LUXATIONS LATÉRALES
La tubérosité externe du tibia fait une saillie considérable en dehors et le condyle interne du fémur distend la peau de la région interne au point de la rompre dans quelques cas.
La rotule est quelquefois simplement déviée et oblique en dehors ; dans d'autres circonstances, on la trouve complètement luxée reposant sur le condyle externe du fémur. La jambe est généralement fléchie et portée dahs l'adduction. On l'a cependant trouvée dans labduction.
Pronostic. — Il n'est généralement pas grave. La réduction se fait facilement et est suivie d'une restauration rapide des fonctions, lorsque le déplacement n'est point compliqué de déchirures des vaisseaux poplités.
Braun fit une fois avec succès l'arthrotomie du genou pour une luxation irréductible (').
Luxation en dedans. — Elle est complète ou incomplète.
De la luxation complète, il n'existe que les deux exemples rapportés par Malgaigne, et appartenant l'un à Miller et Hoffmann, l'autre à Galli. Dans les deux cas, le tibia complètement séparé du fémur faisait une énorme saillie en dedans. Les condyles avaient perforé les téguments en dehors, et sortaient à travers une vaste plaie.
La luxation incomplète est moins rare, elle est produite par une cause directe qui repousse le tibia en dedans, ou par une cause indirecte qui tend à plier le genou latéralement et à porter la jambe en dehors, les ligaments internes sont rompus et le tibia glisse en dedans.
Lorsque le tibia en se déplaçant en dedans subit un mouvement de rotation sur son axe qui porte sa surface articulaire en dedans et en avant, la luxation est dite antéro-latérale.
Une dissection faite par Cooper et rapportée par Malgaigne a montré les désordres suivants : il existait une large déchirure du vaste externe, la capsule et les jumeaux étaient aussi déchirés en arrière ; les ligaments latéraux et croisés étaient intacts.
Les symptômes sont : la saillie de la tubérosité interne du tibia en dedans, celle du condyle externe du fémur en dehors. La jambe dans l'extension est inclinée en dehors; quelquefois fléchie, -presqu'à angle droit; elle fait avec la cuisse un angle saillant en dehors.
La réduction, facile en général, se fait comme celle de la luxation en dehors.
Luxation par rotation dit tibia. — La luxation peut avoir lieu soit par rotation du tibia en dehors, le condyle interne regardant en avant, soit plus rarement par rotation du tibia en dedans, c'est alors le condyle externe qui devient antérieur. Les symptômes dont s'accompagnent la luxation avec rotation en dehors sont les suivants : la jambe est complètement étendue et tournée en dehors, le pied appuyant sur le plan du lit par son bord externe. La tubérosité interne du tibia est en avant au-dessous de la trochlée fémorale, la tubérosité externe en arrière, dans l'échancrure intercondylienne. La tubérosité antérieure du tibia regarde directement en dehors, et la rotule est luxée sur le condyle externe. Tels sont au moins les symptômes relevés dans l'observation de
(') Braun, Deutsche ined. Wochenschrift, 1882, p. 291.
Dubreuil et Martellière (') qui sert à la description de cette variété de déplacement.
Sulzenbacher (-) a publié une observation où les symptômes étaient à peu près semblables. Toutefois le déplacement du tibia en arrière et en dehors était plus accusé encore et la saillie dans le creux poplité de la tubérosité externe du tibia et de la tête du péroné plus considérable.
Dans les cas précédents les deux plateaux du tibia s'étaient luxés sur les condyles fémoraux, le diamètre transversal de la surface articulaire libiale devenant antéro-postérieur. Dans deux cas publiés par Boursier et par Hénalî le déplacement fut un peu diflerent.
Chez le blessé de Boursier ("'), le condyle externe du fémur s'était déplacé seul en avant de la tubérosité correspondante du tibia tournant autour du condyle interne qui avait conservé ses rapports normaux avec la cavité glénoïde interne du tibia.
Chez le malade de IIénatT('*), au contraire, c'était le condyle interne qui s'était déplacé en arrière de la tubérosité interne du tibia devenue saillante en avant. Ce mouvement de rotation s'était exécuté autour du condyle externe qui n'avait pas quitté sa position normale sur la cavité glénoïde externe.
