

Symptomatologie. — La plupart des sj/mptumes de l'enchondrome des os ont été exposés avec l'anatomie pathologique de ces tumeurs. Les chondromes des doigts se présentent sous forme de petites masses dures, indolentes très généralement , formant une série de bosselures juxtaposées et séparées entre elles par des sillons. Les chondromes solitaires lies autres régions ont un aspect moins caractéristique et peuvent être confondus avec d'autres tumeurs osseuses (exostoses, sarcomes, etc.). Quand la tumeur est limitée par une coque osseuse, on peut sentir la crépitation parcheminée,

mais ce signe se retrouve dans beaucoup de néoplasmes osseux et n'a rien de pathognomonique. Les chondromes d'un petit volume sont souvent trarn:-

FiG. li. — Chondrome de la phalangette du petit doigt, chez une femme fie vingt-neuf ans. — Le début de la tumeur remonte à l'âge de quinze ans.

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parents, ou pour être plus exact, translucides. Celle propriélé de laisser passer les rayous lumineux se rencontre dans diverses variétés de tumeurs solides et la transparence, ainsi que nous l'avons indiqué (Académ. de médec, 1888), ne doit plus être considérée comme un signe caractéristique cl exclusif des lumeurs liquides. Nous avons montré que la transparence existait dans bon nombre de tumeurs solides.

La peau peut s'ulcérer par distension et, à première vue, laisser supposer un néoplasme d'une autre nature, c'était le cas de la tumeur de la phalangette (fig. 14) que j'ai récemment enlevée.

Au. fur et à mesure de l'évolution des chondromes, le tal)leau clinique change. Les tumeurs, de dures qu'elles étaient, se ramollissent parfois, s'ulcèrent et se vident au dehors par des trajets fisluleux. La gêne fonctionnelle qu'elles entraînent devient plus marquée, et cependant on est souvent frappé de voir, aux doigts par exemple, une mobilité remarquable coïncidant avec des tumeurs multiples et volumineuses; c'est que le chondrome a respecté les articulations et les gaines tendineuses. Pour certains chondromes avoisinant des cavités naturelles, des nerfs ou des vaisseaux importants, on redoutera des accidents de compression : obstruction, douleurs, paralysies partielles, œdèmes, etc.

Marche. — Pronostic. — Le chondrome osseux suit une marche fatalement progressive; mais que de dilïcrcnces dans la rapidité de son évolution! Les uns mettent huit, quinze, vingt ans à s'accroître avant de se vider au dehors, d'ulcérer la peau et de déterminer des accidents plus ou moins graves; les autres (chondromes malins), évoluent promptement, se désorganisent vite à la façon de cancers, déterminent des suppurations ichoreuses, le marasme progressif et des généralisations viscérales. Le traumatisme, l'irritation thérapeutique ou accidentelle de ces tumeurs, leur donnent un coup de fouet et en activent l'essor.

Diagnostic. — D'après ce ([ue nous venons de dire à pi'opos de la syn.plomalologie, il est clair que la physionomie de la plupart des chondromes n'a rien de bien caractéristique, les uns évoluent comme des tumeurs bénignes, les autres conune des cancers. Pour les cho)uiromes des doigts seulement, le diagnostic se fait à distance en raison de leurs déformations bizarres, bien spéciales à lenchondrome. Ouant aux chondromes d'autres régions, il n'existe aucun signe vraiment palhognomonique permettant d'affirmer leur nature; les uns sont durs, les autres sont ramollis et kystiques, les uns sont mobiles, d'autres ne le sont pas, les uns suppurent, d'autres ne s'ouvrent jamais; oi somme, on peut soupçonner l'existence d'un chondrome par la dureté de la tumeur, son élasticité, la lenteur de son évohUion, mais rarement raf/îrmer.

Traitement. — Le traitement des enchondromes qui a suivi dilVércnles phases a été Imcu étudié dans la thèse d'Aubert inspirée par M. PoUosson. Nous ne pai-Jerons pas des mogens topi(jues et médicinaux appliqués autrefois à la thérapeutique des enchondromes; le mercure, Viodure de potassium, les d(''])uratifs, sont, aussi bien que, les divers onplàtres, et l'infusion de cloportes

CHONDROMES. 43

blancs préconisés par Charmetlon. toujours restés infructueux. La compressio}i employée dans le but de favoriser latrophie de la tumeur ne mérite pas de nous arrêter; il en est de même de la cautérisation.

