PLAIES PAR LNSTRUMENTS PIQUANTS
La plaie qui résulte de la pénétration de ces corps pointus est perpendiculaire ou oblique aux téguments : l'instrument, frappant perpendiculairement les téguments, les traverse directement et atteint les os du crâne, qu'il peut léser, ou par lesquels il est arrêté ou réfléchi.
Lorsque le corps acéré frappe le crâne obliquemoU, et sur une zone aplatie, comme la région pariéto-temporale ou frontale, la pointe pénètre obliquement le cuir chevelu, et s'insinue entre la face profonde des téguments et le crâne : lorsque la pointe ressort après ce trajet sous-cutané, il en résulte une plaie en f^éton, de longueur variable.
L'hémorrhagie, la douleur, la présence d'un corps étranger, sont les suites ordinaires de ces piqûres.
Ulténiorrhagie est le plus souvent insignifiante; la déchirure d'une artère du cuir chevelu est cependant possible, de là une perte de sang nécessitant la ligature ou la compression.
La douleur est passagère, mais une névralgie pé)iible est parfois la conséquence de la déchirure d'un des filets nerveux. La lésion nerveuse peut-elle avoir des conséquences plus graves, et faut-il, avec Dupuytren {Leçons orales, I. VI, p. i'id), attribuer à la piqûre du nerf frontal la perte de la vision? La corrélation entre une piqûre, un choc violent même, sur la région sus-orbitaire et la perte de la vue, n'est pas niable, mais la pathogénie de cet accident grave n'est pas suffisamment établie.
Pour Dupuytren, la cécité était due aux anastomoses entre le nerf frontal et le ganglion ophthalmique ; jikis près de nous, on a invoqué une paralysie
rdfïeœe, « mais si l'on considère que la perle de la vision n'a jamais succédé aux divisions chirurgicales du nerf frontal, mais toujours à une contusion plus ou moins violente du pourtour de lorbite, avec ou sans plaie, on est porté à rejeter les explications précédentes, et à l'attribuer soit à la commotion propagée par les parois orbitaires au nerf optique, à son passage par le trou du même nom, ainsi que le pensait Malgaigne [Anatomie chino-gicnle), soit à la commotion communiquée au globe oculaire lui-même et déterminant quelque décollement des membranes, ou quelques troubles des milieux de l'œil ». (Legouest et Servier, art. Lésions traimatiques du cijane. Dict. pncyclopédiqKe,
L'instrument pi(puint peut être brisé, et sa pointe rester dans l'intérieur du cuir chevelu; mais ce corps étranger des parties molles n'occasionnera des accidents inflammatoires que s'il est septique.
Il faut toujours songer que ces piqûres peuvent intéresser la paroi crânienne ; cliniquement le diagnostic de la pénétration est toujours délicat : il n'y a souvent que des symptômes de probabilité {longueur de Vagent vulnérant, minceur des os du crâne); la fixation de la p)ointe dans le tissu osseux, des troubles cérébraux, constituent des signes beaucoup plus certains.
Les lésions osseuses modifient singulièrement le pronostic, puisque, en 1870. 10 plaies limitées aux seules parties molles ont toutes abouti à la guérison, tandis que 11 piqûres, avec lésion osseuse, ont été 7 fois suivies de mort.
tl" PLAIES PAR INSTRUMENTS TRANCHANTS
Plaies 'simples, plaies avec écartement, plaies à lambeaKx. — Telles sont les trois variétés que peut créer linslrument tranchant.
La plaie simple succède à la section incoiinplète du cuir chevelu.
La plaie avec écartement répond à la division de toute Vépaisseur du cuir chevelu.
Dans la plaie à lambeaux, linslrument tranchant a pénétré obliquement, en dédolant pour ainsi dire, sectionnant les tissus et les détachant, par leur face profonde.
Dans tout lambeau, il y a à considérer ses lèvres, sa base cl sa mobilité.
La surface de section est oblique, et sur une des lèvres on peut apercevoir la racine des cheveux divisés dans Vépaisseur du derme : cette disposition a été signalée par J.-L. Polil, (|ui considérait ces bulbes pileux comme susceptibles d'engendi'cr les inllumnuilions érysipélateuses ; aussi, dans un cas de ce genre, il arracha avec des pinceltes à pjoil plusieurs cheveux qui avaient élé coupés dans l'épaisseur de la peau, et tous les accidents cessèrent (Œuvres complètes, p. HiiJ. l*aris, \HhA). Avec les données baclériol<)gi(pi(>s (jue nous possédons aujour- (rinii sur la genèse de l'érysipèle, du phlegmou, (I(^ la lyinpliaugile. celte Ihéoi'ie n'a plus qu'un intérêt hislori(pie.
La base du lambeau est le plus souvent large; sa vitalité est assui'ée par les nombreuses artères (pii serpentent dans son épaisseur, disposition cpii exphque encore pounjuoi le lambeau saigne plus ou moins abondamment par sa Iranclie. plutôt (jue par sa face profonde.
La mobilité du lombcau intéresse surtout le chirurgien; elle varie suivant que la base du lambeau est supérieure ou inférieure. Le laml)eau reste-t-il adhérent par sa partie supérieure, quelle que soit sa mobilité, il se réapplique par son propre poids, par la position seule, sur la surface de section, et, sauf l'écartement qui résulte de l'élaslicilé des tissus, de la division des fibres musculaires, les lèvres de section ont de la tendance à se rapprocher.
Bien différent est le lambeau à base inférieure; s'il est largement divisé, il retombe, sous l'influence de son propre poids, et sa face profonde péricrânienne regarde en dehors : le lambeau est alors flottant.
1 Les annes tranchantes, dans quelques cas, intéressent les parties molles et le squelette sous-jacent ; elles y déterminent des coupures de formes diverses ouvrant ou non la boîte crânienne. Un sabre bien affilé et manié avec une grande vigueur détermine une plaie nette de l'os ; les anciens donnaient à ces plaies par armes blanches des noms bizarres.
Une marque superficielle du tranchant sur l'os se nommait hédra ; une section droite plus ou moins profonde, eccopé (dans ce cas il y a lieu de songer à un enfoncement de la table interne). Dirigée sous un angle plus ou moins aigu, l'arme produit une section oblique, une espèce de lambeau osseux.
FiG. 19j. — Eccopé. Plaie du crâne par inslniment tranchant.
Fie. 19i.
Diacopé. Coup de sabre sur le pariétal droit. Le diploé est à nu.
adhérent {c'est le diacopé), (fig. 195); enfin une portion d'os est complètement détachée et reste adhérente aux parties molles {aposképarnismos), (fig. 194).
Sur 75 plaies par armes blanches (guerre d'Amérique), on trouve '20 blessés guéris, 10 restés infirmes; la mortalité est de 30 pour 100. En 1870, les Allemands accusent 80 plaies du crâne par coup de sabre ; 7(3 n'intéressaient que les parties molles, et toutes aboutirent à la guérison ; tandis que ô^ lésions du squelette furent il fois mortelles (mortalité de 54 pour 100). La mort est causée le plus souvent par une méningite (Otis, 9 cas), parfois un abcès du cerveau (2 cas), la pvohémie (i cas), le tétanos (1 cas). » (Chauvel et Nimier, p. 587.)
TRAITÉ DE ClIIHriilili;. — IIL
450 LESIONS TRAUMATIQUES DES PARTIES MOLLES.