La luxation par rotation du tibia en dedans a été admise par Malgaigne d'après un cas très incomplet de Paris.
Ces luxations par rotation se compliquent parfois de fractures du tibia et du péroné.
Bassius, le premier, en 1751, observa le déplacement du cartilage semihmaire externe et l'attribua à une altération pathologique de la jointure. Après lui Bromfield raconta qu'il avait vu une claudication passagère à la suite de la luxation probablement traumafique d'un des fd)ro-cartilages arti- <-ulaires du genou. Plus tard encore l'attention fut particulièrement fixée sur la possibilité de ce (h'placement survenant sans lésions articulaires préalables par Iley (pii en donnait deux observations. L'une était celle d'un homme qui, en se retournant dans son lit, s'était trouvé subiteuient dans l'impossibilité détendre la jandjc. L'autre avait trait à une jeune fille qui présenta les mômes symptômes à la suite d'un elVort fait en se baissant pour saisir un enfant. Hey soupçonnait quelque dérangement des ligaments croisés ou un (léj)lacement du fémur sur les cartilages semi-lunaires.
A. (^ooper adopta cette dernière hyj)othèse qui fut reproduite par Malgaigiu', Dequevauviller, Marjolin, Londe, Rognetta, Bonnet (*). Chacun de ces chi-
(') Duuukuil cl !\lAHTr.ixu'iHi:, Arr.li. fjcn. de nic.d., IS.S'2, l. XXX, p. V.)'!.
(*) SuLZi;NUAr;iii;n, Wiener nicd. Presse, 18«0, t. XXI, p. '27'2.
(') Hoi;nsir;n, ./oM,r)i. de inéd. de liordeaux, 1X8'2-I.S«."), l. .XII, p. 'l'ib.
(*) IIknai I , Tiièsc de Paris, l«8'2-l««r..
(•*) Maluakim:, L(jc. cit., p. iUi!).
riirgiens doiinail en même temps des observations nouvelles apportant leur appui à l'opinion de Hey.
Cependant malgré une autopsie de Reid démontrant la réalité de la luxation du cartilage senii-Iunaire interne, malgré les expériences de Bonnet, la luxation des cartilages semi-lunaires ne fut pas déiinitivement admise. Panas ('), en 187!2, déclarait que la similitude des symptômes de cette lésion hypothétique et des corps étrangers articulaires devait imposer la plus grande réserve et ne pas laisser acceptera la légère une luxation qui était loin d'éire démontrée. Aussi, en 1871), lorsque Lannelongue et Lel'ort apportèrent à la Société de chirurgie des observations nouvelles, elles ne furent pas acceptées par tout le monde comme appartenant manifestement à une luxation des cartilages.
Depuis quelques années seulement, la pratique de l'arthrotomie a permis de constater directement la luxation des cartilages semi-lunaires et d'établir définitivement la réalité de leur déplacement. A cette dernière période appartiennent les observations de Annandale, Croft, Davies-Colley, Scott- Lang, etc.
Anatomie pathologique et mécanisme. — Les dissections ont été faites sur des cadavres trouvés par hasard dans les amphithéâtres ; c'était de pièces anciennes qu'il s'agissait par conséquent. Reid('^) trouva le cartilage semi-lunaire externe, en partie détaché du tibia, déchiré à sa partie antérieure et déplacé en dedans et en arrière.
Fergusson vil l'un des cartilages semi-lunaires séparé du tibia. dans toute son étendue sauf au niveau de ses insertions antérieures et postérieures, si bien que pendant les mouvements du genou, il oscillait entre les surfaces articulaires. Sur une autre pièce appartenant à Marsh, un lambeau était détaché de la circonférence du cartilage semi-lunaire interne; pendant les mouvements ce lambeau se retournait, s'interposait aux surfaces articulaires et en provoquait l'immobilisation.
Les arthrotomies faites dans ces derniers temps ont permis de constater des lésions analogues. Nous pouvons les résumer de la manière suivante :
1" Le cartilage semi-lunaire interne est celui qui se déplace le plus souvent;
2" Le déplacement s'accompagne d'un arrachement des insertions antérieures du cartilage; ou bien les insertions antérieures et postérieures demeurent intactes et la déchirure porte sur toutes les attaches circonférentielles. Il est exceptionnel que l'insertion postérieure du fibro-cartilage se rompe.