Restent les méthodes vraiment chirurgicales dont les unes (ablation simple' ou ablation avec évidement) sont con.^ervatrices et dont les autres (résection et amputation) s'accompagnent de sacrifices plus ou moins étendus du côté du squelette.

L'ablation pure et simple n'est guère applicable qu'à certains périchondromes qu'on peut aisément détacher des couches superficielles de l'os, cl dont on cautérise ou rugine ensuite la base d'implantation pour prévenir la récidive. Il est certain que plus la tumeur serapédiculée, plus l'opération sera facile et sûre au point de vue de ses résultats définitifs, puisque le néoplasme développé très extérieurement à l'os et pour ainsi dire suspendu à lui, n'a pu donner naissance à des prolongements disposant à la récidive. Il est telles circonstances où la tumeur, quoique sessile, prend, de par son siège, une forme pédiculée. C'était le cas de la malade, porteur d'un chondrome de la phalangette du petit doigt chez laquelle je pratiquai la désarticulation de la deuxième phalange. La tumeur avait le volume d'une mandarine, elle avait envahi toute la phalangette, quant à l'ongle, on n'en trouvait plus aucun vestige.

Dans la grande majorité des cas, quand le périchondrome a poussé des racines plus ou moins profondes dans le tissu osseux sous-jacent, et lorsqu'il s'agit d'enchondrome, c'est à Vablation suivie d' évidement qu'il faut avoir recours. Cette opération a été faite pour la première fois, par Champion (de Barle-Duc), en I8I0, et Aubert rapporte dans sa thèse 7 cas d'évidement. Sicile n'a pas été pratiquée plus souvent et tout au moins vulgarisée, c'est que les chirurgiens ont préféré amputer ou réséquer pour éviter des récidives, et se sont laissé intimider, avant l'antisepsie, par les craintes de l'ouverture du canal médullaire et des gaines tendineuses. Les suites immédiates de l'opération sont fort simples, si la plaie n'a pas été infectée bien entendu; plus tard le tissu osseux bourgeonne et la cavité opératoire se comble peu à peu; on réprimera seulement l'exubérance des bourgeons par le nitrate d'argent et on exercera sur la plaie une légère compression, surtout utile aux doigts pour régulariser la réparation et empêcher ultérieurement une difformité par excès de volume. Chez quatre opérés revus par Aubert il n'y eut pas de récidive.

Ce n'est que si les moyens précédents échouent ou ne sont pas applicables qu'on aura recours à la résection ou à l'amputation. Nous entendons la résection typique, comprenant tout un segment de l'os emportant avec lui le produit néoplasique, car la résection atypique, celle qui enlève seulement la néoformation morbide, se rapproche singulièrement de l'évidement.

La résect'on typique n'est pas applicable'aux enchondromes des doigts, car il vaut mieux amputer que réséquer à ce niveau. Elle sera de mise sur un os plus volumineux que les phalanges et quand les désordres ne seront pas assez grands pour exiger l'amputation, qui est la ressource ultime. Cette dernière opération sera réservée aux formes étendues ou malignes (').

(') Chez un homme atteint d'un ehonih-osarcome du bassin, Houx (de Lausanne) enleva l'os iliaque droit en totalité. Le résultat définitif était excellent, ainsi qu'on put en juger au dernier Congrès français de chirurgie, où l'oitéré fut présenté. {Con(j)'ès /'ranr. de chir., 1881).}

44 FIBROMES.

LYMPHADÉNOMES

Ces lumeuis sont particulièrement rares, à en juger par les observations publiées. En ISOG, Ranvier décrit la lésion pour la première fois, elle siégeait sur le bassin d'un enfant de dix ans. L. Périer, dans sa thèse sur le Lymphadénome des os (Paris, 1884), rapporte une autre observation d'un enfant de <louze ans, porteur d'un lyniphadénome du maxillaire inférieur. Enfin Kelsh et Vaillard [Annales de Vlmlilut Pasteur, t. IV, n" 5) ont vu, chez un malade âgé de vingt-quatre ans, des tumeurs lymphatiques multiples dans le tissu cellulaire, et dans le squelette, côtes, tibias, etc. Ils ont à ce propos décrit un microorganisme particulier dont, il est vrai, les cultures inoculées ont été sans action spécifique.

