LÉSIONS TRAUMATIQUES DE L'EXCKPHALE ET DES MÉNINGES
Follin et Duplay ont bien tracé les symplùmes de ces dilTérents degrés de la commotion cérébrale. ]\ous leur empruntons la description suivante :
« 1. Commotion légère. — A la suite d'un coup, d'une chute, le blessé éprouve des éblouissemenls, des sensations subjectives de lumière, des tintements doreilles, un étourdissement ou une hébétude passagère. Pendant quelques instants, il a perdu conscience de lui-même; ses forces défaillent, ses jambes fléchissent, il est sur le point de tomljer; la face pâlit subitement, la respiration s'arrête un moment. Puis, au bout de quelques secondes, de quelques minutes, plus rarement au bout d'un (juart d'heure ou d'une demi-heure, le blessé revient à lui, sans garder le souvenir de l'accident dont il vient d'être victime, ipiclquefois même sans pouvoir se rappeler les circonstances qui l'ont immédiatement précédé. Le plus généralement, le malade revenu à lui ne conserve aucun malaise, à part un peu de lourdeur de tête, de fatigue générale, d'inaptitude au travail, phénomènes qui se dissipent au bout de quelques heures. Dans ces circonstances, on dit qu'il y a eu commotion cérél)rale légère.
« !2. Commolion foudroyante.- — De cette forme nous ne dirons que quelques mots : Le sujet tombe privé de sentiment et de mouvement, il est dans le coma, et la résolution complète, insensible à toute excitation. Le pouls est d'une faiblesse extrême; la respiration s'elïectue à peine; les urines et les matières fécales sont évacuées instantanément ; la peau est froide et pâle; enfin la mort arrive promptement par une sorle d'extinction graduelle de l'artère du poumon et du cœur. On a signalé, dans quelques observations, des mouvements convulsifs, mais il y avait, dans ce cas, des lésions de contusion miliaire dans l'encéphale.
« 5. Commotion grave. — Entre les deux degrés extrêmes qui constituent la commotion légère et la commotion foudroyante, il existe une foule d'intermédiaires qu'on peut comprendre sous le titre de commotion grave.
« Le blessé tombe sans proférer une plainte, sans pousser un cri. Il reste .sans mouvemf it et privé de connaissance. La résolution musculaire est complète: les membre i soulevés retombent lourdement. L'intelligence ne peut être éveillée par aucun excitant; la face est pale et sans expression, mais les Irails inunobiles conservent leur régularité, et ne sont nullement déviés; \c< paupières abaissées recouvrent le glol)e oculaire, qui est fixe, immobile et brillant; les pupilles sont généralement dilatées et immobiles à la lumière.
« Les sensibilités générales et spéciales sont abolies ; la \nK\u est froide, l'ouïe ne perçoit aucun son; les odeurs les plus pénétrantes sont sans action sur la pituitairc; les impressions lumineuses paraissent nulles.
Les boissons qu'on introduit dans la bouche ne sont pas avalées et s'écoulent de chaque côté des commissures labiales. Une partie des matières alimentaires de l'eslomac peut être rejetée au dehors, plutôt par régurgitation (jue par un véritable vomissement. Les s])hincl(M's du rectum et tle la vessie laissent échapper les matières fécales cl riirin(\ Ouehpiefois la chemise du malade est tachée j)ar du spei'me éjaculé au moment de l'accidenl.
« Avec cet cnsfMiible desynq)lômes. la r(^spiralion c\ la circulaliou s"(^xécul(Mil régulièrement, mais les fondions soiil en ipiclcpie smlc l'éduiles à lein* minimum d'énergie. Le blessé respire si rail)leiii(«Mt (|ue c'esl à peine si la |)oilrin(* se soulève, et la respiration est j)res(pie exclusivement diaphragmalique.
COMMOTION DE I/ENCKPIIALE. 501
Le pouls est mou et dépressible, mais il est suiiouL d'une excessive lenteur: on l'a vu tomber à 20 pulsations, mais généralement il bat 40 à 00 fois par minute. Ce ralentissement du pouls dans la commotion est un symptôme très important.
« Les phénomènes de la commotion suivent une marche variable suivant les cas. Il n'est pas rare de voir, au l)oul de quelques heures, les accidents perdre de leur intensité. Le coma est moins profond; on peut, à l'aide d'une vigoureuse excitation, en pinçant ou secouant énergiquement le malade, le faire sortir de sa torpeur, au moins pour quelques instants. Il prononce quelques mots inarticulés, fait entendre quelques cris plaintifs, ou quelques grognements témoignant que les excitations sont perçues désagréablement, et souvent même il cherche à s'y soustraire en éloignant le membre d'un point d'où vient l'excitation, ou en repoussant avec la main l'agent de cette excitation. Mais il retombe dans le coma dès que cesse la stimulation. Boyer cite l'exemple d'une femme qui accoucha dans cet état, sans en avoir conscience. Au lieu de se manifester dans les quelques heures qui suivent l'accident, cette amélioration peut se faire de suite.
« Lorsqu'il n'existe aucune complication, telle que <'ontusions, épanchements, etc., qui peuvent enlever le blessé, on voit revenir graduellement, mais presque toujours avec une grande lenteur, la sensibilité, la motilité et l'intelligence. Généralement, les facultés intellectuelles sont plus lentes à se rétablir que les fonctions motrices et sensitives, ce qui concorderait assez bien avec l'opinion des auteurs qui assignent comme siège de la commotion cérébrale la substance grise des hémisphères.
« Les sensibilités générales et spéciales reprennent de plus en plus leur acuité normale ; les mouvements, d'abord bornés et incertains, deviennent plus étendus et mieux assurés. Le blessé, tout en restant hébété, commence à répondre lorsqu'on l'interroge, d'abord par monosyllabes, et d'une façon plus ou moins obscure; puis ses réponses sont plus intelligentes, plus complètes. La mémoire surtout semble lui faire défaut; il ne se rappelle ni son nom, ni sa demeure. Si on le presse de questions, on le voit se recueillir, contracter les traits de son visage, comme pour faire un effort, pour retrouver dans sa mémoire ce qu'on lui demande, puis, comme si cet elTort lui était pénible, il abandonne presque immédiatement celle recherche, et retombe dans son état d'hébétude et de somnolence.
« La déglutition, qui était impossible dans les premières heures, commence à s'effectuer, mais il faut que les boissons soient versées au fond de la bouche, et provoquent des mouvements de déglutition par action réflexe : aux évacuations involontaires des matières fécales, succède la constipation, et à l'incontinence d'urine, la rétention, dont il faut avoir soin de rechercher l'existence dans les traumalismes de la tête, afin de vider la vessie par le cathétérisme.
« La lenteur est, avons-nous dit, l'un des caractères généraux de l'amélioration dans les symptômes de la commotion. Il faut ajouter que cette amélioration n'est nullement régulière dans sa marche, qui présente, suivant les individus, une foule d'anomalies ou de particularités curieuses.
« Certains sujets effectuent des actes dont ils n'ont pas conscience : les uns se lèvent pour satisfaire leurs besoins, et vont se recoucher dans un lit élranger,