5" Quelquefois la circonférence du cartilage séparée de ses attaches ligamenteuses se replie sur elle-même, se déplace vers l'espace intercondylien et, s'interposant aux surfaces articulaires, immobilise la jointiu-e (Annandale) (').
4" La déchirure du cartilage semi-lunaire peut être partielle, un lambeau plus ou moins large est détaché du ménisque et le lambeau se redressant
(*) Art. Genou du Dict. de méd. el de dur. pral.
O Malgaigne, Loc. cit., p. 970.
(^) Annandale, Brit. med. journ., 1888, p. 588.
sintcrposo et produit encore l'immobilisation de la jointure (C-roft ('), Marsh {')).
l)" Enlin le cartilage semi-lunaire séparé de ses attaches périphériques peut être divisé en plusieurs morceaux par des déchirures qui le segmentent (Davies- Colley) e).
6" Le déplacement du fibro-carlilage peut se faire en avant, en arrière ou de côté.
Le mécanisme de cette lésion a été déjà depuis longtemps recherché par Bonnet, il reste à peine ébauché et bien des points demeurent obscurs.
Tel qu'il est le voici : Un sujet étant horizontalement étendu sur sa face antérieure et la jambe étant fléchie à angle droit, Bonnet porta brusquement le pied et la jambe dans la rotation en dehors. Il éprouva la sensation d'un soubresaut particulier et le pied demeura tourné en dehors la jambe fléchie sur la cuisse à 45 degrés. Il procéda alors à la dissection du genou et ayant enlevé la rotule, il vit en répétant l'expérience « que le soubresaut était produit par le passage du condylc interne du fémur derrière le cartilage semi-lunaire qui se trouvait ainsi refoulé en avant sur la cavité glénoïde interne du tibia sans qu'il y eut ce}:)e)ulant déchirure de la capsule articulaire. »
Les symptômes ressemblent beaucoup à ceux qui sont provoqués par les corps étrangers du genou. Dans un mouvement de flexion du genou un peu brusque, le malade éprouve une douleur vive, son membre est en même temps immobilisé et il ne peut ni fléchir ni étendre la jambe. Si cependant surmontant sa douleur, il parvient à produire l'extension ou si quelqu'un lui venant en aide fait exécuter ce mouvement au membre un ressaut se i)roduit : aussitôt toute douleur disparaît et les fonctions de la jointure sont instantanément rétablies (Hey, Bromfield, Dequevauviller, Londe, etc.).
Lorsque le chirurgien est appelé à examiner le déplacement des cartilages semi-lunaires, il peut constater habituellement un signe capital, la saillie du cartilage déplacé; cette saillie est sensible et visible pendant la flexion (Lannelongue {% Nicoladoni ("•)), disparaît pendant l'extension; elle siège ordinairement à la partie antérieure de linlerligne.
Lorsque le déplacement est rapidement corrigé tout se borne à ce que nous venons d'exposer. Dans le cas contraire, une hydarthrose abondante survient accompagnée de douleur d'impotence fonctionnelle et d'im gonflement considérable de rarliculation. La lésion peut alors être masquée, passer inaperçue et produire des phénomènes d'arthrite subaiguC' (pii aboutissent à des raideurs articulaires plus ou moins ])énibles.
Alors même: que le déplacement du libro-carlilage a été immédiatement ( ttrrigé, la rupture ligamenteuse qui l'accompagne peut ne pas se réparer parfaitement et des récidives de plus en plus fréquentes sont à craindre. Annandale nous dit : « Jai constamment l'occasion de voir des malades qui me disent (piils sont (l('|)uis i»lusicurs années entravés par celte lésion, (pi'ils ont
(') Croft, JJril. nicd. jauni., 1«K8, p. .■)8«.
(*) In Sti.mson, Lor. cit., \). 484.
(') l)\\iiiS-('.uLLi-:\, liriliah nied. juuiii., 1888, p. r)88.
(*) Lannelon(;le, liitll. de la !Suc. de citir., \^ii), p. .^73.
(») Nicoladoni, Arch. f. klin. Chir., IX8i-I88'2, t. XXVII. p. (iOT.