De ces faits et d'autres encore empruntés à Lannelongue, à Kelsh, faits groupés par MM. Brousses et Girardin dans leur intéressante monographie sur le lymphadénome (Masson, 1886), il résulte que la lymphadénie osseuse se développe de préférence chez les jeunes sujets et qu'elle se présente sous deux formes diirérenles. Dans une première série de cas, chez les sujets leucémiques on trouve des lésions diffuses dans la moelle osseuse, des amas de globules blanc, retenus dans les mailles du tissu réticulé. Dans une deuxième série, il s'agit de lésions localisées, donnant lieu à des masses distinctes, à de véritables . tumeurs, peut être d'origine microbienne et s'accompagnant de leucocytose plutôt que de leucocythéniic vraie.

Toutes les observations signalent dans le sang une augmentation considérable des globules blancs. Celte concomitance d'une leucocythémie permettra seule d'affirmer le diagnostic et de séparer le lymphadénome osseux avec tumeur, de l'ostéosarcome (*).

Dans les cas où l'on est intervenu la mort est survenue par hémorrhagie, aussi semble-t-il que Ion doive rejeter toute opération. Jusqu'à présent, malgré les divers moyens médicaux employés, la marche de laifection a toujours été lapide et la terminaison fatale.

FIBROMES

Les tumeurs fibreuses du squelette peuvent se diviser, suivant leur point de départ, en fibromes péripJiéruiues ou périosliqiies cl fibromes centraux ou intraosseux (formes endoslales de Paget).

(') Zolm [loc. cit.), Millrolli oril duniié lo, nom de mtfclomc multiple an lyni|»tio-sarcomo iiiulli|il(' ou lyn)|)liomt' malin primilildo la moollo osscnso. Dans nne oltscrvalion de Kalilcr {l'rrtijcr med. Worhenachrifl, 18!<(), n" 4 et (i), on dcliors dos dolormalions dn s(|noIollo, simulant l'oslôomalario, de donleuis violonlcs dans les <»s (VolUniami), il existait do Yalhnmosiilir. Dans doux cas send)lal)los de myélomos ninlliplos, Henco-Jonos et Knhne avaient déjà sitçnalé rexislonoo de l'alhnniose, nn des (|natio |)i'()dnits intermédiaires (jui prennent naissance, lors <lo la li'ansfurmalion de rallnniiiiie en jteiilone en présence de la pepsine.

FIBROMES. 45

Les fibromes périostiques s'observent beaucoup plus souvent, tout au moins sur certaines parties du squelette, que les fibromes intra-osseiix.

Développés aux dépens du périoste, ils ont pour siège presque exclusif l'apophyse basilaire et constituent les polypes naso-pharyngiens, afTection de l'enfance et de l'adolescence, dont l'histoire des plus intéressantes appartient à l'étude des maladies de la base du crâne. Aux maxillaires, sur les gencives, on les a englobés sous le nom d'épulis, et on les a confondus parfois avec des tumeurs myéloïdes, plus communes.

Sur les os longs, les fibromes périostiques sont beaucoup plus rares. Je n'ai observé qu'une seule tumeur de ce genre, elle siégeait sur la clavicule droite d'un jeune homme de vingt-huit ans et faisait corps intime avec cet os qu'elle engainait à peu près complètement sur les deux tiers de sa longueur à partir de l'articulation sterno-claviculaire. La tumeur très dure pesait 150 grammes, au début on avait cru à un syphilome.

A côté de cette forme très nettement sous-périostique avec large implantation sur l'os sous-jacent, doivent prendre place des tumeurs fibreuses plus particulièrement rencontrées au voisinage du bassin. Ces tumeurs des parois abdominales, de l'excavation pelvienne, se développent aux dépens des tissus fibreux de la région, elles sont souvent rattachées à la crête iliaque ou à un point quelconque de la ceinture pelvienne par un pédicule plus ou moins long partant du périoste, elles s'observent surtout chez la femme et n'ont de périoslique que leur point de départ. Il en est de même de certaines nodosités, le plus ordinairement de nature rhumatismale, développées dans les couches parostales, et tout à fait assimilables à des productions du même ordre occupant le tissu cellulaire d'autres régions (Ballin. Nodules de Meynet ou nodosités rhumatismales sous-cutanées. Thèse. Lyon, 1885. — Chuffart, Des affections rhumatismales du tissu cellulaire sous-cutané. Thèse d'agrég., Paris, 1886).

