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CHAPITRE IV

GALACTOCELE

On doit entendre sous le nom de galactocèle(') des kystes qui contiennent du lait plus ou moins altéré, et se forment pendant que la glande est en lactation. Ce sont des productions de tous points analogues aux grenouilleltcs. Dans cette définition, il faut attacher une grande importance au développement pendant la période d'activité sécrétoire de la glande. Tout kyste de la mamelle contenant des produits analogues au lait n'est pas un galactocèle. Dans les néoplasmes d'origine épitliéliale, il arrive souvent que l'épithélium entre en activité morbide et produit un liquide plus ou moins semblable au lait. Mais les kystes, loin de constituer toute la maladie comme dans le galactocèle véritable, n'en sont au contraire qu'un incident sans importance. C'est le néoplasme qui doit être mis en première ligne. Ce n'est pas d'un kyste qu'il s'agit, mais d'un néoplasme kystique. Il faut donc faire une distinction absolue entre le galactocèle uniquement constitué par un kyste laiteux sans tumeur, et les néoplasmes contenant des kystes. Faute de cette distinction, on tomberait dans une lamentable confusion, qui n'a pas toujours été évitée. Ainsi on voit Velpeau décrire comme galactocèle, sous prétexte qu'elle contenait des kystes laiteux, une tumeur maligne qui récidiva avec une effrayante rapidité et entraîna la mort en très peu de temps. Je ne saurais trop le répéter, ce n'est pas là le galactocèle.

Le galactocèle véritable est rare : on pourrait facilement compter les observations qui en ont été publiées; mais ce serait une fort mauvaise façon de se renseigner sur son degré de fréquence pour cette double raison que bien des cas de galactocèle légitime n'ont sans doute pas été publiés, et que certains faits publiés sous ce titre sont très sujets à contestation.

Velpeau distingue plusieurs variétés de galactocèle. « Les observations parvenues à ma connaissance, dit-il, démonti'ent que dans le sein, ces tumeurs peuvent exister à l'état d'infiltration, à l'état de kystes simples ou multiples, et à l'état de masses solides, soit caséeuses, soit butyreuses >.

Dans le galactocèle par infiltration, le lait serait sorti des canaux galactophores rompus, serait répandu, infiltré, comme le nom l'indique, dans le tissu cellulaire. Velpeau n'en a observé qu'un seul cas, et l'argument qu'il donne en faveur de l'infiltration, c'est qu' « une ponction exploratrice avec le bistouri donna issue à une quantité notable de lait, qui sortait évidemment des mailles du tissu cellulaire ï. Cet argument n'est pas péremptoire. Rien ne démontre que le lait sortait des mailles du tissu cellulaire ; il est tout aussi légitime de

(*) On sait que Vidal de Cassis a également donné ce nom à une variété d'iiydrocèle.

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supposer, comme le dit Billrolh, que le bistouri avait rencontré et sectionné quelques canaux galactopliores. D'autre part, d'après les symptômes, il paraît probable qu'il s'agissait d'un simple engorgement de la mamelle chez une femme qui avait cessé dallaiter depuis six semaines. On peut donc dire que l'existence du galaclocèlc par indllration n'est pas démontrée.

Le galactocèle kystique, galactocèle vrai, est mal connu au point de vue anatomo-pathologiquc. Il n'y a rien à reprocher aux examens macroscopiques de Brodie(') et de Forget(^), mais je n'ai pu trouver un seul examen microscopique.

La tumeur constituée par le galactocèle a une forme régulièrement arrondie. Mais lorsqu'elle atteint un certain volume, elle refoule les parties saines de la glande qui, aplaties à sa surface, donnent une sensation de lobulation fine. Très petite au début, la tumeur peut atteindre des dimensions considérables. Elle avait le volume d'une petite orange, d'un œuf, dans les cas de Puech('') et de Dupuytrcn. Elle renfermait !250 grammes de liquide dans le cas de Gillette(^), une demi-pinte dans celui de P. Gould(^j. Dans le fait de Forget, ses dimensions égalaient celles de deux poings. Enfin, dans la célèbre observation de Volpi, rapportée par Scarpa, le kyste était si volumineux qu'il reposait sur les cuisses de la malade dans la station assise.

Forget a constaté que le kyste était entouré de tissu glandulaire. Près du kyste principal, il en existait deux autres du volume d'un œuf de pigeon contenant du lait pur. De môme dans le cas de Puech, il y avait un second kyste du volume d'une amande. Bryant (*') a également vu deux galaclocèles dans le même sein.

La paroi interne du kyste est blanchâtre et lisse, du moins dans la plus grande partie de son étendue. Dans le cas de Forget, elle présentait deux ulcérations de la grandeur d'une pièce de 2 francs ; une quinzaine de petites dépressions dans celui de Puech. Dans l'épaisseur de la paroi, on voit par transparence des traînées blanchâtres. Ces traînées ne sont autres que des canaux galactopliores, et en pressant sur elles Forget a fait refluer du lait qui est arrivé dans l'intérieur de la poche par des orifices distincts au nombre de dix. Il a pu introduire des soies de sanglier dans ces orifices. Brodie avait pratiqué le cathétérisme en sens inverse; il avait fait pénétrer une soie de sanglier dans le kyste en passant par l'un des orifices du mamelon.

Les kystes du galactocèle sont donc en communication avec les conduits galactophores : l'anatomie pathologique prouve ce que la clinique permettait déjà de supposer, car on a pu dans certains cas, au moyen de pressions exercées sur le kyste, faire sortir du lait par le mamelon. Mais là se bornent nos connaissances anatomiques sur le galactocèle. Comment est constituée sa paroi? Est-elle revêtue d'un épithélium? Nous l'ignorons. Et cette ignorance rend bien difficile l'interprétation pathogénique de l'affection. Le kyste est-il formé par la dilatation d'un conduit galactophore, ou bien par tassement du

(') Brodie, Lectures de pathology and surgery, 143-155.

(-) Forget, Bull. gén. de thcrap., 1844, t. XXVII, p. 355.

(') PuECii, Monit. des se. méd. et pharin., 18G0, \). 4.

(*) GiLETTE, Union méd., 1878, t. XXV, p. Ofô, 957, 993.

(5) P. GofLD, 77(6 Lancct, 27 nov. 1880, p. 850.

(^) Bryant, Tlie diseases of the breasl, 1887, p. 310.

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