‹ Traité de chirurgie (volume 4)Chapitre 8 sur 162 · DE L ENTORSE EN GÉNEHAL · texte numérisé non relu

DE L ENTORSE EN GÉNEHAL

sur la jointure tibio tarsienne, qui aurait pu normalement se soustraire aux effets de la violence.

Enfin les atrophies musculaires favorisent aussi les eflcts dos mouvements forcés. A l'état physiologique, les muscles en se contractant vigoureusement au moment dun traumatisme, appliquent les unes contre les autres les surfaces articulaires, et dans une certaine mesure les empêchent de se déplacer. La simple tonicité musculaire maintient normalement au contact les surfaces qui se correspondent et la paralysie ou la parésie des muscles péri-articulaires amène leur écartement. T.ela est bien évident dans la paralysie deltoïdienne.

Cette laxité articulaire d'origine musculaire jouerait donc un certain rôle dans la production des entorses, et Masse (de Bordeaux) ('), Lagrange, ont insisté sur celte cause prédisposante.

La laxité articulaire ne dépend pas seulement de l'insuffisance des muscles, mais aussi dune faiblesse congénitale ou acquise de lappareil ligamenteux. Depuis longtemps on a répété, sans grande preuve du reste, que les entorses se voyaient de préférence chez les lymphatiques et les scrofuleux. M. Aubeau (^), qui a consacré sa thèse à l'étude de ce sujet, déclare que cette laxité est réelle, qu'elle est plus ou moins généralisée, quelquefois mono-articulaire, et elïectivement liée au lymphatisme et à la scrofule.

Je ne ferai que signaler l'infinence des âges sur les elTets du mouvement forcé, il est de connaissance vulgaire qu'une violence de force suffisante poui* produire une fracture chez un vieillard, ne provoquera qu'une entorse chez un adulte ou un enfant. Mais lorsqu'il s'agit de dire qu'elle est la fréquence relative des entorses chez l'adulte et l'enfant, on se trouve fort empêché et dans l'obligation de répéter que l'entorse des enfants est relativement rare.

Anatomie pathologique. — L'analomie pathologique de l'entorse ne repose que sur les constatations faites dans les expériences cadavériques. Depuis longtemps on a reproché à cette anatomie pathologique expérimentale de ne pas être absolument exacte, parce quelle ne lient pas compte des elTets de la contraction musculaire. Elle donne cependant des résultats importants et, faute de mieux, c'est à elle qu'il faut s'en référer.

1° Lésions portant sur les Ugaraoïts. — Les ligaments qui supportent l'elïort peuvent être : déchirés, désinsérés, arrachés avec la parcelle osseuse sur laquelle ils s'implantent. La forme et la force des ligaments ont une grande iniluence sur la nature de la lésion produite ; c'est ainsi que la déchirure se verra surtout sur les ligaments larges et aplatis, sur les capsules en particulier. Ces dernières n'ont pas partout la même épaisseur, elles présentent parfois une zone d'amincissement, au niveau de laquelle elle se déchirent. Ce sont encore les ligaments capsulaires ou membraneux qui se laissent désinsérer : la désinsertion de la capsule sur la partie inférieure de la tète humérale n'est j)as rare, non plus que celle du ligament antérieur du coude, ou du renforcement capsulaire antérieur de l'articulation tibio-tarsienne. Cette désinsertion s'accompagne souvent d'un décollement périostique plus ou moins étendu. En

(') Masse, De lin/luenrc de l'attitude des membres sur leurs a)-ticulalions. Montpellier. 1S78. (-) Al BEAU, Thèse de Paris, 1881.

56 1»K l'entorse EN GÉNÉRAL.

revanche, la déchirure ou la désinsertion des lig-amenls forts et trapus, des ligaments cylindroïdes est une rare exception, larrachemenl de leurs implantations est la règle. Ce phénomène n'a rien qui puisse surprendre si on se rappelle les connexions intimes de l'appareil ligamenteux avec le tissu osseux des épiphyses. Ne savons-nous pas que pendant les premiers temps de la vie intra-utérine, les cellules des ligaments embryonnaires se continuent directement avec celles qui plus tard formeront l'os et constitueront l'épiphyse? Il n'y a donc pas simple contact entre les ligaments et les extrémités osseuses, mais pénétration de ces dernières par les premiers ('). La portion osseuse arrachée est souvent petite, quelques minimes parcelles osseuses sont seulement détachées, mais elle peut être considérable, et il devient alors fort difficile de déclarer si la lésion doit être rangée parmi les fractures articulaires ou parmi les entorses. Nous nous sommes précédemment expliqué sur ce point, en disant qu'à bon droit des fractures telles que celles du radius ou du péroné pourraient être regardées comme le dernier degré de l'entorse.

Quoi qu'il en soit, l'arrachement osseux des insertions ligamenteuses a pour etTet d'ouvrir les aréoles du tissu spongieux. L'arrachement peut être complet et alors une sorte de couvercle, de capuchon osseux reste appendu à l'extrémité du ligament détaché ou bien il reste incomplet, et il faut, pour le découvrir, rechercher avec soin une fissure que rendra béante une traction exercée sur le ligament.

L'ouverture des aréoles du tissu spongieux serait une des causes les plus fréquentes de l'épanchement sanguin dans les cavités articulaires (Segond) (*). Les gouttelettes huileuses qui surnagent souvent à la surface du sang extrait par ponction d'une hémarthrose ont aussi pénétré par cette voie dans la joinlure.

En raison de dispositions anatomiques spéciales à certaines articulations, telles que le genou, l'épaule, les tractions ligamenteuses ne s'exercent point tant sur les os que sur les fibro-cartilages destinés à amplifier ou à modifier la forme des cavités glénoïdes. (^est ainsi que le bourrelet glénoïdien de l'articulation de l'épaule a été trouvé détaché de son insertion à l'omoplate dans une étendue i)lus ou moins grande, ou partiellement déchiré. Les fibrocartilages semi-lunaires du genou quelquefois rompus, d'autres fois luxés en divers sens peuvent perdre toute connexion avec la tubérosité tibiale à laquelle ils apparti(MuuMit. Iley, A. Cooper, et beaucoup plus récemment Annandale. Robert Smitli, etc., nous en ont donné des exemples (voy. Luxations).

La déchirure des synoviales articulaires se voit dans pres([ue tous les cas: elle n"a généralement pas une étendue considérable.

Les cartihiges d'encroûtement ne présentent souvent aucune altération, lorsque l'entorse ne se complique point de fissures osseuses articulaires, et leurs lésions accompagnent d'ordinaire les enfoncements, les fractures par pression.

Lésions (les O.S. Les arrachements et les fractures péri-articulaires, pro-

• vo([ués par la traction des ligaments, sont les moiii(h(>s lésions i\ur subissent

les os; ils peuvent encore présenter: 1" un écrasemeul p;ir })ressi()n réciproipio

(') Variot, Tlit'so d'agrcf,'., 1><8.".

(") Skoom), l'rofjrèii )nédiral, 187'J

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