Les fibromes centraux, prenant naissance dans l'épaisseur du tissu osseux, ont été rencontrés dans les deux maxillaires, surtout dans le maxillaire inférieur (Paget), dans les vertèbres, dans les épiphyses des os longs. Cette dernière variété de fibrome est exceptionnelle. Ainsi que les fibromes des parties molles, ces tumeurs sont formées par une agglomération de lobules durs, fusionnés entre eux, présentant comme caractère important d'être indépendants des tissus voisins, dont ils sont parfois séparés par une membrane d'enveloppe. Ils peuvent subir des transformations régressives : dégénérescence calcaire, graisseuse, kystique, surtout lorsque la lésion est de date ancienne. Leur vascularité est très variable, et, à ce point de vue, les fibromes naso-pharyngiens méritent une place à part.

Entraînant souvent des hémorrhagies qui, par leur fréquence, par leur abondance, peuvent être rapidement mortelles, ces tumeurs deviennent parfois en récidivant, pulsatiles comme certains ostéo-sarcomes (Ollier). Ces transformations télangiectasiques ne sont pas les seules à redouter. Il est certain cliniquement que ces néoformations conjonctives sont un pas fait vers une néoformalion plus grave, et d'après leur siège, d'après leur marche plus ou moins rapide, etc., on devra parfois redouter une évolution sarcomateuse (Ed. Schwartz, G. Weber). Assez souvent, du reste, la tumeur présente une structure différente suivant les divers points où on l'examine.

46 LIPOMES.

En dehors des polypes naso-pharyngiens, des fibromes péri-pelviens, le diagnostic, surtout pour les fibromes centraux, ne sera possible que pendant Topération. On les confond le plus souvent avec des sarcomes dont ils se séparent par leur marche lente, plutôt (pie par tout autre symptôme.

Le seul traitement rationnel est l'extirpation. Les fibromes des os, tumeurs qui ne s'accompagnent ni d'inreclion ganglionnaire ni de généralisation, ne récidivent pas après une ablalion complète. Quant aux polypes naso-pharyngiens, leur récidive est la règle, mais on peut toujours supposer, en raison de leur siège et des difficultés opératoires, que leur ablation a été incomplète. On n'oubliera pas qu'ils rentrent dans le cadre des maladies de la croissance et que, le développement terminé, vers l'âge de vingt-cinq ans, ils subissent une période d'arrêt cl même de régression. Enlevés à ce moment en totalité, ils ne récidivent plus.

MYXOMES

Les myxomes purs du tissu osseux, sans adjonction de tissu cartilagineux, sont des plus rares. Ils ont comme siège principal les deux maxillaires.

Pour Cornil et Ranvier, ils auuaient une origine périostique et sous-périostiqiie, suivant Pr. Volkman et Virchow ils seraient primitivement centraux et naîtraient profondément dans le tissu médullaire. Quel (juc soit leur {)oinl de départ, ces tumeurs ont une marche lente, bénigne, elles récidivent parfois, mais ne se généralisent pas. Leur existence ne peut être que soupçonnée, et l'on essaierait vainement, avant l'opération, d'établir une symptomalologie et un diagnostic différentiels.

LIPOMES

Les lipomes des os constituent également une rareté. Virchow, les considérant comme des exostoses dans lesquelles se trouvaient de grandes masses de moelle graisseuse, avait nié leur existence. Ils ont été signalés deux fois au maxillaire supérieur (Viard, Bull, de la Soc. anal., mai 1850, t. XXV, \'t'i. — 'J'ri(piet, .Soc. de bioL, avril 1851). Ce dernier lipome avait été recueilli par Nélalon, et Ti'icpiet le présenta à la Société de biologie.

Nous ne connaissons qu'une observation de lipome dévelopi)é dans un os long; elle est relatée dans le Traité d'anatomie patlwlogiqiic de t'ornil et lî.'Mivici-. La lumeur était volumineuse, elle occupait le corps du tibia. « Les lobuh's <bi lissM adipeux, au lieu d'être limités par des cloisons fibreuses, étaient séparés |»ar (h's travées de tissu osseux. »

A côté des lijtoitics inlva-osseiix qui sont, on le voit, exceptionnels, nous

signalerons l'existence de lipomes parostaux dont nous avons observe un bel exemple, autour du fémur, chez une femme de trente ans. La tumeur, du poids de 150 grammes, de forme allongée, occupait exclusivement les couches cellulaires parostales et, par des travées conjonctives assez résistantes, adhérait au périoste.

Arcy Power {Transact. of tite patltol. Soc. of Lomlon, 21 fév. 1888), cite un cas de tumeur congénitale lipomateuse également adhérente au périoste du fémur chez un enfant de neuf ans. Le lipome siégeait au niveau du grand Irochanter.

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